La memoire parfois me donne l'impression d'etre une gallerie d'art, ou on peut ambuler sans devoir se presser, parmi les peintures, les sculptures, qui nous rappellent des moments importants dans l'histoire de notre vie. Certaines de ses images y ainsi etalees, vont etre agreables, sentimentales, claires, et d'autres se presenteront comme des expressions ou domine une energie frustree, chaotique, ne pas bien delignee, comme une interpretation cubiste, frenetique. Il y a dans les couloirs et ses lumieres de cette gallerie, aussi des installations musicales, car une melodie, d'une chanson, de sa voix, de ses instruments, peut laisser une empreinte qui dure toute une vie. Une telle memoire musicale m'a visitee recemment, d'une chanson, au titre "Eloise". Ecrit en 1968 par les freres anglais jumeaux Paul Ryan (1848 - 1992) et Barry Ryan (1948 - 2011), de Leeds, j'ai entendue et vue, cette chanson en video, sur la television dans une emission en Flandre, quand j'avais 11 ans. Les freres Ryan commencent a travailler ensemble en 1965, avec Paul la personne qui ecrit les chansons et qui chante aussi, et avec apres Barry qui apparait solo, comme le chanteur principal, une fois que Paul decide de se dedier exclusivement a ecrire les chansons. La chanson m'avait hypnotisee pour sa force affective, et pour ce qui l'a definie comme "melodramatique et lourdement orchestree", pour l'intensite de la voix du chanteur Barry, un jeune aux cheveux longs et disposition hyper - intense. Quelque chose dans le contraste entre la passion decisive que sait communiquer la chanson, et le desespoir qu'exprime en meme temps le rythme qui altere entre vitesse et lenteur, transmet aussi la tourmente de l'amour, si les circonstances se revelent compliquees, qui me donnait a mon coeur d'enfant etre selon le chanteur charmant, etre le cas pour lui quant a l'heroine de ses affections, "Eloise", car ver la fin de la chanson, il crie son nom avec pas mal de pathos theatral. Le drame de la chanson, et de la video qui accompagne la chanson, de la jeune Eloise, qui finit par laisser seul au jeune homme, comme elle s'enfuit de lui, dans sa robe de gauze longue, avec lui en longue cape jaune doree, en cheval au galop, essayant de la retrouver, avec en arrierre plan, une mer de vagues turbulentes et le feu d'un brillant coucher du soleil. La chanson reste fameuse, et a l'epoque, a vendu 1 million de disques. A l'ecole, tout le monde en parlait, de ce chant hypnotique de Barry Ryan, sa "Eloise". Comment ne pas etre impressionnee alors avec l'intrigue de cette chose qu'appellaient les adultes l'amour? Surtout que je ne recevais jamais aucune reponse satisfaisante au sujet, j'avais decidee suite de cette chanson et sa video, que le seul remede serait de verifier sur ce phenomene complexe et mysterieux de l'amour moi - meme, et surtout, avec discretion, vu la facon contradictoire que les adultes dans mon monde en parlaient. L'impact de "Eloise" m'allait aussi reveiller un interet dans le monde complexe des illusions, car, la video et sa mise en scene, etait le produit, j'ai vite compris, d'une realite construite, autour d'une emotion, d'une idee, que le chanteur facilitait avec la passion de sa voix, de ses mots, ensemble avec les effets visuels, et l'orchestre et ses instruments qui l'accompagneait. La question qui m'est restee, et qui me hante encore aujourd'hui, apres avoir absorbee le petit theatre et son drame "Eloise" que le jeune genie des freres artistes Paul et Barry Ryan avaient su creer, est la suivante: d'ou vient cette force tetue de l'illusion? Et comment alors, la savoir briser? Dans une echange recente avec mon collegue photographe artiste kabyle d'Aokas, Nacer Amari de Tassi Photographie, j'ai postulee que le monde des arts cherche a briser le monde de l'illusion, ses griffes tenances qui veulent garder soumise la volonte, celle qui reveille les visions de la liberte creative et ses energies. "Eloise" est une merveille dans ce sens, pour comprendre l'importance du decor de l'illusion, dans ce cas, une presentation theatrale, dramatique, en meme temps que la chanson et son theme de rebellie et amour irresolu, celebre la liberation des illusions et leurs pieges, et aussi, la controversie, et le prix que demande le courage de ne pas ceder au compromis, a ses raisons bien rangees, logiques. Comme enfant, je me trouvais laissee souvent seule, et j'avais un temperament qui aimait observer, ce qui m'avait faire apprecier, que le silence etait un avantage strategique, ainsi que savoir quel etait le moment de demander des questions, par exemple, quand ma Nanou ou grandmere ou mon pere, ou sa plus jeune soeur, ma tante Lieve, etaient distraits brevement, par un voisin ou voisine a la porte, ou un coup de telephone. Les adultes avaient tendance dans ces moments de vouloir partager des sagesses utiles, sur des sujets complexes, tandis que dans les moments de loisir, de detente, mes interrogations precoces sur les affaires des adultes et leur monde, etaient vu avec mefiance ou impatience, avaient l'habitude d'enerver ces personnes