L'autre jour, j'ai ete envahie d'une vague de manque, comme une sorte de sensation de se sentir de - ancree, ne pas connectee a la realite concrete de la ville, ou est le gym qu'on frequente 3 - 4 fois la semaine. L'ambiance au gym est assez agreable, je suppose, les gens y sont polis, juste distant, et je ne sais pas si c'est le resultat d'un monde tellement violent, que le coeur humain recule, car, il y a 7 ans, avant la pandemie du Covid, ce meme gym avait une ambiance beaucoup plus accueillante, et les gens se parlaient, s'entre - aidaient. Cette atmosphere maintenant, bordant au froideur, a l'indifference, m'avait mis dans une reflection melancholique, qui m'a fait revisiter un album du chanteur canadien - americain folk - rock alternative, Neil Young (1945), son album "Harvest" (Recolte) de 1972, fameux pour ses chansons iconiques qui refletent une attitude critique envers l'obsession ethno - centriste d'un systeme politique - judiciaire qui essaie de justifier, avec pas mal d'hypocrisie, les contradictions ideologiques de l'histoire et de sa raisons d'etre des Etats Unis. L'album a 10 chansons, et il y a 3 qui ont une resonance forte de poemes, qui ont une intensite lyrique et affective - intellectuelle, qui sont devenus pour moi un elixir, une catharsis, qui sait chasser les ombres de manque, de la sensation de re - racinement, d'isolation, meme 50 ans apres mon arrivee aux Etats Unis. La chanson "A Man Needs a Maid" ("Un homme a besoin d'une femme de menage"), traite de la confusion endemique au sujet du complexe masculin, qui ne sait pas resoudre la solitude avec le droit au besoin affectif que sent sa personne, une chanson tres franche et emouvante. La chanson "There's a World"("Il y a un Monde) parle de la nature elusive de l'appartenance, de l'amour, et la chanson "Words Between the Lines of Age"("Les Mots entre les Lignes du Temps") est un poeme de forte implications mystiques et angoisses existentielles tout en un. C'est une chanson qui pese lourdement, aux tonalites surreelles, qui touchent cette ligne invisible, entre le monde de tous les jours et ce monde qu'habitent les esprits libres, les chamans, les visionnaires, et les ames innocentes que le monde considere abimees, disponibles. Tout ensemble, l'atmosphere clinique - sterile du gym, la sensation de l'absence de chaleur humaine que la musique de l'album "Harvest" de Neil Young adoucissait, cet album que j'avais ecoutee pour la premiere fois a l'age de 22 ans, au Texas, m'a evoquee cette image d'une ame ebouriffee, entouree de ses os demanteles, et j'ai pensee a ce mot de la philosophie des annees 1960, du philosophe francais, qui a vu sa naissance en Algerie, a El Biar, Jacques Derrida (1930 - 2004): deconstruction. De nos jours, le mot "deconstruction" se refere au demantelement de tradition, d'idees et pensees traditionnelles. Dans le contexte duquel Jacques Derrida parlait, le mot "deconstruction" se refere a un methode d'analyse critique qui implique un examen proche d'un texte ou d'une idee, pour lui reveler ses contradictions cachees, et les couches complexes. Pour Jacques Derrida, langue et ecriture sont deux formes d'une "archi - ecriture" generale, qui inclut non seulement toutes les langues naturelles, mais aussi toute representation. Son influence de ses 40 livres, etait et reste considerable, dans le monde des humanites, de la philosophie, de la litterature, de la musique, de la sociolinguistique et de la psycho - analyse, ainsi que de l'architecture et de la theorie politique. Tout ce melange de sensations, autour de l'isolation culturelle, du manque, de langue, de signification, m'a fait penser aussi au surrealisme, qui se sent bien a l'aise dans l'alienation intellectuelle et sociale. Vu le chaos et la violence viscerale dans le monde en ce moment, le retour au surrealisme dans le monde des arts n'est pas surprenant. J'ai ainsi decouvert, pendant ma recherche pour cet article, les sculptures en porcelaine de l'artiste de Hong Kong, Johnson Tsang (1960). Ses portraits en porcelaine blanche de visages ont une qualite de masques, qui revelent le monde interieur et ses visions, ses hallucinations, du protagoniste, avec le moyen de la physionomie malleable, pour devenir une expression en mouvement dynamique, dramatique, surreelle a la fois arretant et amusant. Dans le monde de l'architecture, je