Monday, April 30, 2018

Le Petit Trou Rond - pour Djamil Diboune

Ce matin, avant que l'aube vienne avec ses gouttes de fraicheur,
pourque puissent satisfaire les creatures de la foret et du jardin leur soif,
il restait un petit croissant argente de la lune,
et sa lumiere m'a touche le coeur encore somnulent.

Le chant des oiseaux autour de moi, et le silence de la nuit qui s'enallait,
m'ont fait noter apres un tout petit trou pres de mon coeur,
je pouvais entendre le vent doux du nouveau jour siffler discretement dans
sa minuscule aperture.

Ca fait un an maintenant que vous partez et vous revenez, et comme un grain
de sable aigu, petit a petit, ces absences ont laissees une blessure presque inapercue
pres de mon coeur et ses reves, un petit trou, tout rouge, tout rond,
et la nuit, les etoiles le font briller de loin avec leur feu, messagers du temps passe.

Je ne m'avais pas rendu compte, de cette ouverture petite, que seule la lune peut percevoir,
cette petite coupure, faite de si loin, par cet amour que j'ai pour vos tableaux berberes,
et leur couleurs, et leurs montagnes et rivieres, d'ou se trouvent les souvenirs de mon enfance,
de randonnees si heureuses, avec une famille qui etait une fois la mienne.

Comme j'aime ce petit trou magique et imaginaire, dont personne ne sait rien, avec son secret a moi
de ce beau chagrin, d'aimer autant la beaute de votre art de la nature de ce pays au nom exotique,
et son histoire de courage et passion, cette Algerie, et cette Kabylie, qui touche avec tel pouvoir
mon ame et ses poemes, de si loin, de si pres, comme ce petit trou precieux qui brule lentement tout pres de mon coeur maintenant.


Trudi Ralston. 



Sunday, April 29, 2018

Rien a Prouver - pour Bilal Mohri

Bonsoir, Bilal.
Cela fait un peu de temps que j'ai ecrit un article sur votre musique, votre talent.
Je me rappelle la premiere fois que j'ai entendu votre voix magnifique, cette voix qui tient dans son pouvoir toute la sagesse d'un peuple. C'etait quand vous avez gagne le premier prix au concours de la Chanson Amazigh en 2016. Les deux chansons que vous avez chante ce jour la, je les ecoute souvent, ainsi que votre hommage a Slimane Azem, et votre variation de Kamel Messaoudi et Moh Dehak, et votre interpretation de Kem ruh wahdem. J'ai ecoute aussi biensur les chansons que vous chantez en ce moment dans le grand concours dans lequel vous participez. Je ne sais pas si vous etes une personne, un artiste qui apprecie la franchise, mais ca me brise le coeur de vous voir sur ce podium, toute illuminee de lumieres aveuglantes, votre voix majestueuse inondee par tout le bruit commercial qui vous entoure, et ca me donne un frisson, pas un frisson qui vient d'une extase de merveille, mais un frisson de tristesse, de voir  un talent pur comme le votre reduit a les exploits d'une commerce dont le monde de la musique est coupable, ici, chez nous, chez vous, partout dans le monde. Vous n'avez rien a prouver, Bilal Mohri, vous etes un phenomene, vous et votre guitarre, restez fidel a l'innocence de votre voix superbe, a votre guitarre, cette compagne de votre ame. Le monde en a plein de musique commerciale, de musiciens qui vendent leur ame et leur talent au prix le plus haut. Pendant que je vous ecris tout ca, j'ecoute votre interpretation de Kem ruh wahdem, et elle me donne des frissons, les frissons d'emotion, de verite, de beaute, dont ce monde tellement corrupte en a tellement besoin. C'est  dans ces chansons que vous etes le genie, le chanteur unique, le poete, le meilleur de la culture et musique berbere. Rien a prouver, je vous dis. Sauf, que votre ame est plus forte que toutes ces illusions de grandeur et succes, qui vont vous vider le coeur et l'identite. Cela me brise le coeur, et un jour, ca risque de briser votre coeur aussi. Protegez votre talent unique, votre voix incroyable, ecoutez les chansons que vous avez chante en 2016, pour le concours de la Chanson Amazigh. Quelle force, quel pouvoir, quel magnificence! Tous vos ancetres etaient avec vous en ces moments, c'etait sublime. Ne vous vendez pas l'ame a des charlatans de la commerce, qui profiteront de votre succes, qui ne voient meme pas l'immense beaute de votre voix, de vous et votre guitarre compagne. Je sais, etre fameux si vite, est attrayant, mais a quel prix, mon jeune genie musicale berbere, a quel prix? 

Saturday, April 28, 2018

The Ease

Soft and warm, in the rhythm of a time without haste, without schedule,
I am this blissful moment, far from all pain, close to this smile of ease,
wrapped in this bed that soothes my dreams, my hopes.