si bizarres que sont les adultes pour un enfant qui essaie de faire un sens du va et vient qui lui entoure. C'etait comme suivre une route inconnue sans carte routiere, ou les adultes sur cette route, etaient presque comme des pirates, qui donnaient l'impression de ne pas vouloir reveler ou etait le tresor duquel il gardaient jalousement son secret. Les adultes aimaient alors les illusions, il paraissait? J'avais souvent l'impression que pour le monde des adultes, pretendre etait une necessite, qu'ils acceptaient avec un melange d'amertume et humour, ce qui fut difficil de comprendre comme enfant. J'avais, dans toute ma fascination avec la complexite de leur monde et cette chose qu'on appelait "la vie" qu'un jour "j'allais comprendre" - selon qu'ils me rassuraient, avec pas mal d'effort, qui n'aidait pas les choses dans ma faveur quant a etre convaincue de la veracite de leurs affirmations - une attitude pratique, qui chercheait de trouver une entree dans ce monde et ses bizarres contradictions. Le monde du maquillage de ma mere, et du maquilllage et sa sophistication de ma tante Lieve, qui ne s'est jamais mariee, mais ne manqeait jamais de pretendants, et de mes cousines et leurs amies, me confondait. Car ma grandmere Celina, qui etait une femme tres sincere et sans complexes, tres franche aussi, ne portait jamais le maquillage, et me donnait l'impression que cela etait une forme de camoufflage, mais de quoi exactement, je me demandais? Parfois, les maquillages me paraissaient dans leurs formes exagerees de la part de certaines femmes dans la famille, etre un masque. Au moins, de cette angle, j'etais satisfaite d'en comprendre sa raison: tandis que comme enfant curieuse, j'avais envie de me mettre le maquillage parfois, comme une sorte de celebration, d'expression de joie, de plaisir de se savoir contente, heureuse, et oui, amoureuse, mais apparemment, il y avait une autre raison, celle de dissimuler, de cacher. Et apres, j'ai compris, quand une cousine adolescente gentille me l'a expliquee, que parfois le maquillage est une facon de se rendre plus belle, plus confiante, ce qui depuis pour moi allait donner au monde du maquillage une autre dimension, plus serieuse, plus mysterieuse, et plus triste aussi, comme le maquillage et ses couleurs criardes des clowns, et des costumes et maquillages des cabarets, de la danse moderne, du theatre de l'avant - garde, ou le maquillage devient un message d'avertissement, de revolte, un code, un symbole. Dans ce sens, le maquillage etait aussi un effort, dans le cas du monde des arts dramatiques, de briser la persistance de l'illusion, de lui forcer une voix, un cri de rebellie, de presence, de desir de vouloir vivre et etre libre des convenances. Meme toutes ces annees plus tard, ecouter la chanson "Eloise", et lui revisiter sa video desarmante et meme possedant une certaine innocence, vu la brutalite du monde post - moderne, me touche le coeur, me met a nouveau dans le salon et ses muebles de lignes modernes des annees 1960 a la maison de mes parents en Flandre. J'etais assise dans le sofa de cuir blanc, que je preferais pour avoir une sensation tres suave, douce, quand on le toucheait, tandis que les autres sofas etaient de cuir noir dur, lis, attirant, mais moins confortable, et avaient des repos pour les bras en bois de teck, tandis que le sofa blanc etait tout en cuir. Assise, seule, un apres - mid apres l'ecole, invisible aux yeux de ma mere, et de mon frere et deux petites soeurs, qui etaient dans la cuisine, j'ai pu regarder et vivre la chanson et sa video, sans interruptions, sans questions. C'etait a la fois un moment de totale immersion affective envoutante, et de tristesse aussi, envers la jeune femme et son amant, m'imaginant etre elle un jour, sur cette plage, seule, rebelle, et aimer a ce beau garcon, qui criait si fort pour son Eloise. La gallerie des memoires, ou se balade insouciante, le defile de nos experiences, et qui nous visite, comme ca, capricieusement, pour nous inviter encore dans ses couloirs, ou la bataille continuera apres, dans les salles de notre present, pour la liberation et la chance de vivre sans impediments notre vie et ses detours imprevus, depourvue de la persistance tetue de l'illusion et ses compagnes: le temps et la facon qu'on decide comment le vivre, si on ne le nous pas impose de comment le survivre, le tolerer soumis a des circonstances traumatisantes. "Eloise" me rappelle de rester vigilant, de continuer de croire que chaque jour a nouveau, il y a une chance de se liberer un peu plus, de renforcer la volonte, de croire que la vie vaut l'effort d'essayer de la vivre de la facon la plus authentique et la plus libre que possible, et de ne pas trop payer attention aux detours, aux detracteurs, et aux obstacles, une lecon que ma muse kabyle, m'en partage avec elan, patience, tendresse et humour, la finesse et l'art du courage resolu.
Trudi Ralston
L'information sur les freres Paul et Barry Ryan, et sur leur chanson fameuse de 1968, "Eloise", ecrit par Paul Barry et chantee par Ryan Barry, courtoisie de Wikipedia.