Wednesday, February 11, 2026

Le Chiffrement: Le Fantasme d'Hephaistos - dans la serie "Au Carrefour des Rencontres"

           Cela reste une verite incontestable, reel, tangible, comme le tronc solide d'un arbre resistant, ancien qui connait les defis et rythmes de chaque saison, encodee dans ses cernes avec conviction, avec certitude: je continue de recevoir les outils qui me permettent apprendre comment m'exprimer ma voix de poete, comment en decoder les mots, les signes, si longuement silents de mon coeur, de mon esprit, dans la grace me donnee par la rencontre avec l'accueil chamanique et l'apprentissage, sa memoire et ses energies imperturbables de l'ame kabyle. Mon fils est ecrivain comme moi, et il decouvre que cela prend du courage, partager le monde interieur, ou vivent les idees, les reves, les personnages, les etres chers, les fantomes, les ombres et les blessures, les visions, du coeur, de l'esprit creatifs. Trouver ce courage souvent est le resultat de surmonter les defis considerables de solitudes tenaces, de chagrins lourds, qui cherchent justement, de nous enlever la voix, la force, ne nous affiblir la volonte, sa passion, son feu. Je me rappelle encore la conversation recente avec mon collegue photographe kabyle, qui me fait voir clair dans cette franche qualite de notre lien culturel et affectif, qui se traduit dans l'energie fructive de mes livres qui documentent ces explorations spirituelles et perambulatoires entre moi, comme l'apprentie flamande, et lui, comme chaman temoin du monde visuel et ses signes artistiques. Cette avonture complexe, de contextes riches en textures symboliques, comme d'une sculpture moderne, imposante, large, qui a besoin des espaces ouvertes du ciel et ses horizons, m'a fait penser au forgeron ancien grec Hephaistos. Je pense a son travail rythmique entre l'enclume, le marteau, les pinces, l'eau, le feu, la force de son bras, la concentration de son regard, qui s'unissent pour donner vie a l'arme naiscente dans le soin d'Hephaistos. Je me l'imagine dans ce moment de la convergence spirituelle, quand se croisent l'effort physique et la sagesse de l'experience, ce chiffrement ancien qui travaille sa formule secrete, magique. Pour moi, Hephaistos, est un forgeron kabyle , en qui s'unit tout le symbolisme de son personnage mythologique, qui m'apprend comment decoder le language si longuement etranger de mon monde interieur, son desir de se liberer, de naitre, de se forger dans le feu mystique du monde de mes poemes, desquels le talent spirituel artistique de mon collegue m'a laissee la liste des matieres qui donnerait forme a mon ame, mon esprit, mon coeur, auxquels il m'a introduit avec patience, tolerance, et avec une bonne dose de franchise gentille, de l'elixir de la charite, et de son courage pour la guerison affective. Hephaistos du monde de la mythologie grecque, est le dieu des volcans, des forgerons, et du feu. Ses symboles sont l'enclume, les pinces, et le marteau. Il y a aussi un oiseau qui fait parti du monde de feu d'Hephaistos, un oiseau connu pour etre servi comme un plat gastronomique riche et benefique, deja dans l'Egypte ancien: la caille, duquel il y a de l'evidence archeologique de ses traces dans les attributs funeraires alimentaires trouvees dans les tombeaux de pharaons et de la classe aristocrate ancienne egyptienne. La caille est aussi associee avec Aphrodite, la deesse de l'amour et de la fertilite, dans le recit qu'Aphrodite a un moment s'etait transformee en caille blanche, pour evader un pretendant indesirable. Dans la culture chinoise, la caille est associee avec la devotion, l'harmonie et aussi le courage, tandis que dans les cultures amerindiennes du Sud, la caille est vu comme un symbole de modestie et de l'humilite, et cet oiseau elegant, est aussi connu pour son association avec la conscience de niveaux de l'energie, et le besoin de soigner la sante. Dans les traditions japonaises, la caille fait partie du monde de la clairvoyance, et on voit son comportement comme une facon d'interpreter le futur. La caille figure aussi dans le monde des arts, depuis l'Antiquite egyptienne, et cela continue jusqu'a nos jours, comme dans les peintures et sculptures amerindiennes contemporaines, quand les courbes de gourdes se transforment dans des sculptures modernes elegantes de l'oiseau, comme celles de l'artiste americaine Linda Haakenson. L'idee de Hephaistos, le forgeron fort et resistant ancien grec, de qui la caille modeste et soigneuse accompagne l'effort intense et exigeant physique de son metier et ses talents et ses codes, fait pour un equilibre envoutant, de cette union et ses explorations de la convergence et ses points de concordance, de similitude. Leur point de concordance sait creer une energie creative, affirmee avec une signature audace, decisive, qui elimine dans la braise de son feu et sa transformation de deux mondes qui s'y croisent, toute trace de doute, d'hesitation, de faiblesse, quant a son ultime but: celui de sortir du feu deux esprits unis quant a vocation, quant a destination, quant a force vitale. Le partage que permet la rencontre dans le monde des arts, de l'esprit, et ses expressions, ses visions, sa voix libre et liberee, fiere, comme me la donne les conversations et rencontres artistiques - culturelles avec mon collegue - ami kabyle, le photographe Nacer Amari me rappelle encore les mots du poete autrichien Rainer - Maria Rilke (1875 - 1926). Mon oncle peintre surrealiste Frans De Cauter (1920 - 1981), m'a introduit aux idees litteraires - poetiques de Rainer - Maria Rilke, quand j'etais adolescente, le long mon apprentissage aussi en meme temps, que mon oncle me donnait dans le monde de l'art du dessin et de la peinture, ainsi que sur la philosophie existentielle: "Pourtant, tout ce qui nous touche, a toi et moi, nous touche ensemble, tel l'archet du violon, qui tire une voix de deux uniques accords." Hephaistos, comme forgeron mythologique, manifeste tres bien cette harmonie entre l'esprit et le corps, entre introspection et energie vitale. C'est cette energie vitale que je sens, que je recois, dans cet echange vibrant, riche en resonances affectives - artistiques - litteraires, que me donne la Kabylie et son ame eternelle, son coeur ouvert, energique, au monde de mes poemes, de mon art, de mes livres. Elle me permet forger mon energie creative dans le feu guerisant de l'union de deux mondes, et leur creer un point de concordance dans cette espace flamande - kabyle ou le temps et l'espace et ses divergences discordantes, penibles, de traumes vecus, subis, s'effacent, se dissoudent, pour ceder au rythme et sa joie solennelle, reflexive, qui suivent les conclusions et les affirmations partagees autour du mystere de la vie et du destin.     