I hear your familiar snore, of you, my partner in this life that so often has no rhyme,
you are this happy moment, far from all pain, close to your smile of ease,
wrapped in this bed that soothes your dreams, your hopes.

Soft and warm, in the rhythm of a time without haste, without schedule,
close to the dawn and its light,
I hear already the roar of the city and its ambitions, that the birds are trying
to calm with their songs, that are so beautiful, so real, so pure.

Nature so close by, the world so far away,
the mystery of the sky above, emptiness' abyss a shadow that follows
our doubts closely, very closely.

But, in this moment, so joyful, so tranquil, in the rhythm of a time without haste,
without schedule, I am , you are, this blissful moment, far away from all pain,
close to our smiles of ease, wrapped in this bed that soothes my dreams , your dreams,
my hopes, your hopes,
soft, softly, warm, warmly.


Trudi Ralston.
for Michael. 

L' aisance

Douce et chaude, dans le ritme sur d'un temps sans hate, sans horaire,
je suis ce moment heureux, loin de toute peine, proche de ce sourire d'aise,
enveloppee dans ce lit qui berce mes reves, mes espoirs.

J'entends ton ronfle familier, toi, mon partenaire dans cette vie souvent sans raison,
tu es ce moment heureux, loin de toute peine, proche de ton sourire d'aise,
enveloppe dans ce lit qui berce tes reves, tes espoirs.

Doux et chaud, dans le ritme sur d'un temps sans hate, sans horaire,
on est ce moment heureux, loin de toute peine, proche de l'aurore et sa lumiere,
j'entends deja le bruit de la ville et ses ambitions, que les oiseaux essayent de calmer
avec leurs chansons si belles, si vraies, si pures.

La nature si proche, le monde si loin, le mystere du ciel au- dessus, le neant
et ses questions une ombre qui suit nos doutes de pres, de bien pres.

Mais, en ce moment si joyeux, si tranquil, dans le ritme sur d'un temps sans hate, sans horaire,
je suis, tu es, ce moment heureux, loin de toute peine, proche de nos sourires d'aise,
enveloppes dans ce lit qui berce mes reves, tes reves, mes espoirs, tes espoirs,
doux, doucement, chaud, chaudement.  


Trudi Ralston.
pour Michael.

Thursday, April 26, 2018

Je Le Verrai Venir de Loin - Pour Djamil Diboune

Dans les chants joyeux des oiseaux, dans la douceur du vent qui joue
avec mon soupir content et sourire loin de tout chagrin,
il y a deja present l'espoir, dans le battement de mon coeur,
que vous serez de retour, un de ces matins.

Comme une enfant pris d'une anticipation folle, me voila sur cette colline,
dans mon imagination de ce beau jour de printemps, mes yeux cherchants votre silhouette
apparaitre, de loin, si loin, si loin...

Je le verrai venir de loin, ce photographe berbere, sur ce chemin, avec sa camera
pleine de lumiere, avec ses pinceaux de couleurs brillantes et le sable du desert dans ses mains.

Et je vais crier, comme une enfant sans complexes, sans reservations ou interdictions,
la, a ce moment ou je vous vois venir, avec l'ame pleine de beaute et visions,
pret a partager vos tresors de vos montagnes, rivieres et soleil,
et oui, je pourrai le dire, je le vois venir de loin, Djamil Diboune, ce photographe kabyle,
dont me parlent les oiseaux et leurs reves dans mon jardin ce matin.


Trudi Ralston. 

Wednesday, April 25, 2018

" Meursault, Contre - Enquete ", Chapitre XIII : Haroun au Centre du Cercle Sisypheen

