Un portrait en noir et blanc du 9 avril 2026, "le passager" du photographe d'Aokas, Nacer Amari de Tassi Photographie, est toute une symphonie de melodies visuelles autour de l'idee et ses visions et sa philosophie du voyageur errant, qui continue de fasciner l'imagination humaine pour nous introduire a l'alternative d'une vie sedentaire, reglee, nettement definie, qu'elle soit urbaine ou agraire. L'idee du poete - artiste errant, continue sa tradition depuis des siecles, et trouve une expression moderne dans les ecrivains - journalistes, comme l'explorateur intrepide anglais, Colin Thubron (1939), de qui j'ai devoree ses livres "Mirror to Damascus" (Miroir vers Damas) de 1967, et les explorations de ses livres envoutants et profonds, "The Lost Heart of Asia" (Le Coeur Perdu de l'Asie) de 1994, qui raconte la tragedie des republiques de l'Asie Centrale, donc, Ouzbekistan, Tadjikistan, Kirghizistan, Kazakhstan et Turkmenistan, sous la brutalite du regime de Stalin, quand des millions de personnes des cultures originaires de ces pays ont peries dans des famines et les camps de concentration du systeme gulag sovietique. Son livre de 2006, "In The Shadow of the Silk Road" (Dans l'Ombre de la Route de la Soie), qui unissait sur une distance qui couvreait 6,400 km, les caravanes de fable le long les routes de l'Asie Central, Est et Sud, et de l'Ouest, ainsi que le Sud de l'Europe et l'Afrique de l'Est, entre le second siecle B.C. et la moitie du XVeme siecle, m'a laissee son empreinte indelible pour la precision de ses recherches historiques - anthropologiques de la part de l'auteur, un livre vraiement riche en information, ecrit dans une prose exacte, libre de tout jugement ou idee presupposee ou sentimentale, autour d'un sujet qui pourrait facilement creer un style qui cherche exaggerer l'extraordinaire histoire de la Route de la Soie et ses caravanserai celebres qui accomodaient les caravanes qui traversaient les villes de Isfahan et Samarkand, les deux classees comme etre partie du patrimoine mondial par l'UNESCO. Colin Thubron, qui a 86 ans maintenant, voyageait toujours seul, avec juste un cahier de notes, sans aucun instrument technique, pour ainsi maximaliser le contact avec les personnes qu'il rencontreait sur ses routes, qu'il traversait ou a pied, ou en bus ou camion, avec des chauffeurs de la region ou il etait dans le moment. Il a ecrit aussi 8 romans, et son epouse, qui lui tolerait ses voyages qui souvent prenaient des longues mois, est une professeur americaine, specialiste dans le monde des oeuvres du dramaturge et poete anglais, William Shakespeare. Le portrait au titre "le passager", si modestement ainsi defini par le photographe kabyle Nacer Amari m'a exercee une attraction insistante, et me rappelle avec beaucoup de nostalgie au monde bohemien de mon oncle artiste peintre Emiel De cauter (1921- 1976), qui avait un restaurant, "De Klokkepot" (Le Puit Ancien) ou se reunissaient des musiciens Roma, des peintres, des poetes, dans une ambiance amicale, chaleureuse, jusqu'a tard dans la nuit, et ou la biere et les vins et le whiskey etaient servi par mon oncle et sa femme dans le bar du restaurant, qui etait le centre des conversations et echanges animees et conviviales. Le restaurant etait toujours plein de monde, et la musique flamenco y jouee etait toujours live, par des groupes qui etaient des amis de mon oncle et son fils, qui etait membre d'un orchestre gitano qui allait devenir tres connu dans la region. Il y avait aussi pas mal de passagers, ces voyageurs itinerants, de retour de l'Inde, entre autre, qui etait une destination populaire dans les annees rebelles de 1950 - 1970, sous l'influence du mouvement du rock et son interet dans les cultures du monde et leur musique. L'impression me laissee comme enfant de 12 ans, d'etre immersee dans ce monde de musique exotique, de fumee de cigarettes Gauloises, de rires autour de vers de vin, de repas de poulet au curry, qui etait un de mes plats favoris que preparait le chef dans la cuisine du restaurant, d'ecouter et observer des discussions autour des arts de la part de mon oncle Emiel et ses compagnions, de