Trudi Ralston    


L'information sur le dieu ancien grec, Hephaistos, et le symbolisme de la caille, courtoisie de Wikipedia. 

Monday, February 9, 2026

La Plume de la Colombe: Un Messager Intermediaire - dans la serie "Au Carrefour des Rencontres"

              L'hiver ici cette annee a un trait de nous donner une quantite de jours et nuits de pluies excessives. Ayant grandie en Flandre, en Belgique, la pluie m'est tres bien connue comme phenomene metereologique, qui dans mon cas m'a inspiree une passion pour le soleil, avec sa chaleur et lumieres eclatantes, chaudes des etes de mon enfance et adolescence, quand on trouvait sa presence sur la plage, et si non, dans les montagnes de l'Autriche, ou dans le Sud de la France. La pluie, avec les annees, m'a laissee aussi son regal, celui d'inspirer des moments d'introspection, de meditation, de conversations avec le monde invisible, a qui je me confie les pensees, les souhaits, les espaces discretes qui hebergent les visions, les sourires, que seulement le coffre qui y contient mon coeur, connaissent. Ce poeme m'est venu de loin, sa melodie hantante ayant traversee les continents, les oceans, pour me laisser la voix d'une personne qui possede l'esprit et le coeur proche a la fois a la terre et au ciel. Ce poeme m'est venu ainsi sur les ailes d'une colombe invisible a l'oeil physique, mais tres reel a l'oeil du poete, et sa voix sonore, qui a traversee les deserts de l'Afrique du Nord, qui m'est venu du pays des Touareg et des troubadours et visionnaires kabyles, m'a laissee sa melodie, son message, qui m'encourage ce jour de pluie abondante ici, a l'autre bout de ce continent des Ameriques, dans la region du Pacifique Nord - Ouest ou je vis, a juste quelques heures de l'ocean Pacifique, qui ce matin m'apporte sur les ailes de la colombe, le gout et la brise salee de la Mediterranee, des rives de ma Kabylie, de ses montagnes, des voix qui d'elle me manquent, de sa lune, de ses etoiles, de son lien avec le Grand Sud et ses memoires, qu'elle frequente, qu'elle garde:


La Plume de la Colombe           


Elle m'attendait en silence, ce matin de pluie et ses eaux abondantes. Elle m'a regardee avec ses yeux pleins de charite, pleins de patience, comme si elle me connaissait depuis longtemps, comprenait les contradictions et puzzles de mon existence. 

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Son voyage elle m'a expliquee etait long, mais son message etait trop important, pour ne pas accepter sa mission. Elle s'est approchee vers moi, la tete un peu timide, comme si elle voulait me dire, je sais que ne n'est pas evident, embrasser, unir le monde concret et le monde invisible a ceux qui hesitent vivre libre. 

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Elle m'a parlee du grand desert du Sud, en Algerie, elle m'a parlee des hommes Touareg, de leur musique, de leur sagesse, de leur monde et ses silences, ses chants qui reverberent pres du feu de champ, quand le temps s'endort, quand les mysteres de l'univers brevement se reveillent. 

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Elle est restee un bon moment, et m'a laisee le toucher chaud qui vit tout doucement dans ma memoire, d'une ame chere qui est a toujours unie a la mienne. Elle s'est envolee apres, et m'a laissee comme une caresse, une de ses plumes, pour me rappeler que mon coeur de poete et celui du vagabond du desert Touareg sont un, que ceci a ete decidee depuis l'aube de toutes les saisons sur terre.

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La plume de la colombe, me laissee pour m'assurer que sa visite ne fut pas un reve, pour rendre audibles, les notes de la voix du troubadour uni a ma voix de poete, dans cette espace vaste, de continents, d'oceans, de montagnes, de rivieres, qui transmettent le cri de joie du messager intermediaire: 

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rien egale le langage du silence de qui ses symboles comprennent et savent vivre le mystere sublime, irresolu et eternel quand deux voix s'unissent sur la route que traversent les coeurs qui se rencontrent quand ils abandonnent l'appel des illusions ensourdissantes du monde. 