" Meursault, Contre - Enquete " est un roman qui a la qualite d'une piece de theatre. Ce n'est pas evident qu'un roman ait cette qualite, je pense a " Nedjma " de Kateb Yacine. La qualite hallunicinatoire du livre de Kateb Yacine est augmente par le fait que le livre termine par les memes phrases avec lesquelles le livre avait commence, qui assure l'effet de mauvais augure comme dans les tragedies des anciens grecs. La structure de " Meursault, Contre - Enquete " est construite sur cette foundation, la premiere phrase du livre est : " Aujourd'hui, M'ma est encore vivante." La deniere page du livre a, vers la fin de la page les memes mots ecrasants : " Aujourd'hui, M'ma est encore vivante. " Le cercle auquel est condamne Haroun n'a ni fin ni debut, et l'epreuve de trouver ou se trouve le point d'ou il est possible de faire un trou et s'echapper rend son prisonnier epuise, hypnotise, aneanti.
Le protagoniste Haroun se trouve dans le cercle d'un huis clos duquel il ne sait pas s'echapper, prisonnier comme il est de son frere absent mort, et de sa mere en deuil perpetuel. Haroun fait un effort heroique pour briser le cercle de ce destin etouffant, mais la seule personne qui aurait pu lui liberer, Meriem, avec qui il decouvre une capacite d'aimer, lui abandonne. Haroun se trouve au milieu du cercle, seul, car sa mere et son frere mort, Moussa, sont incapables de lui joindre, et incapables de lui liberer. Le seul remede pour Haroun est d'essayer de faire l'impossible : trouver ou s'ouvre l'aperture du cercle, pour s'enfuir. Comme il est impossible de trouver ou le cercle commence et ou il finit, Haroun decide que la seule solution est de provoquer : a sa mere, et a la communaute, sachant que cette provocation peut lui detruire, mais a ce point le neant de son etre egale le neant autour de lui, le neant qui est pour Haroun tout autre.
 Le treizieme chapitre du livre, a un segond part qui a le seul titre qui se trouve dans toute la narration : " Meriem ". Ca m'a frappe la segonde fois que j'ai relu le chapitre, par la presence d'emotions brulantes aussi que tendres, qui coupent comme une lame tranchante, et un silence etouffant qui hurle son agonie. On ne peut pas vivre avec passion et fierte sans connaitre un tel amour dont parle Haroun de la profondeur de son ame torturee. Le cercle comme obsession philosophique est un objet et sujet dont parlait deja Platon, et Kamel Daoud explique avec une precision chirurgicale le cercle dans le mythe de l'autre, cet autre qui peut nous devorer, si on tombe dans un cercle d'un autre douteux et sans moyens de s'en defendre ou s'enfuire. La tragedie de Haroun est double : il ne peut pas rester dans le cercle de Meriem, ou il a ete permis, par ce qu'il ne sait pas s'enfuir de sa mere et de Moussa, il ne sait pas briser la prison de son propre cercle, et Meriem se rend compte, et au lieu de lui aider, elle s'enfuit et lui condamne a une perpetuite de solitude. Elle est libre et ne veut pas de l'immensite de l'abime dans lequel se trouve Haroun. Avec elle, il avait une chance de s'echapper definitevement de ce chasme geant qu'est sa vie d'invisibilite tuante. Ce n'est pas la faute de Meriem, et Haroun dit autant : peu sont les personnes, hommes ou femmes, qui savent accepter l'abime dans les yeux d'un autre. Il faut un amour feroce, sauvage, trempe dans une innocence intrepide.
 Ce part du chapitre XIII est decisif, parceque c'est le moment ou la logique implacable du monologue heroique de Haroun atteint son niveau tragique sublime, le moment ou le heros se rend compte de l'absurdite irrevocable de son destin. Rien plus parfait pour se moquer d'un heros que les caprices et insouciances de l'amour, et Haroun en parle de ce mystere qu'est le phenomene de l'amour, et son discours a un gout a la fois amer et touchant.
 Le livre accomplit son but : avec la logique irreversible d'une tragedie de laquelle il est impossible d'echapper les lois severes, le public recoit une lecon intellectuelle et morale, et par l'art de l'auteur et sa maitrise des mots et leur magie, la lecon n'est pas seulement cerebrale, mais aussi emotionelle. L'incision chirurgicale coupe le cerveau, et le coeur, le catharsis de la tragedie est complete. On sort de l'experience altere, purifie par les brulures que le heros a souffert a notre place.
L'introduction qu'a mise Kamel Daoud pour ce livre, une citation de E. M. Cioran de " Syllogismes de l'Amertume ",  ainsi est aussi sa conclusion ultime, parceque le sacrifice de Haroun est plus grand que sa propre misere, elle est la reflection, dans un miroir enorme, de tous les malheurs que souffrent tous les innocents au nom de l'autre et son terreur deguise comme les empires d'interminables arrogances et cruautes :
 " L'heure du crime ne sonne pas en meme temps pour tous les peuples.
Ainsi s'explique la permanence de l'histoire."

Monday, April 23, 2018

La Trahison du Trou Noir : Le Neant Sublime dans la Philosophie Litteraire de Kamel Daoud