pense a la photographie de l'artiste espagnol, Dionisio Gonzalez (1965) qui vit et travaille en Seville, et qui avec l'outil de la manipulation des images qu'il fait d'edifices, cree un monde de distortions visuelles, qui met en question notre lien avec l'architecture comme phenomene culturel - spirituel, et pose des questions autour de son futur, avec l''invitation de l'imaginer ses possibilites, meme jusqu'a y atteindre l'absurde. L'artiste - ecologue americain, Patrick Dougherty (1945) aussi cherche de re - decouvrir le lien entre objet et signification, dans ses structures faites de batons et jeunes arbres, qui revelent une influence et admiration pour le genie et l'histoire de l'architecture des cultures de l'Afrique. Au Nouvelle Zelande, il y a un artiste peintre et sculpteur, Bruce Mahalski, qui fait des masques et portraits faits avec des os d'animaux pour faire honneur au lien qu'a l'homme avec toutes les creatures de la nature. Il utilise aussi des cranes, et parfois meme un os humain, pour nous faire rappeler que l'etre humain aussi est membre - et etre mortel egalement - de la famille terrestre qui habite la planete, et que le respect pour la nature est essentiel, pour la survie de l'homme et toute la faune et flore, sans lesquelles l'homme ne survivra pas. Ses murailles en couleurs brillantes celebrent la diversite de la nature, quant a animaux marines et terrestres. Ses sculptures en os, peuvent etre parfois un peu inquietantes, par le fait qu'il utilise les os en pieces, grandes et petites et des cranes, d'animaux surtout, mais au sujet Bruce Mahalski defend sa vision ainsi: "Je vois les os comme une sorte de peinture." Les cranes surtout, il voit comme special, comme une facon de connecter l'etre humain au reste de la nature, et comme un acteur qui est un lien avec notre passe biologique. Il dit: "Je vois les cranes et ces objets, les os, comme des telephones spirituelles qui donnent entree a d'autres dimensions." Son art il voit comme etre grandement influencee par les collections d'art ethnologique et les oeuvres artistiques crees avant l'arrivee et imposition de l'Occident. Cette belle exploration perambulatoire dans le monde des arts contemporains, m'ont soulagee le sens de manque, d'absence, comme ces partages m'inspiree par le lien avec ma muse kabyle, sait le faire si bien, si uniquement. L'Afrique du Nord est l'Etoile du Nord, qui guide, qui accompagne mon esprit et coeur, et leur soif pour l'energie creative et ses inspirations, ses passions, depuis mon enfance, et tres definitivement, depuis l'age de 14 ans. Le monde de la photographie, auquel mon pere m'avait introduit tres jeune, avant l'age de 10 ans, et que la grace de la rencontre et introduction au monde de la portraiture et nature mortes et paysages du photographe kabyle d'Aokas, Nacer Amari de Tassi Photographie ont permis que ma voix de poete, d'artiste rendue inaudible, invisible, a vu se renaitre des cendres de l'indifference, de l'oubli, pour avoir la chance de vivre la joie, la fierte, la dignite, de m'avoir recclamee mon identite, la totalite de mon etre affectif - creatif - intellectuel, libre. En conclusion, ces mots du poete perse Sufi, Rumi (1207 - 1273): "La brise a des secrets a te partager. Tu dois demander ce que tu veux vraiement. Ne te rendors pas. Les gens vont et viennent sur le seuil ou les deux mondes touchent. La porte est ronde et grande ouverte. Ne te rendors pas." Me sentir en vie 100%, coeur, corps et ame, dans l'accueil et sa grace et sagesse et amour de l'esprit eternel, courageux kabyle, me permet savoir, que je vis finalement, apres tants de defis, tant de pertes, le destin me souhaitee le jour de ma naissance, dans un village en Flandre, par l'esprit futur d'un chaman en Afrique du Nord, qui a du prevoir ce lien spirituel - artistique kabyle, si proche maintenant, apres toutes ces annees difficiles d'un exile long et exigeant, que meme deux oceans et une mer qui me separent de ses rivages, ne savent pas eteindre le pouvoir et l'energie creative de la flamme, de la magie, qui illuminent et accompagnent les chants de mon coeur, de mon ame.
Trudi Ralston
La recherche sur la philosophie de la deconstruction de Jacques Derrida, sur l'art et leur vision des artistes Neil Young, Johnson Tsang, Dionisio Gonzalez, Patrick Dougherty, et Bruce Mahalski, courtoisie de Wikipedia.