la part de mon pere, de mon oncle Frans, d'etre entouree des hommes et femmes Roma, avec leurs cheveux longs, leurs habits de rebelles ne pas soumis aux restrictions etablies de mode ou convenances, avec leurs bagues et chapeaux aux plumes, et leurs barbes et moustaches baroques, leurs mouvements sensuels, de leurs mains, de leurs gestes de main, du regard dans leurs yeux ebenes, de la passion de leurs voix et ses chants aigus, forts, ont reveillee en moi a un jeune age, une fascination pour la joie, l'energie intoxicante de vivre selon le code qu'on a choisi soi - meme, ne pas imposee par une moralite stricte, asphixiante, tuante. De vivre comme esprit libre, de facon authentique, avec une curiosite envers toutes les possibilites qu'offre la vie, m'a aussi appris la magie du possible, comme l'offre le portrait "le passager" de Nacer Amari: la promesse qui decouvre l'experience de se trouver personne errante, passager, donc, celui ou celle qui est en route, qui decouvre l'espace entre ou elle se trouvait, ou elle est, et ou elle se trouvera ensuite. Le passager, de passage, qui apres revient avec le coeur et l'esprit pleins des explorations, des rencontres vecues, connues. L'Algerie a un poete errant fameux, dans le personnage de Si Mohand ou M'hand (1848 - 1905), de naissance fils d'une famille riche importante, ayant recu une education religieuse traditionnelle, dela son titre de "Si", donc , professeur, enseignant. Sa vie fut bouleversee de facon violente et tragique, suite de la Revolte Mokrani de 1871, contre l'oppression brutale coloniale francaise (1830 - 1962) de l'Algerie. Si Mohand y perdrait son pere, condamne a mort, de son oncle paternel, en exile vers la colonie penitentiaire infame de la Nouvelle Caledonie, et sa famille a vu toutes leurs possessions confisquees par les forces francaises. Sa mere et ses freres decident d'emigrer vers la Tunisie, mais Si Mohand choisit un autre destin: celui de rester en Algerie, et de vivre comme poete errant parmi la population expropriee, vivant comme journalier, passant le reste de sa vie voyageant de village a village, de ville a ville en Kabylie, et aussi passant du temps en Algiers. Il visite le Cheikh Mohand ou - Llocine, pour un engagement poetique historique, et fait un voyage a pied vers Tunis, pour retrouver ses freres, mais la reunion fut un echec et il retourne encore en Algerie, ou il meurt suite de la tuberculose, a Ain El Hamman, a l'age de 57 ans. Ses poemes sont unis par l'ecrivain Mouloud Feraoun (1913 - 1962) dans la collection "Les Poemes de Si Mohand", publiee a Paris, par l'Edition de Minuit, en 1960. Et en 1982, le linguiste et anthropologue algerien, Mouloud Mammeri (1917 - 1989), publie "Les Isefra de Si Mohand". Il y a aussi "Si Mohand ou Mohand. Errance et revolte", de Younes Adli, Paris Mediterranee, de 2001. Le professeur Mouloud Mammeri a une renommee mondiale pour sa publication en 1972, de la grammaire Tamazight, dans lequel il emploie un alphabet qui se base sur l'alphabet latin, et ou il define les regles orthographiques de la langue. Ces normes devinrent le standard pour l'ecriture en Tamazigh d'aujourd'hui. De 1969 - 1980, Mouloud Mammeri est directeur du Centre de Recherche Anthropologique, Prehistorique et Ethnographique (CRAPE) a Algiers. En 1982, il fond le Centre des Etudes et Recherche Amazighes, et en 1985, il recoit un docotorat d'honneur de l'Universite de la Sorbonne de Paris. A ses funerailles en 1989, suite de sa mort dans un accident de voiture, il y a en attendance 200,000 personnes. L'Universite de Tizi - Ouzou porte son nom, ainsi que la salle culturelle de Tizi - Ouzou, ou il a vu sa naissance. L'ecrivain Mouloud Feraoun (1913 - 1962), qui etablit en 1951 une correspondence avec l'auteur Albert Camus, dedie ses oeuvres a la societe kabyle et ses villages et la vie de ses agriculteurs pauvres, sur les themes de l'amour pour la terre natale, de l'emigration, et sur les consequences de la colonisation francaise. Il meurt suite de l'assasinat par la force policiere coloniale, l'OAS, le 15 mars 1962, juste 4 jours avant la fin de la Guerre de l'Independance.
