Elle y pendait comme le medaillon en or d'un immense collier suspendu entre les branches des sapins au fond du jardin. C'etait la pleine lune du 29 juillet, et sa lumiere signalait d'une facon un peu angoissante, les cris aigus d'un coyote dans la foret juste a l'autre cote de la cloture qui lui separait du jardin. Son cri percait le silence comme un avertissement, venu d'un autre temps, d'un autre monde, quand les tribus amerindiennes de la region vivaient libres des tourmentes et destructions leurs cultures allaient souffrir avec l'arrivee des colons anglais dans ce qui est le Pacifique Nord - ouest des Etats Unis. Je me suis retenue le souffle, comme si cela allait etouffer le son de mes pas sur la petite passerelle entre la maison et le debut des arbres de la foret qui abordent le jardin. Le lendemain, je me suis reveillee pensant au film du realisateur anglais, Ridley Scott (1937) de 2000, "Gladiator" avec Russell Crowe, ou il joue le role de Maximus, le general devenu esclave, devenu gladiateur courageux et charismatique. Le film laisse une impression a chaque fois, je crois, pour le fait que l'intrigue est soumise au caractere solide du protagoniste Maximus et ses camarades. Chaque fois que je revisite ce film, je decouvre une autre facette de sa force qu'illustre cette histoire de courage dans la vie et dans la mort, un courage qui sait soumettre les doutes que cause l'ego, la peur, la fatique, le chagrin. A la fin, Maximus est une personne qui transforme sa tragedie personnelle de la mort horrible de sa famille aux mains d'un empereur psychopathe et paranoiaque, jouee avec conviction par l'acteur puertoricain, Joaquin Phoenix (1974) tres adepte dans ce role d'antagoniste sadique. Entouree du silence de la pleine lune de la nuit anterieure, et du ciel bleu vibrant et chaud hier apres - midi, je comprends que dans la vie, le mieux qu'on puisse faire est d'agir, et d'etre dans cette action a 100%, et d'insister de le faire fidel a notre energie et sa signature, quant aux convictions, expression de talents, de sentir et vivre la passion du coeur et ses emotions et defis, ouvert a la sensibilite spirituelle, sa chaleur, sa charite. Meme si tous les defis nous contredisent et essaient de couler nos efforts, les poursuivre quand - meme, sans peur, sans hesitation, sans desespoir est le seul garanti de vivre libre, authentiquement, en corps, coeur, esprit et ame. Ceci demande une armure interieure, une fortitude qui sait unir la resistance physique a la resistance psychique, et qui ensemble ne cedent pas, qui avancent, meme si cela veut dire d'accepter avec humilite et dignite que parfois anvancer c'est se voir devoir reculer deux pas plusieurs fois avant de pouvoir avancer finalement a nouveau, un pas a la fois, le long de beaucoup d'annees, beaucoup de detours frustants et exigeants, avec grace, patience et un sens de l'humour, meme dans les moments les plus sombres. Je me rappelle de mon enfance un cousin qui comme adolescent aimait beaucoup la musique du group rock blues des annees 1960 - 1970, Creedence Clearwater Revival, de la Californie, tres fameux pour leur style root rock, qui se concentre sur leurs origines ouvrieres du groupe, qui a des antecedents dans la musique folk americain et ses chansons qui explorent les luttes contre l'oppression et la marginalisation sociale et economique que cause l'isolation et la privation. Dans les annees 1930 et depuis, la musique du folk rock fut et reste un moyen d'inspirer la conscience civique pout combattre les injustices et les abus sociaux. Leur chanson "Bad Moon Rising" de 1969, ecrit par le leader et chanteur du group, John Fogerty (1945) aussi un multi - instrumentaliste, pour leur album "Green River" (Riviere Verte) fut un grand succes aux Etats Unis, en Angleterre, en Belgique, en France, en Australie et au Japon. Le groupe reste tres populaire de nos jours, pour la facon visionnaire que certains themes de leurs chansons, ont anticipees la problematique de l'ecologie precaire chaque fois plus de la terre et l'humanite en mauvaise pente d'un chaos ingerable sur tous les niveaux. Leur chanson "Bad Moon Rising" ( "Une Mauvaise Lune se Leve"), est captivant et surprenant, pour le contraste entre la melodie et ses rythmes optimistes, on dirait meme de fete, et les vers sombres, inquietants qui l'accompagnent, qui voient la destruction, la ruine et la mort dans un futur desastreux, apocalyptique. Ce contraste laisse une impression durable, qui tel un echo reverbere longtemps dans la memoire. Entendre l'echo de cette chanson au jardin et sa pleine lune brillante, immobilement suspendue entre les ombres des branches des sapins, etait encore plus hantant, pour le fait qu'un coyote y ajoutait son cri aigu, comme en ete il y a toujours des coyotes qui viennent visiter la foret a cote du jardin, et on entend aussi leurs bebes la nuit, qui appellent leurs parents, qui font la chasse dans l'avantage que leur donne le rideau noir nocturne pour attrapper leur proie sans etre apercu. Le cri du coyote affirme sa position dans la mythologie amerindienne, qui voit a cet animal intelligent comme ayant une personalite de tricheur, de filou adepte a la deception, et aussi possedant des dons spirituels de guerison et de creativite. Dans la culture amerindienne Maidu de la Californie, le coyote est dit d'avoir fait partie de la creation du monde avec le pouvoir magique de ses chants, et aussi d'ajouter apres une mesure de conflit et de sottises. La culture des Apache Jicarilla et Navajo du Sud - ouest des Etats Unis et du Mexique, aussi ont cette interpretation ambigue du coyote comme chaman et farceur. Les cultures amerindiennes Nez Perces, Multonomah, Yakama, Okanagan - ces 3 dernieres tribus sont originaires et continuent de vivre ici dans la region du pacifique Nord - ouest ou je vis, et sont des tribus qui vivent une renaissance de leurs traditions en ce moment - ont aussi le mythe qui attribue au coyote etre celui qui vole le feu du monde des dieux, et l'apporte vers le monde de l'homme, ce qui rappelle une similarite en mythologie avec Prometheus des traditions anciennes grecques, et Loki dans les contes scandinaves, et Anansi dans les traditions de l'Afrique de l'Ouest, tandis que dans le monde mythologique de l'Eurasie, comme au Japon et l'Europe de l'Ouest, c'est le renard et ses trucs qui remplace le coyote.