Trudi Ralston


"We only said goodbye with words." - Amy Winehouse (1983 - 2011)

Friday, February 6, 2026

La Racine Heureuse: La Vision que sait Dessiner le Silence - dans la serie "Au Carrefour des Rencontres"

          Mon pere avait une passion pour la litterature, l'histoire et la philosophie de toutes les cultures, et je reste tres reconnaissante qu'il a partagee cet interet avec moi, sa fille ainee, des mon enfance. Cela a commencee avec des contes de fee, comme "Les Mille et Une Nuits", du monde de la litterature perse et arabe, remontant au Xeme siecle. Apres, c'etait les contes des freres allemands, Jacob et Wilhelm Grimm, de 1812 - 1857, et les contes de l'ecrivain poete et dramaturge danois, Hans Christian Andersen (1805 - 1875). Une fois adolescente, de 13 - 14 ans, mon pere m'a introduit aux poemes de Paul Verlaine, d'Arthur Rimbaud, au conte "Le Petit Prince" d'Antoine de Saint -Exupery, qui m'avait beaucoup emotionnee, pour les dessins aussi qui accompagnent ce recit emouvant. Quelques annees plus tard, j'ai ete introduite aux livres et poemes du poete bengale Rabindranath Tagore, du poete libanes - americain Kahlil Gibran, aux livres de l'ecrivain francais - algerien Albert Camus, de l'auteur russe Fyodor Dostojevski, de l'auteur allemand Heinrich Boll, de qui son livre "Opinions d'un Clown" m'avait bouleversee pour sa franchise affective de decrire son ame en traume suite de la Seconde Guerre Mondiale. J'ai lu aux livres du dissident russe Aleksandr Solzenitsyn, et aussi a la philosophie des anciens egyptiens, sur la mort et le monde des esprits, le fameux "Livre des morts des anciens egyptiens" ecrit entre 1550 - 50 B.C., qui decrit une serie de rites pour assister l'esprit des morts sur leur traversee du Duat, le monde des esprits. Mon pere m'a introduit aussi a la philosophie du mystique chinois Lao - Tzu, de qui on sait que sa naissance fut en 571 B.C., et qui est l'auteur du livre "Tao Te Ching", qui veut dire "La Voie de l'Integrite" qui est un des texts fondateurs de la philosophie du Taoisme. Une des idees centrales de cette philosophie est de ne pas forcer les choses, de prendre une attitude detendue, fluide, qui vit dans le moment, de ne pas mal interpreter la volonte humaine comme une raison de force, de ne pas changer ce qui est spontanee, ce qui suit qui est bon, qui fait honneur a ce qui est naturel, et ce qui a integrite. Un de ses dictons du texte du Tao Te Ching, qui m'avait le plus impressionnee, me reste gravee dans la memoire: "La plus profonde revelation, c'est le Silence." Le silence comme idee existentielle, qui invite d'eviter le bruit incessant du monde. Un silence qui accompagne, qui est la racine solide de l'esprit sur la plaine des contradictions et illusions qu'on rencontre dans la vie. Le long de ma vie d'exile culturel - social, j'y pense encore, a ses mots de Lao - Tzu, qui avaient laissee leur resonance dans mon esprit d'adolescente solitaire de 16 ans. Lao - Tzu se mefiait des ambitions motivees par le desir du pouvoir, et aussi avait ses doutes sur les avances techniques qui perdaient de vue deja le besoin de respecter l'equilibre dans la nature, et sa philosophie reste attirante pour encourager une vue sociale qui evite l'autocratie et les guerres. Une conversation recente philosophe avec un ami kabyle, m'a rappelee la sagesse du monde vu avec le calme et ses perspectives qu'invite le silence, comme attitude benefique envers les defis de la vie humaine. L'Afrique du Nord, ses cultures des Imazighen, invite cette sagesse de s'approcher a la vie avec un sens d'humilite qui est a la fois pratique, et profond, qui montre une appreciation pour une realite plus complexe que les apparences que laisse comme modele le monde quotidien, concret. Cette conversation avec mon ami kabyle, m'a rappelee au temperament tranquil, a la culture des Touareg, leur lien intime avec l'esprit du desert, ses silences, ses espaces vastes, qui existent en dehors on dirait du passage du temps. Cela m'a laissee avec un profond sens de paix interieur, d'avoir pu absorber la sagesse des mots de mon ami, une personne qui vit proche a la nature, qui comprend tres bien les pieges des illusions que cherche imposer le monde. Ses mots m'ont fait penser a une racine, une racine heureuse, qui vit en silence sous la couverture de la terre, et qui sait, que meme si elle ne peut pas voir l'arbre, son tronc majestueux, le bonheur des oiseaux qui vivent dans les branches de sa couronne; la racine heureuse, qui ne voit pas le plaisir de la sieste, la fierte de la recolte de ses fruits, que son arbre donne, mais qui sait, dans le silence de sa vie souterraine, qu'elle fait une partie integrale de l'arbre, et sait que l'arbre aime la racine pour son courage d'embrasser le silence, qui permet a l'arbre d'ainsi etre, et sentir, la douceur de ce silence qui lui unit a l'ame de la racine, qui lui nourrit a la terre et le ciel, tout en un. Je vais me rappeler longtemps de cette conversation profonde avec mon ami kabyle. Comme poete, qui unit les mots pour mes narratives de mes articles, poemes et livres, sentir l'energie rassurante, comme venant d'un feu de camp agreable, unifiant, du silence, son energie tranquille, reflexive, qui sent, qui vit, qui comprend, qui est, tout simplement, comme me l'avait illustree la conversation avec mon ami, cette sagesse de ses mots rend encore plus clair, le lien de mon esprit vagabond de poete en eternel exile, avec l'esprit resistant, clairvoyant du visionnaire, du chaman, comme l'est pour moi le coeur ouvert, charitable kabyle. Voila mon poeme, qui veut remercier mon collegue photographe Nacer Amari en Kabylie, pour me rappeler le long notre fructive conversation, l'importance d'accueillir le silence dans un monde qui se dechire avec ses bruits violents, qui chasse la dominance, l'ambition, dans tous les aspects de la vie humaine, du domaine personnel jusqu'aux plus hauts echelons publics, et qui rendent obscure, la chance de vivre la vie comme une experience vitale authentique, solide, libre:


La Racine Heureuse   


Elle dort en silence, les nuits chaudes et froides, sous la lune et ses etoiles, sous le vent et ses soupirs, elle attend avec patience, la pluie et l'eau qui va nourrir sa force vitale, qui donnera sa chance a l'arbre. 

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Elle est la racine heureuse, qui embrasse la terre humide, elle prend soin d'assurer la survie de l'arbre, de son coeur, de son ame, elle est fiere de lui voir la beaute de sa couronne, qui danse sur le rythme des saisons, qui lui apporte la joie de ses recoltes. 

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Elle est le sang chaud de son coeur battant, de sa vie de l'arbre, qui sait que c'est son courage de la racine, de qui l'arbre n'apercoit que son ombre, qu'elle, la racine, est l'equilibre, l'ancre solide, qui tient debout l'arbre, qui lui garde.

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La racine heureuse, sentinel soigneux de l'arbre solennel, qu'elle couvre avec son manteau de silence guerisant et outre - monde. La racine heureuse, qui dessine tel un livre de contes ensorcelants, l'histoire et ses exploits de l'arbre, en est son temoin, son calme, son confident. 


Trudi Ralston 


L'information sur Lao - Tzu et son livre "Tao Te Ching", et sur le "Livre des morts des anciens egyptiens", et les auteurs des livres de contes que j'avais lu comme enfant, courtoisie de Wikipedia. 






Saturday, January 31, 2026

Le Verre a Pied au Fond de l'Armoire: Le Poids Contradictoire du Vide - dans la serie "Au Carrefour des Rencontres"