Les mots modestes du photographe Nacer Amari sur son portrait "le passager" dementent la beaute et l'impact artistique et affectif qu'a sa vision: "C'est en fait un passager, avec son sac en cuir. Je l'ai demandee si je pouvais lui faire un portrait, et il m'a dit "Avec plaisir." Ce portrait me rappelle l'importance de vivre selon ses propres codes, et que la liberte, autant exterieure qu'interieure, demande du courage pour les realiser. Un poete errant fameux de l'Asie du Sud est Matsuo Basho (1644 - 1694), le poete errant japonais, de la periode Edo, qui allait traverser le Japon a pied, couvrant avec un de ses compagnes, Kawai Sora, 2,400 km dans 150 jours dans les regions nord - est du Japon, la region de Honshu. Matsuo Basho etait de naissance d'une famille de ninja, et le poete avait recu l'entrainage dans l'art martial de ninjutsu, ce qui lui donnait la confiance de faire un voyage a pied seul en 1684 sur les Cinq Routes d'Edo, consideree tres dangereuses pour les voyageurs sans compagnes. Matsuo Basho etait vu comme le poete le plus talentueux dans le genre du haiku, et ses poemes restent tres populaires mondialement pour la franchise desarmante des emotions et observations. Un autre poete et mystique, impressionnant, fut le poete gnostique perse, contemporain du poete Sufi perse, Jalal al - din Muhammad Rumi (1207 - 1273): Shamz Tabrizi ( 1185 - 1248), reconnu mondialement comme le poete perse le plus important. Shamz Tabrizi laisserait une impression transformative radicale sur l'art poetique de Rumi. Ils se connaissent et se trouvent epris l'un de l'autre, tellement que Rumi commence a negliger ses devoirs, et d'un jour a l'autre Shamz Tabrizi lui quitte et s'enfuit vers Damas, qui cause un chagrin profond en Rumi, qui lui dedie ses "Divans de Shamz Tabrizi", qui fut le moment decisif de sa vision spirituelle du monde, et fut le debut de sa producitivite poetique. Le poeme "Mashavi" de Shamz Tabrizi souvent est dit d'etre "Un Quran en langue perse", et se considere etre le plus grand poeme perse. Le tombeau de Shamz Tabrizi a Khoy, en Iran, est sous la classification du patrimoine mondial de l'UNESCO. C'est lui qui est a l'origine des danses dervish de la tradition mystique Sufi, qui a tellement impressionnee a Rumi. Le besoin d'evader l'evident, de se mettre au rebords ou se rencontre le monde concret et le monde spirituel, de vouloir embrasser le feu de la passion intellectuelle - affective sans peur, avec le courage dont est capable l'amour et la camaraderie entre coeurs et esprits avant - gardes, rebelles, quand ceux - ci se declarent libres, refusent de se soumettre a des notions rigides, est ce qui a inspiree le poete errant inquiet et elusif Shamz Tabrizi, et ce qui a su calmer les angoisses existentielles de Matsuo Basho, et ce est a l'origine de l'interet et influence durables dans la vie du poete errant brillant, faisant face aux defis et frustrations de l'exile dans son pays sous le systeme dehumanisant colon francais, Si Mohand. Etre passager est etre ni ici ni la - bas, c'est une condition entre deux mondes, qui peut etre exhilirante, comme elle le fut pour Matsuo Basho, et pour Colin Thubron, car ils pouvaient toujours rentrer chez eux, apres un long, beau voyage d'errances. Etre passager peut aussi etre difficil, comme ce fut pour Shamz Tabrizi, et pour Si Mohand. Le poete - artiste - voyageur errant, passager, est neaumoins toujours une personne qui recoit la chance de voir et de montrer le monde avec une vue qui sait unir le moment avec l'intemporel, pour se mettre en dehors, comme un acteur de theatre qui descend de la scene, de l'action deja en mouvement quand ils arrivent, et qui s'arrete une fois qu'ils partent, pour aller decouvrir la scene suivante, et y bouger, comme tout etranger qui offre a la fois l'inconnu, et le familier des gestes quotidiens qui s'unissent aux habitudes inconnus, exotiques. C'est ca, la force convainquante du portrait "le passager" du photographe Nacer Amari. Le regard reveur, qui a un soupcon de l'intuition du clairvoyant, de la part de son protagoniste: ce regard calme, ou brille la lumiere de rivages lointains, de cette magie du possible, qui respire avec le souffle de l'enigme irresolu a toujours: de l'horizon du present qui reve de s'unir a la promesse de l'horizon de demain, ses chants, ses rencontres.
Trudi Ralston
La recherche sur les poetes - ecrivains errants perse Shamz Tabrizi, japonais Matsuo Basho, algerien Si Mohand et anglais Colin Thubron, courtoisie de Wikipedia, ainsi que l'information sur l'ecrivain Mouloud Feraoun et l'anthropologue et linguiste Mouloud Mammeri. Il y a aussi une traduction en anglais du texte "Les Isefra de Si Mohand" de Mouloud Mammeri, par Mildred Martimer, de 1982, qui apparait dans: Johnson Lemuel A., "Towards defining the African aesthetic", page 31 - 38, Washington D.C., Three Continents Press. Du 27 decembre 2023, il y l'article que j'ai trouvee bien illuminant, de Lynda Chouiten (1977), de l'Universite de Boumerdes en Algerie, qui a recu son doctorat du National University of Ireland, Galway: "To Be or Not to Be a Nomad: The Limits of Iconoclasm in Si Mohand's Poetry", published online by Cambridge University Press.