" Meursault, Contre - Enquete". Le titre de ce roman avant -garde ne me laisse pas, ni son contenu, dont je devore les pages avec une admiration fievreuse. C'est comme aller au theatre, et noter que quelqu'un a demoli les scenes avant le commencement meme de la piece. Ce livre envahit mes reves, et je dis a toute personne intelligente autour de moi " Il faut absolument que tu lises ce livre, ca va te couper le souffle, c'est tout une revolution. " Je sais de sa conference a Yale en 2016, que l'auteur ressent categoriquement les cliches, alors, je vais simplement dire que son livre m'a pris de surprise, et que je le considere d'un changement litteraire fondamentale. Le livre a su arreter pour un bon moment le monde tel que je pensais le comprendre. Je sens envers son interlocuteur une complicite intense, et le tour de force de " Meursault, Contre - Enquete " est que le fil d 'araignee du discours et son recit attrappe sans pitie les illusions a la peau intellectuelle aussi bien que celles de ses illusions politiques et culturelles. Les illusions du colon meurtrier desequilibre, du journaliste, du revenant -  c'est a dire le fantome persistent de Albert Camus - de la mere, de Moussa et de son frere, tuent avec egale delire, tous victimes de hallucinations destructives . Le neant n'a que sa qualite de sublime pour donner un moment illusoire ou peut se reposer la fatigue et l'amertume mortelle de ses vistimes. La langue dans le livre est deconcertant, est precise, sans pitie, et aussi trempee dans une transe poetique que je ne me rappelle pas avoir rencontre avant, avec tel pouvoir et conviction, sauf dans le roman " Nedjma " de Kateb Yacine, je pense specifiquement a sa description apocalyptique de Constantine, un des passages les plus beaux et les plus agonisants que j'ai jamais lu dans un roman moderne. Kamel Daoud ecrit sans peur, sans hesitation, sans excuses, mais jamais sans la profondeur d'une langue purifiee par les souffrances de l'ame. Un tres bel exemple se trouve sur la page 82 , et parle de la presence epineuse de l'autre dans le mystere qu'est la condition humaine , telle que la percoit le frere de Moussa :
"  Il y a toujours un autre, mon vieux. En amour, en amitie, ou meme dans un train, un autre, assis en face de vous et qui vous fixe, ou vous tourne le dos et creuse les perspectives de votre solitude. "
J'etais dehors, au soleil, quand j'ai lu ces mots. Ce n'etait pas la chaleur du jour qui me trouvais collee sur ma chaise. Avec deux phrases, Kamel Daoud m'avait resume et bouleverse l'univers en meme temps. Avec son livre , l'auteur a pris l'existencialisme non seulement de l'autre bout politiquement et historiquement quant aux abus et horreurs du colonialisme et ses tremeurs reverberantes continues, mais avec deux phrases avait fait une synthese de l'impossibilite ultime et de l'absurdite de nier l'autre dans quoi que ce soit, parceque cet autre, c'est nous. La traitrise du trou noir est ainsi complete, le neant qu'on cree pour l'autre termine tot ou tard, dans l'auto - destruction et inevitablement, le suicide collectif de tout espoir.  L'univers clos dans " Meursault, Contre - Enquete " n'a pas de resolution, autre que le crime envers l'autre fait un cercle. L'arme qui a tue a Moussa devient l'arme qui donne au frere de Moussa la permission de tuer Joseph, inspiree par la logique mathematique de la culpabilite. Le meurtre du francais est le prix egalisant pour le meurtre de Moussa, mais la balance n'elimine pas le neant, ce neant sublime dans l'univers du roman de Kamel Daoud, ce qui explique la presence de cette ligne qui se trouve sur la page 101 :
" D'ailleurs, mon cher ami, le seul verset du Coran qui resonne en moi est bien celui- ci : " Si vous tuez une seule ame, c'est comme si vous aviez tue l'humanite entiere. " L'etranger tue a Moussa, le frere de Moussa tue a un autre etranger, la mere du frere de Moussa tue de sa facon la volonte et joie de vivre de son fils de qui elle ressent le fait qu'il a l'audacite de survivre le meurtre de son frere, et la mort se moque de tout le monde, tout ca parceque la peur et le mepris de l'autre sont plus forts que la vie meme dans cet univers ou l'autre n'est pas le miroir de notre propre mystere aveugle, mais considere un ennemi a detruire , a nier, tel que l'auteur l'a explique si clairement a sa conference a Yale en 2016. Cela continue a m'emerveiller la facon concrete, presque factuelle, dont sait expliquer un mythe si  perplexe et controverse Kamel Daoud, ce mythe de l'autre. On ne peut pas lire son livre sans voir de l'autre bout de la conscience a " L'Etranger " d'Albert Camus, sans re- evaluer la definition de ce que signifie l'existencialisme, le colonialisme, le neant, le mythe de l'autre, l'espoir meme, Dieu, la vie et la mort. On peut ou accepter la blessure grave que donne ce livre a toute illusion de l'ego nevrotique moderne, et accepter apres l'inevitable cicatrice, ou on peut choisir de nier tout. Les blessures font mal, et les cicatrices laissent des marques, mais moi je veux accepter la chance de ce rite de passage bien opportun, pour pouvoir sortir, finalement, du trou noir traitrise de l'ignorance et sa proliferation exponentielle et insidieuse qui risque de nous detruire tous.

L'edition de ma copie de 2016  (Babel, Une Collection de Livres de Poche) du roman de Kamel Daoud, " Meursault, Contre - Enquete " est de : Editions barzakh, Alger 2013, Actes Sud, 2014.