            C'est toute une contradiction, parfois, la facon que les idees ont de se manifester comme etre logiques, evidentes, et aussitot qu'on les met en pratique, qu'on doit les vivre, comme une maison faite de cartes, sur un fond inegal, instable, elles s'ecroulent, ne resistent pas. Je m'imagine alors une bande dessinee, avec une figure qui en crayon dessine les murs d'une espace a 4 coins, avec un couvercle, et que cette espace dessinee est videe de son contenu. Videe de son contenu de l'energie de joie, espoir, charite, tendresse, identite, confiance, de toutes les emotions benefiques qui rendent heureux au coeur humain. Pour une raison ne pas rendue claire, l'espace de la bande dessinee, apres n'a plus rien dedans. Normalement, une espace occupee de choses, a un certain poids, et interessant de noter, que les sentiments heureux, rendent le coeur comme on dit "leger", lui donne des ailes, car l'euphorie elle est legere comme une plume, fait danser, chanter, et la musique, ses rythmes, et melodies heureuses, donnent cette impression physique meme, qu'on est leger, comme une plume dans une brise d'ete rafraichissante, comme la lumiere et son eclat, comme le sourire innocent, spontane. C'est quand arrive son contraire, le chagrin, quand on souffre une perte, quand on est volee de la sensation de la joie, de l'espoir, dans cette espace de notre coeur et ses lignes, que tout y devient lourd, oppressif, asphixiant. Donc, le coeur vide, son espace effacee de toutes les emotions positives, vitales, ne devient pas plus leger, non, au contraire: cette espace vide pese en fait, lourd, ecrase le coeur, la confiance, la resistance, l'energie, le moral. Plus vide cette espace, plus lourd son poids. Je trouve cela tout un mystere de l'arithmetique a l'envers, ou 2 plus 2 normalement font 4, mais dans le cas du coeur videe de son espace de bonheur, c'est 2 et 2 qui font 0. D'ou vient ce poids? C'est un peu de mystere presque chamanique, et peut - etre c'est cela qui explique que quand on brule un encens relaxant comme d'ambre ou de sauge et de santal, sa senteur qui circule vers le haut, nous enleve un peu le poids de notre peine, la rend plus legere. L'encens de santal on utilise dans la meditation, pour donner un sens de calme, de clarte, de lien aussi avec tout ce qui est spirituel, sacrale, qu'aide a etablir la senteur douce de bois, du parfum de sa fumee. J'ai toujours trouvee un soutien affectif dans le rite silent, intime de bruler de l'encens dans des moments importants, de grande joie, et certainement dans les moments de perte, de chagrin, de doute. La perte, dans toutes ses formes vastement differentes, me rappelle a un bel verre a pied, dont on a encore juste un exemplaire, dans un style un peu eccentrique, comme le dernier example unique, qui a su survivre. Ma mere avait toute une serie de verres a pieds en cristal, qui dataient du milieu du XIXeme siecle, et elle prenait une attitude assez arrogante quant elle les sortait pour les diners extravagants qu'elle avait l'habitude de faire a la maison pour son cercle de connaissances a la maison en Flandre, ou j'ai grandie. Je n'ai aucune idee precise ce que sont devenus cette collection de verres ciseles avec les initiales du nom de sa famille. Le chaos de la narrative de notre famille etait pour moi devenu trop a un certain point, et choisir de resister tout le chantage psychologique et me declarer libre de ce poids et ses mirages, etait une decision evidente en echange de ne pas perdre ma dignite et mon droit a l'independance, a mes propres choix, libre de manipulations. Le prix de l'anonimite et de me trouver bannie, meprisee pour mon courage, etait dur, de devenir encore plus invisible de ce que je l'etais deja, une fois prise la decision de quitter les avantages et privileges et visibilite attachee au nom de ma famille, mais, prendre la chance de l'avonture et ses interminables defis, d'etablir mon propre identite, a la fin, apres toute une vie de poete vagabond, anonyme, isolee, valait l'effort, et fut recompensee de facon unique, grace a l' esprit ouvert et la charite et sagesse de l'accueil kabyle. Toute une victoire, de me savoir la voix de poete liberee, relaclamee, ne plus soumise a des personnes dominantes, mal intentionnees parmi les membres de ma famille, et ceci, dans un sens reel, et symbolique aussi. Et interessant de noter, que dans ce cas, le vide, etait en meme temps la perte des illusions d'un heritage qui etait devenu un obstacle. La decouverte de mon propre identite, de la transformation de mon ame de poete, de ses visions, de ses inspirations et des influences, etait une espace dont le vide qu'avait laissee bannie de ma famille, n'etait pas lourd, une fois compris les pieges que son espace avait mise dans ses ombres cachees. Il y a donc deux sortes de vide: celui des espaces ouvertes qui permettent le vol libre de notre coeur, de notre esprit, et celui qui opprime, qui isole, qui rend impuissant, seul, qui nous emprisonne dans le poids, le desespoir de la solitude, de l'invisibilite tuante. Le vide qui ajoute un poids, est le vide douloureux, incomprehensible, qui avec ses espaces depourvues de sens, de contenu, de la chaleur, de l'intimite de la tendresse qui embrasse, qui assure, qui guerit, est un enigme existentiel, irresolu, un sphinx implacable, qui ne repond pas a la question urgente: comment et pourquoi?  C'est un vide de qui ses fantomes refusent de s'identifier, qui cherchent de nous mettre les chaines de la soumission, de codes de comportement devenus des habitudes ne plus pratiques ou rationnelles, devenues symptomatiques du dysfonctionnement dans une famille, si celles se transmettent d'une generation a la suivante. Le poids contradictoire, paradoxal de la solitude, tot ou tard, personne ne s'en echappe, on doit tous, tot ou tard, vaincre ses periodiques invasions. On s'ensort, avec la force du courage, et un peu de chance, au moins que le destin decide de nous condamner a une solitude endemique. Les sentiments du coeur connaissent bien sur, ce poids du vide qui rend lourd, comme quand on perd a une personnne aimee, pour toute une serie de raisons, le long le chemin de notre vie et ses hauts et ses bas. Je ne sais pas s'il existe un remede efficace pour combattre le chagrin du coeur, autre que de l'accepter, et d'essayer d'en comprendre ses dimensions, de lui ecouter, tolerer, ses cris souvent supprimes, et de ne pas en vouloir trop a la personne ou la situation qui l'ont cree, qui a mis la blessure brulante, penible au centre de la resistance de notre esprit, qui a su evaporer la joie et l'energie, que la tendresse sait donner a notre vie. A la fin, la rage, et sa revolte ne font rien que d'agrandir les flammes du feu de sa torture. La colere, sa tempete se calme avec la patience, avec la decision de pardonner, de changer direction, de quitter l'espace lourde du manque, avec humilite, avec dignite, et de croire que ce que tu souffres en regret, en douleur, peut - etre te rendras plus fort, plus flexible, plus capable de voir au - dela de l'evident, des illusions. Et ainsi, peut - etre, le courage de ne pas se rendre a la douleur, au chagrin, est une facon aussi de neutraliser l'enigme du poids du vide: la seule maniere de s'en liberer est d'arreter de l'eviter, et de le laisser telle l'eau le fait avec le courant fort d'une cascade, d'une riviere: rester calme, presqu'immobile, pour un temps, et le rocher qui est l'obstacle dans ton coeur, le poids lourd, avec le temps perdra ses angles dures, penibles, et l'eau de ton coeur, decouvrera que le rocher et ses angles, ses bords tranchants, coupants, devient un caillou rond, inoffensif, et que l'eau dans ton coeur, coulera petit a petit, a nouveau libre, fraiche, et avancera, tandis que le rocher, qui etait cause de l'obstruction mentale, physique, reste ou il etait, ne bouge pas, donc, ne te sais plus faire du mal, parceque tu n'es plus ou il est, tu as quittee son espace. Et voila, une possible facon de laisser derriere soi, ma Kabylie, le poids lourd d'un vide douloureux. C'est toi, en fait, qui m'a appris la chance de comprendre cet apprentissage, d'en pratiquer sa sagesse, sa patience, quand mon coeur saigne, quand une blessure lui dechire, lui tourmente, de simplement, humildement, avancer sur le chemin, qui, comme le savait deja le poete Sufi Rumi, se fait en marchant. Et comme a dit un jour le president Abraham Lincoln (1809 - 1865), qui a ete une influence majeure quant a l'abolition de l'esclavage de la population noire aux Etats Unis en 1869, suite de la fin de la Guerre Civile du pays entre 1861 - 1865, et son assassinat a l'age de 56: "Je marche lentement, mais je ne marche jamais en arriere." L'esprit resistant et tolerant kabyle m'encourage, de ne jamais perdre le courage, de garder le sourire, d'aimer d'avantage, n'importe le chagrin qui brule invisible au fond de mon coeur, les jours de doute, d'obstacles tetus, agacants.   