Cette etagere superimposee, de la lune, de la chanson de Creedence Clearwater Revival, "Bad Moon Rising" et du cri moquant, deroutant du coyote qui tous me visitaient au jardin, comme venu d'une scene de theatre hors du temps m'y laissee par le reflexe spontane d'un esprit de la foret insomniaque, m'a fait voir clair pour un moment dans la structure imposante des liens qui nous suivent le long le chemin du destin. Pour moi, le lien le plus long et le plus stable est depuis 40 ans mon mariage. Ce qui en illumine comme la lumiere a l'aube en ete, le trajet et ses defis, ses chagrins et ses victoires de ce lien solide, est l'espoir de la clarte intellectuelle - creative qu'apporte mon fils, qui lui aussi est ecrivain, et qui m'aide depuis que je me suis devouee a l'ecriture en prose et poemes 24 \7 a partir de 2012, avec 5 ans de preparatifs et cahiers de notes avant de joindre le monde numerique avec confiance, ce qui m'a permis la chance d'explorer le regal unique, immense du lien avec la Kabylie qui a vu son debut pour moi en 2017, et qui continue de fleurir de facon tres fructive et heureuse, surtout dans l'energie abondante que donne le lien depuis fin de 2019 avec l'art de sa photographie de Nacer Amari de Tassi Photographie. Les defis considerables de distance, de devoirs et responsabilites de famille et de travail, de demandes qu'imposent les restrictions de voyage et communication a cause de visas et circonstances, n'empechent pourtant pas que ce lien avec la Kabylie, est une porte ouverte vers le monde exterieur et ses sagesses des Imazighen de l'Afrique du Nord, qui me permettent voir clair dans mon monde interieur, et ses longs combats pour vaincre les impositions si lourdes, et pour si longtemps de ma vie et sa lutte constante contre la solitude et l'isolation d'un exile qui m'avait dans ses griffes impitoyablement. Parfois, cela prend une vie entiere pour recevoir la chance de voir clair dans les desseins du sentier de notre traversee dans la vie. Cette phrase breve, dite dans un film de 2000, "Gladiator" de Ridley Scott, resonne comme un mantra, une incantation, qui explique le puzzle vu comme insolvable, a jamais sans resolution, qu'etait devenue pour si longtemps ma vie, et duquel l'accueil de la Kabylie m'a laissee la clef, la fin une fois pour toute, de la tourmente, de son poids et de sa peine: "All my life, I have felt alone, except with you", qui veut dire, "Toute ma vie, je me suis sentie seule, sauf avec toi." Ces mots dits par Lucilla, la fille de l'empereur Marcus Aurelius, a Maximus, le general - gladiateur, dans le film "Gladiator" de 2000, avec Russell Crowe comme Maximus et Connie Nielsen comme Lucilla, auraient pu etre juste une autre facon d'exprimer un moment de tendresse long esperee entre les deux protagonistes courageux et aussi tragiques, car ces mots indiquent certes, que ces deux personnes s'aimaient profondement, mais revelent aussi le mystere du destin qui nous unit a certaines personnes qui nous permettent ainsi de visiter cette espace spirituelle, intemporelle ou se rencontrent les ames qui se connaissent depuis la nuit des temps, et qui sont permis de voir le visage du paradis, son sourire, son bonheur, meme si c'est juste un apercu, un moment bref dans le temps libre d'illusions dans son espace sanctifiee, meme si cela s'evapore apres dans les interminables demandes qu'exige le monde concret, quotidien, ses impositions, ses traditions, ses obsessions, ses repetitions tuantes. Le monde devient chaque jour un peu plus chaotique, dangereux, destructif, cruel, sadique et egoiste, et rien n'est sur, ni meme l'eau potable, ni la nourriture suffisante et libre de poisons, ni l'oxygene libre de fumees toxiques. La dignite sans violence, le mouvement sans peur, le partage sans privation de liberte, de communaute: ces espoirs, ces souhaits que l'espoir dessine sur les lignes de ce horizon et ses ombres noires, qui cherchent de devorer toute decence, toute chance d'une vie qui en vaut l'effort, le courage, sont visibles pour moi dans la lumiere spirituelle de sa lune Tiziri de ma Kabylie, elle, mon sourire, mon clin d'oeil qui me partage le sourire de son chaman et ses visions, ses chants, qui m'accompagnent sur cette route depuis beaucoup moins seule, moins sombre, ou il m'ecoute les poemes, les pensees que j'y laisse quand il y passe sur son chemin spirituel de ma maison vers sa maison, son champ, son clan, de qui je porte depuis un peu la marque, la senteur m'y laissee sur la brise ici, a Olympia, et que la pleine lune et le coyote m'en traduisent leur code, leur notes seduisantes, melodieuses, rassurantes.
Trudi Ralston
L'information sur le monde mythologique du coyote amerindien, et sur la chanson "Bad Moon Rising" de leur album "Green River"(Riviere Verte) de 1969 du groupe americain blues rock "Creedence Clearwater Revival" et sur le film de 2000, "Gladiator" du realisateur anglais Ridley Scott, courtoisie de Wikipedia.