Le dixieme chapitre de son roman historique, "Samarcande" de 1989 de l'ecrivain libanes - francais, Amin Maalouf (1949), qui explore la vie et l'oeuvre du genie perse du XIeme siecle, Omar Khayyam (1048 - 1131), pendant l'ere Seljuk, nous introduit a une conversation intense entre le poete - polymathe et son paramour, la poetesse de cour, Janah: "Le temps nous lance avec precipitation vers notre futur, avec la largesse de juste quelques minutes pressees". (page 57) Ces mots, sont dits dans la frustration de se trouver dans la position precaire de se savoir un savant controversiel face en plus d'une poetesse de cour qui elle aussi doit se bouger avec prudence et diplomatie dans un monde dangereux, sous dominance de dirigents omipotents. Devoir resoudre son amitie proche et son lien profond avec la poetesse, comme il savait resoudre un probleme de mathematique avancee, de facon rationnelle, immediate, sans dans ce cas pouvoir inclure les elements affectifs - intellectuels du puzzle, lui trouve a Omar Khayyam face a ce compromis cruel, avec le moral triste. Le temps, cette quantite elusive et a la fois, oppressivement concrete, evidente, qui sait s'imposer avec precision et caprice insouciants, implacables. Une fois partie la poetesse, Omar Khayyam ecrit ces mots dans le manuscrit de son oeuvre poetique de renommee mondiale, "Les Rubaiyat d'Omar Khayyam", traduit du perse en francais en 1867 par le diplomate et savant Jean Baptiste Nicolas - une publication et sa traduction qui respectait le mysticisme et spiritualite du genie perse - : "Pres de ton amie aimee, Khayyam, comme tu es seul! Maintenant qu'elle est partie, tu peux te refugier en elle." (page 58) Ces vers impitoyablement brefs, decisifs, me resonnent fort quand je pense a l'influence formative, transformative que m'a premis recevoir l'esprit et coeur receptif, genereux et visionnaire de la Kabylie. Depuis mon introduction au monde de la Kabylie, sa nature, son histoire, son art, son peuple resistant et chaleureux, en 2017, j'ai souvent l'impression un peu bouleversante, meme apres presque dix ans, de vivre ma vie une seconde fois, et cette fois, avec ma voix de poete, d'ecrivaine, d'artiste, d'etre humain, a 100% pour mon coeur, esprit, corps et ame, de pouvoir, recevoir la chance, de respirer, sentir, comprendre, explorer, ecrire, aimer, sourire, rire, pleurer, transmettre, en totalite, de mes talents, de mes emotions, de mes experiences vecues, et mes experiences maintenant, et mises en contexte. Pouvoir voir clair dans l'histoire de notre vie est un regal. Un de mes voisins, qui vit dans notre voisinage depuis autants d'annees que mon mari et moi, donc, plus de 35 ans, est un ecrivain et musicien - troubadour auto - didacte, qui recemment a pris la decision de publier l'histoire de sa vie en 4 romans. Je connais bien ses chansons, et son talent sur le piano, la guitare et l'harmonica, mais je ne savais pas a quel point etait traumatique et violente son enfance et adolescence, quand la musique fut son refuge, le monde ou il pouvait se recuperer les blessures, aussi physiques, lui faites par un pere adoptif sadique, qui sa mere pardonnait encore et encore, malgre les immenses souffrances pour ses enfants, et ceci des l'age de 5 ans, et encore plus jeune pour le petit frere, qui avait 3 ans. Les monstres les plus immondes sont souvent ceux qui se deguisent en citoyens polis, qui en public font un effort de calcul malevolent pour que personne ne se rende compte de la realite abjecte des tourmentes que leur famille doivent survivre, et non pire que les enfants dans ces situations miserables, car comment vont ils se defendre, s'echapper, sans des adultes de conscience charitables, responsables pour les sauver, qui les protegent de ce sort tragique? Mon voisin et son frere ont reussi a la fin de se liberer de cette misere, mais ceci apres des annees d'efforts et courage, et la grace que parfois dans ces circonstances les esprits permettent. Je viens de lire tous les 4 livres de mon voisin, et sa facon de savoir decrire la volonte qu'il des un tres jeune age a du trouver pour surmonter et survivre tous les defis continus, m'a vraiement impressionnee. Cela m'a fait comprendre comme pour moi, le temps m'a demandee beaucoup d'annees de patience, en fait, toute une vie, et maintenant, le temps se ralentit, me permet de bouger dans son espace sans etre pressee, me permet de voir