Trudi Ralston   


"Seulement l'amour et la mort changent toutes choses." - Kahlil Gibran (1883 - 1931), de son livre d'aphorismes "Le Sable et l'Ecume" de 1926. 

Wednesday, January 28, 2026

La Racine Nue: La Conclusion - dans la serie "Au Carrefour des Rencontres"

         Recemment, j'ai commencee une nouvelle serie, "Au Carrefour des Rencontres" apres avoir finie le manuscrit pour mon livre "Les Ailes d'Aphrodite", qui sera publie en mars 2026. L'idee de rencontres me fut attirant, pour le fait que le monde devient plus petit, grace a l'evolution exponentielle continue de la technologie informatique, et devient plus vaste aussi, dans cette vague troublante de l'intolerance, de la violence, de la haine, qui cherche a separer les peuples, les cultures et rendre la terre une planete ou regne la terreur, le mal dans toutes ses formes deshumanisantes. Cela m'a donnee l'idee d'une racine nue, qui se bat pour la survie, sur un terrain qui lui est hostile, depourvu de la chance de se mettre solidement dans le sol, de se nourrir, de fleurir, d'atteindre son but d'etre un arbre, qui donne de l'ombre, des fruits, du renconfort pendant la sieste en ete, et aux oiseaux, qui s'unissent dans sa couronne pour leurs chansons, leurs echanges, et qui pour des generations consecutives est le temoin de recoltes reussies, de reunions de famille, de saisons de la vie vecues, entre grandparents, enfants, petits - enfants, de reflections pour les poetes, pour les reveurs, pour la chaleur du soleil, et la lumiere des etoiles, de la lune. L'idee de la racine nue, fait mal, quand on aime la terre, quand on connait l'effort des agriculteurs, de l'importance de leur connaissance, de leur sagesse, de leur coeur et esprit en harmonie respectueuse avec les lois de la terre qui nous donne la vie meme, qui nous nourrit avec ses recoltes, ses dons. Cela me manque de me sentir proche a la Kabylie, de ne pas savoir quand je vais pouvoir y retourner. Mes poemes sont une sorte de messages en code, qui ou essaient de couvrir sa tendresse, ou rendre bien visible, l'energie que me donne cet amour que je sens pour sa terre, pour son esprit, son coeur. Dans ce sens, le titre meme, "Au Carrefour des Rencontres" de cette nouvelle serie, est un souhait, une facon de me trouver un peu, comme la racine nue, seule sur cette scene de theatre de ma solitude qui se rend plus aigue sans elle, et que je ne peux pas eviter, ce qui me rappelle les mots du poeme "Va Jusqu'au Bout de ton Desir" de Rainer - Maria Rilke (1875 - 1926), de son livre de poemes, ecrit dans l'expression lyrique du neo - romanticisme, en 3 parties, entre 1899 et 1903, "Le Livre des Heures, I 59":

 "Toi, suis le chemin au - dela de ta memoire, marche vers les limites de ton desir. Prends ma forme. Prends feu comme une flamme et fais des grandes ombres, dans lesquelles je peux bouger. / Laisse tout t'arriver: beaute et terreur. Continue d'avancer. Aucun sentiment ne dure. Ne permets pas que tu me perdes./ Proche est le pays qu'on appelle la vie. Tu le connaitras par son poids serieux./ Donne - moi ta main."

 Il y a pas mal d'angoisse dans ses mots, mais ce qui domine, est le courage d'avancer quand - meme, de ne pas ceder a l'incertitude, la malaise existentielle. Donc, c'est ma conclusion: de continuer, de marcher, en avant alors, dans la brume de ce monde fou, dans le chagrin de me savoir loin, dans l'incertitude de presque tout en ce moment. Cela reste emouvant, apres toute une vie de solitude, d'avoir trouvee ma voix en Kabylie, et cela reste egalement penible, de ne pas savoir maintenant ou menera ce chemin, son pont loin dans la distance, et de noter que le monde, comme une piece de theatre, s'ennuie facilement, change d'acteurs, de scenes, ne pas parceque c'est une bonne idee, mais par impatience, par habitude, par l'effet que laisse comme une maladie infectueuse, l'indifference une fois que le temps seduit le courage, la sensibilite qui suit comme une colombe egaree, le coeur des poetes, des visionnaires. Et ainsi, la colombe, on la chasse, parceque l'innocence est une presence que peu savent tolerer a la fin, comme elle est tel un miroir, qui rend claires les vraies dispositions d'une personne. La racine nue, elle lutte, comme le coeur sensible, du poete, du chaman, de toute ame blessee, qui avance, souvent sans carte routiere pour ainsi le dire, sur le chemin du destin, qui parait avancer en arriere dans le monde contemporain, qui parait avoir aucun interet de se rappeler les horreurs du XXeme siecle, et qui au contraire, fait tout pour en repeter les etapes desastreuses. La terre meme, parait en colere, et nous visite avec des incendies, des inondations, des tempetes, qui continuent de devenir plus destructifs, plus severes. L'idee de la racine nue, liee aux arbres, dont on a tellement besoin, pour nous permettre l'air sain pour nous poumons, pour nous nourrir et proteger de la chaleur, est ainsi aussi un appel, de la part de la nature, qui voit la destruction des forets, des animaux qui y vivent, des recoltes qu'ils protegent du vent, et qui font une grande partie de l'alimentation humaine. La racine nue, comme idee poetique, de lutte existentielle contre l'absence de la charite, de la cooperation, de la tendresse et sa joie, son espoir, et aussi la racine nue, victime des abus que souffre la terre, cette terre et ses dons, ses fruits, des champs, des rivieres, des oceans, sans laquelle, on ne survivra le delire de l'avarice, et ses haines, qui nous risquent detruire, dans une piece de theatre dystopique ne plus sorti d'un livre, mais qu'on vit en ce moment, dans tous les coins de la terre, et il n'y a pas de sortie, ni de coulisses derriere lesquelles se cacher. Je dedie ce poeme a ma Kabylie, ma muse, qui me voit la blessure de la racine nue, et qui en est l'eau fraiche qui en lave le soif, la douleur epuisante, sa inconsolable solitude, de se savoir si proche a son destin, son but, son reve, de se reunir avec la terre qui lui donne la chance de se realiser comme arbre fier, sur: 


