La sensation agreable, chaude, de la premiere tasse de cafe le matin, parait doublement satisfaisante et rassurante, les jours de pluie froide dont on a pleins ce mois de fevrier ici a Olympia. Cette fois, le rite familier etait accompagnee par la meme melodie distante de folk, d'une voix feminine qui jouait dans ma tete, et de qui je ne pouvais pas entendre les mots, seulement en sentir leur chant melancholique, reflexif, qui lui etait affirmee par le rythme d'une guitare. Ce fut la meme melodie distante qui m'avait inspiree le theme de l'article "Le Passager Reticent: Le Refuge de la Boite a Ombres" de juste l'autre jour. J'etais surprise encore, par l'insistance de la melodie, de sa presence depuis plusieurs jours de suite maintenant. Ce qui m'a attiree l'attention cette fois, fut la sensation joyeuse, d'une sorte de bonheur profond, intime, de me sentir l'ame chez soi, de me sentir unie, a l'histoire de ma vie, de connaitre pour la premiere fois dans ma vie, la satisfaisante sensation d'accomplissement de savoir mon ame finalement arrivee chez elle, ne plus isolee de son etre, ne plus une quantite mal definie, inconnue a elle meme, suite de l'effort m'exigee de ne pas disparaitre de moi - meme, de ne pas abandonner l'espoir pour tants d'annees, et de continuer de croire, qu'un jour je serais libre de l'hypnose epuisante de juste survivre, et de souhaiter qu'un jour, au lieu de survivre, je recevrai la chance de vivre, pleinement, de me retrouver, definir, finalement. J'aimais beaucoup cette sensation de me sentir en paix, le coeur tout chaud, comme le cafe dans ma tasse, ce matin ou le froid dehors me paraissait loin, ne me toucheait pas. La melodie dans la distance, qui resonnait dans mon coeur, a commencee a me donner les mots pour un poeme, et le mot au centre etait en anglais: "home", donc, "chez soi, a la maison", suivie par le mot "Kabylie", qui m'a laissee avec un sourire, car, cette arrivee de mon ame, est grandement liee a la Kabylie, et tout ce qu'elle represente pour moi comme ecrivaine - poete et artiste depuis 2017. Cela m'a pris toute une vie pour recevoir la chance de decoder la carte routiere que m'avait laissee le destin de me trouver loin de mon pays natal depuis l'adolescence, et d'avoir du faire face a un scenario chaque fois plus deconcertant, qui me laisserait la seule personne survivante de mes parents, frere et deux soeurs, tous disparus dans des circonstances tragiques qui me rappellent les pieces de theatre du dramaturge russe Anton Chekhov, et meme de Fyodor Dostoievski, quant a la lourdeur psychique des circonstances de leurs morts. Parfois, meme comme enfant deja, j'avais l'impression d'etre une enfant adoptee, qui se sentait mal a l'aise dans ma famille, car il y avait toujours trop de questions, et rarement depuis, des reponses quant a la chaine des evenements qui allait me laisser seule dans ce vaste vide ici, plus loin que jamais d'une chance de resolution, de tourner la page. C'est tellement satisfaisant alors, cette sublime emotion de me sentir centree dans mon ame, de la sentir chez elle, en paix, de voir clair dans la voie du destin, et de comprendre que c'est la presence culturelle - spirituelle - affective de la Kabylie, qui m'a montree comment me reveiller la voix de poete rendue si longuement muette. "Home", je suis chez moi, en coeur, en esprit, en ame, et c'est un bonheur que je n'ai que connue brevement, comme enfant, et brevement encore, comme adolescente, grandement grace a l'apprentissage de mon oncle artiste peintre Frans De cauter, a l'instruction dans le monde vaste de la litterature du monde que m'a donnee mon pere, grace a la tendresse de ma Nanou Julienne, de ma grandmere paternelle Celina Dujardin, avant de partir pour mes etudes aux Etats Unis, immediatement apres avoir finie mes etudes de lycee. La fragmentation de mon etre toutes les annees depuis avoir quittee Flandre, avait laissee ses traces, et m'avait permis aussi des avontures, de voyages inoubliables, au Mexique, l'Afrique, l'Amerique Centrale, et la joie de devenir apres de m'avoir mariee, mere d'un fils maintenant adulte et ecrivain comme moi. Un fils qui est gentil, et qui est une presence de grande affinite envers mon monde creatif et les efforts de le realiser, que l'introduction a l'Algerie et la Kabylie en 2017 a su affirmer avec elan et grace. "Home": ce sentiment d'accomplissement que la Kabylie me laisse au coeur, et qui m'a inspiree ce poeme, me venu en anglais, ce qui en soi est une revelation, car avant de connaitre a la Kabylie, avant 2017, ma memoire "Lioness in Exile" de 2012 - 2015, ecrit en anglais, avait a son centre deux breves collections de poemes ecrits en francais, car ecrire en anglais me fut penible, fut une sorte d'exercise punitive, ou je me sentais mal a l'aise dans l'effort affectif de m'exprimer, tandis que les poemes ecrits en francais, me rapprocheaient au desir de me sentir proche a l'Afrique du Nord, et avaient un sens meme de premonition, de l'importance future que la culture des Imazighen allait avoir dans le reveil de ma voix litteraire. Ma memoire "Lioness in Exile" fut ecrite entre 2012 - 2015, et publiee en 2015, deux ans avant mon introduction a la Kabylie, et son titre est une reference a mon identite flamande, car le symbole du drapeau des flamands est un lion rugissant en silhouette noire sur un fond brillant jaune. "Home"... chez moi, au centre de mon ame, grace a la presence kabyle dans ma vie depuis 2017, et libre, inspiree par ma muse berbere comme ne jamais avant. Ce poeme, je le partage en anglais, avec son message ainsi me partagee, et apres je le traduis en francais, pour l'offir en honneur a ma famille de coeur en Kabylie:
My Soul is Home at Last
It seems, I was born to feel ill at ease, so often a stranger in my own space, never sure where to turn to find out if I belonged, if I was family, or just an accidental guest.