les choses de ma vie, comme le fait un explorateur, un archeologue, pour qui le passe et le temps est une richesse, ne pas sous limites, ne pas compressee. Au contraire, le temps lui permet a l'archeologue faire des analyses precises, lentes, comprehensives, comme unir les pieces d'un puzzle, une activite qu'on associe avec la patience, le rythme au ralenti, qui permet la deliberation, la clarte, parce que le temps pour lui, ou elle, n'est plus un adversaire, mais au conraire, un compagne, un collegue presque. Cette exploration unique, qui me permet comprendre la structure de ma vie, les os et la chair, les muscles, et les blesures psychiques, et a laquelle la Kabylie me donne la grace symbolique d'une nouvelle peau, avec une nouvelle jeunesse de coeur, d'energie et dignite physique aussi, et d'esprit et ame: une metamorphose complete, magique, et si heureuse. En meme temps, je sens une affinite affective avec le dilemme d'Omar Khayyam et la poete Janah, qui se rendent compte que le temps est une quantite existentielle de laquelle ils se voient privee: leur amitie proche et sa passion et tendresse n'est permis que quelques nuits et jours vecus en secret. Apres, c'est le retour aux devoirs et responsabilites complexes, de la vie sociale - politique et royale du XIeme siecle en Persie de l'ere Seljuk. Il y a dans mon coeur et esprit de poete a la voix reclamee, me donnee par l'ame eternelle chamanique kabyle, des moments de forte nostalgie, de me rendre compte que le temps me redonnee a mes visions et passions poetiques - litteraires, comme l'eau d'une riviere, inevitablement se trouvera face a l'ocean immense ou termine le voyage terrestre et commence l'avonture mysterieuse vers l'entree du monde des esprits. Comme mon voisin, l'ecrivain - chanteur - musicien, Lord Chester Baldwin II (1950), qui comme pere de dix enfants et grandpere de 8 petits - enfants, se voit approcher cette route de la riviere de la vie qui s'approche vers l'ocean spirituel et ses enigmes, moi sur cette route, j'ai la chance unique de le vivre, grace a la Kabylie, avec cette sensation d'une joie exquise, au milieu des defis de la vie quotidienne et ses contradictions, de pouvoir re - tracer ma vie et dans un sens la vivre, une deuxieme fois, en totale plenitude. Dans ce sens, chaque moment que mes ecrits et leurs epxlorations me mettent en dialogue, en contact, avec ma famille de coeur kabyle, est d'une eternite magnifique, et me permet de vivre une seconde fois mon enfance, mon adolescence, et ma vie depuis aux Etats Unis ces dernieres maintenant 50 ans, et son present complexe, cette fois avec la presence et lumiere leur donnee par la charite visionnaire de l'esprit des Imazighen et leur sagesse. Et encore plus etonnant, ma vie qui avant 2017 m'avait obligee de vivre privee de ma voix et identite de poete et artiste, est depuis ces presque 10 ans, vecue dans l'energie generative et guerisante, creative de me savoir reunie avec mes talents, avec la chance de me savoir unie a mon vrai destin, a la chance d'etre moi dans tous les sens du mot, comme en temoignent mes livres qui celebrent ce mystere creatif vibrant, qui continue et depasse deja la publication depuis 2017, de 12 livres. L'image que j'ai choisie pour cet article est d'un encensoir persan Seljuk du XIeme siecle, quand Omar Khayyam etait en vie. J'aime beaucoup bruler de l'encens dans ces moments precieux que je sens fort la presence spirituelle de la Kabylie, du monde des rivages de l'Algerie et des heritiers qu'est ma famille de coeur d'Hommes Libres, les Imazighen. Peut - etre qu'Omar Khayyam aussi, se trouvait dans les moments de grace, de defis survenus, face au parfum spirituel, calmant et rassurant venus d'un encensoir le soir dans sa chambre, avant de se rendre au sommeil, confiant, sur, comme me l'inspire la presence chamanique de mon collegue photographe et tous mes amis de coeur en Kabylie: que les defis du prochain lever et coucher du soleil seront faisables, enrichissants, et possiblement, une autre interessante, complexe avonture a vivre, a comprendre, a partager.
Trudi Ralston
L'information sur Omar Kayyam et la poetesse Janah, courtoisie du roman historique d'Amin Maalouf, "Samarcande" ecrit, et publiee en francais par Jean - Claude Lattes en 1989. Mon edition Abacus, que j'ai consultee, est la traduction anglaise de 1994, apparu d'abord en 1992 par Quartet Books Limited, Londres.