La Racine Nue 


Elle se defend comme elle peut, laissee seule sans remede, sur une plaine rocheuse, au milieu d'une tempete, au milieu d'un vent soudain, qui lui a enlevee sa place, sa chance, le but de son reve. 

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Elle se voit si fragile, on ne dirait pas que c'est elle qui donne vie a un arbre solide, si elle recoit la main qui lui guide vers terre fructive, ou elle pourra fleurir, donner, pour des annnees longues, heureuses, ses dons, qui vont nourrir toute une generation, toute une famille.

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Ell se parait au poete, au troubadour, au chaman en exile, qui font le circuit de ville en ville, qui dorment pres de portails vides, et pour qui le soif et la faim de leur coeur, de leur ame, les tourmente, comme la racine nue, qui tel un caillou roule le long la route, sans direction, sans destination, invisible.

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La racine nue, ce symbole de la terre qui souffre tants d'abus, notre terre qui pleure, qui voit cette detresse, contre laquelle tout coeur decent lutte. C'est la main de la personne gentille, qui aide, qui comprend, qui plante, donne a boire a la racine nue, desolee, mourante. 

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Ainsi est pour mon coeur la memoire, la gentillesse kabyle, qui m'a vu la racine nue de mon coeur de poete,  me l'a resuscitee avec sa charite, avec sa tendresse, l'a protegee contre le vent, contre le froid, contre les flammes, du temps et ses armes. 

*****     *****     *****

A voir, si tu resistes, le chaos du monde, la fatigue de l'indifference, le sortilege des routines, a voir si tu, ma muse kabyle, ne me perdes pas de vue la racine qui a fleurie dans tes soins. A voir, si tu te rappelles, de donner a boire a mes poemes, a leurs reves, leur espoirs, leur renforce la voix, le courage.

*****       *****     *****

A voir si elle, la racine nue maintenant soignee, devient arbre solide, et l'ombre de tes siestes, l'accueil pour un conte que tu vas reciter a tes enfants: d'une poete flamande, qui sur tes rives, a su devenir libre, fiere, sure, l'ame sauvee d'etre condamnee de mourir, telle une racine nue, rejetee, rendue impuissante, par manque, par soif, par tants de jours et nuits de tuante, de cruelle indifference.


Trudi Ralston         


L'information sur les vers du poeme de Rainer - Rilke, "Va jusqu'au Bout de ton Desir", de son livre de poemes "Le Livre des Heures" (1899 - 1903), courtoisie de Wikipedia dans une traduction de ce poeme, en anglais de Joanna Macy, dans " The On Being Project", de qui la traduction de ce vers en francais pour cet article, est la mienne.  

Monday, January 26, 2026

Le Frisson: Briser la Force de l'Habitude - dans la serie "Au Carrefour des Rencontres" - en hommage a Nacer Amari -