***** ***** ***** *****
It is no wonder then, I was so eager for adventure, for Odysseus' passionate quests, to leave behind the pieces of a puzzle that would not fit, to try and see who I was to be. So many stories, so many voices, and none were my own, none got me home, none embraced my heart, my soul.
***** ***** ***** *****
So many seasons, so many roads, so many rivers whose flow left me weary, so many echos left unanswered. The signs all pointed to more years of challenges to solve, more lonely paths to travel.
***** ***** ***** *****
But, for those who weather the bitter storms, the winter's grip eventually will pass, and I am now home, my heart and soul at ease, my poems' visions and melodies free, to dream, to be, warm, at peace.
***** ***** ***** *****
Home, to be, to write, to figure, where I've been, and what I have seen, to hear the songs that soothe my heart, that finds strength and joy in North Africa's spirit and respect: Home, to love, to sing, to breathe, to sleep with ease, that with and to you, I belong, heart, body and soul, now that the spell is broken, that I am no longer alone.
***** ***** ***** *****
Home: in the light of the Berber smile, in the stillness of the fire lit beneath your moon and stars. Home in the traces of your steady steps, in the resolve of your courage, in the glow of your tenderness and your love, to live the soothing rythms of seasons that now guide my memories and their visions, that your ancient wisdom reveal to me and decipher.
L'Arrivee: L'Ame Accomplie
Il parait, que j'etais nee pour souvent me sentir mal a l'aise, dans l'espace me donnee pour mon etre, ne jamais sure ou aller pour apprendre si j'appartenais, si j'etais famille, ou etrangere toleree.
***** ***** ***** *****
Ce n'est pas surprenant alors, que je chercheais l'avonture, de suivre les explorations passionnelles, comme le faisait Ulysse, de lacher le puzzle et ses pieces irregulieres, d'essayer de voir qui c'etait que j'etais supposee de devenir. Tants d'histoires, tants de voix, et aucune etait a moi, aucune m'a embrassee le coeur, l'ame.
***** ***** ***** *****
Tants de saisons, tants de sentiers, tant de rivieres qui m'ont epuisees, tants d'echos sans reponse. Les signes menaient a encore d'autres annees de defis a resoudre, d'autres traversees solitaires a croiser.
***** ***** ***** *****
Mais, pour ceux qui font face a la tempete d'hiver amere, sa tourmente finit par se calmer, et maintenant je me trouve chez moi, le coeur et l'ame a l'aise, les visions et les melodies de mes poemes claires, transformees.
***** ***** ***** *****
Chez moi, arrivee, pour etre, pour ecrire, pour entendre les chants anciens qui bercent mon coeur, pour trouver la force et la joie dans l'accueil et le respect que me donne l'Afrique du Nord: Chez moi, accomplie, pour aimer, pour chanter, pour respirer, pour dormir tranquillement, et comprendre qu'aupres de toi, je m'appartiens, car le sort et sa solitude implacable, finalement, j'ai su briser.
***** ***** ***** *****
Chez moi: dans la lumiere du sourire Berbere, dans le silence du feu de bois sous sa lune et ses etoiles. Chez moi, sur les traces de tes pas surs, de ta resistance, de ton courage, dans la confiance de ta tendresse et de ton amour, dans le rythme de saisons qui maintenant me guident la memoire des visions que ta sagesse ancienne me revele, me resout.
Trudi Ralston
"Toute ma vie, je me suis sentie seule, sauf avec toi." - mots de l'actrice danoise Connie Nielsen (1965) comme Lucilla, la fille de l'empereur Marcus Aurelius, a l'acteur Russell Crowe (1964) dans son role du general romain, Maximus, dans le film "Gladiator" (2000) du realisateur et producteur anglais, Ridley Scott (1937).