            Ce matin, le ciel froid est couvert d'une couche telle faite d'un pinceau saturee pour un paysage d'une peinture en huile. Cela avait l'effet de mettre un poids sur les ombres des arbres de la foret et du jardin, sous une pluie soudaine qui chercheait se laver les couleurs monochromes collees sur le souffle du jour. Cela me donnait une grande envie de poursuivre l'idee pour cet article, qui en fait etait aussi une facon d'exprimer le desir pour une conversation reflexive avec mon collegue photographe d'Aokas, Nacer Amari. C'etait au sujet de la volonte creative, de l'importance de rester vigilant quant a l'energie creative, de ne pas la laisser s'effacer ses visions, ses lumieres, dans un monde qui cherche de les mettre dans le noir, de les y aneantir. Ecrire est une des facons de traverser le sentier vers le monde interieur de nos pensees, de nos passions creatives, spirituelles, culturelles, de toucher les racines autrement difficilement visibles, definies. L'autre jour, j'etais inspiree d'ecrire un poeme au titre de "L'Image", qui essaie de decrire la sensation profonde, d'avoir la chance de se comprendre l'esprit, le coeur, l'ame, grace a un lien transformatif, comme la Kabylie me permet, et que la collaboration depuis 2020 avec le photographe Nacer Amari, m'a permis approfondir de facon exponentielle dans mes livres et dans mon art, ces derniers 6 ans. Les liens transformatifs dans le monde des arts sont puissants, et souvent complexes, controversiels aussi, et rarement evident quant aux circonstances, ce qui demande une sorte d'approche zen, entre energie exuberante et un besoin pour le calme, les moments de pause, pour voir clair dans toute l'espace que ce lien sait creer, et aussi demande. C'est le poete - romancier et dramaturge irlandais, auteur du roman gothique "Le Portrait de Dorian Gray" (1890) Oscar Wilde (1854 - 1900), qui fameusement a dit: "Sois toi - meme. Toute autre personne est deja comptee." Donc, c'est seulement en acceptant soi - meme, qu'on peut achever la liberte pour soi - meme et pour ceux qui nous entourent, et ainsi atteindre tout notre potentiel. En ecrivant ce poeme, "L'Image" j'ai senti un frisson, cette reaction physique de l'euphorie, face a une experience esthetique agreable, que le monde des sciences de la physiologie decrit comme: "un frisson esthetique ou psychogenique, c'est a dire une reponse psycho - physiologique envers un stimulus agreable, y compris la musique, un film, des contes, des personnes, des photos, et des rituels, qui souvent causent un etat agreable, avec la sensation du chair de poule, ou la dilatation des pupilles." C'est un effet qui ne dure que quelques secondes, mais qui donne l'impression d'une permanence affective memorable. Cela m'a pris toute une vie de me trouver sur la terre des Imazighen, specifiquement, dans mon cas, de la Kabylie, et de recevoir la chance de decouvrir l'inspiration que me donne la communication culturelle - litteraire - artistique avec le photographe Nacer Amari, qui continue de rendre clair le sentier de ma vie comme poete - ecrivaine et artiste, longuement isolee du confinement culturel, de ma vie aux Etats Unis depuis un jeune age. Apres avoir finie mes etudes secondaires au lycees pour filles a Roeselare d'abord, et apres a Izegem, suivant un souhait de mon pere je suis partie pour mes etudes universitaires au Texas, ou j'ai vecue dix ans, avant de rencontrer a mon mari de San Francisco, qui lui etait au Texas pour faire sa maitrise en psychologie, on s'est demenages vers l'etat de Washington, ou on vit depuis, avec notre fils, lui aussi ecrivain. Le monde des arts souvent est une espace ou les normes etablies sont mises en question, ce qui fait que les artistes sont souvent a l'avant - garde de nouveaux mouvements, et recoivent ainsi aussi pas mal de critique, de jugement, et de punition aussi, ceci dependants des systemes en place, pour leur audace envers la societe qui n'aime pas qu'on lui bouleverse ses notions de l'ordre, de la moralite, de son pouvoir sur le peuple et les ressources que l'assurance sur le conrole de la population permet aux classes sociales dominantes. Le surrealisme, l'expressionnisme, et le romanticisme et le baroque avant eux, sont des mouvements artistiques - sociaux qui ont eu un effet durable sur les conditions sociales - historiques, comme l'influence du surrealisme sur la naissance du mouvement du socialisme, et du communisme, et leur desir de defendre et proteger les droits des travailleurs victimes des abus de la machine industrielle, et les resultantes revolutions decisives, en Russie en 1917, en Chine en 1949, ainsi que les guerres pour l'independance en Asie, en Afrique - les pays de l'Amerique Centrale et l'Amerique du Sud avaient obtenu leur independance de l'empire de l'Espagne au XIXeme siecle - pour liberer ses peuples de l'oppression coloniale. Le surrealisme fut une reaction viscerale contre les horreurs de la brutalite des machines des armes de terreur, de la Premiere Guerre Mondiale, et l'expressionnisme contre la continuation des atrocites encore plus abominables, de la Seconde Guerre Mondiale, tandis que le mouvement du romanticisme du XIXeme siecle deplorait la destruction des ressources de la nature suite de l'introduction de la Revolution Industrielle qui avait vu son debut en 1790 en Angleterre, et le baroque du XVIIeme siecle fut une reaction contre les guerres brutales civiles en Europe, qui laisseraient la population decimee, epuisee, fragmentee et appauvrie par les ambitions des empires dominantes. Les arts sont l'appel a la conscience, comme le fut le monde du theatre de la Commedia del arte du XVIIeme et XVIIIeme siecles, qui etait une critique sagace des abus du systeme politique, entre autre en France, de la part du regne de la dynastie des Napoleon. La Kabylie m'a su me reveiller la voix de poete, et uni avec la sensibilite, intelligence et patience communicative et affective du lien avec Nacer Amari et son monde de la photographie de ses portraits et nature mortes et paysages de sa region natale, a su declencher la liberation de cette hypnose engourdissante sous lequel mon exile et perte de tant de famille m'avait mis l'energie creative, ma voix, ma liberte d'etre moi - meme, de devoir vivre les ailes de poete, et leur souffle, leur vol, saisi, pris en otage. Le frisson esthetique, est aussi un appel de ne pas ceder la volonte de vivre le coeur, l'esprit debout, ne pas endormi, ne pas soumis. La force de l'habitude peut parfois rendre impuissant a la vigilance dont a besoin l'inspiration creative. Briser la force de l'habitude, c'est une facon que le frisson nous touche, nous rappelle de refuser de devenir un robot, soumis. L'habitude de ne plus reagir, de ne plus questionner, de ne plus se rebeller, de ne plus douter le status quo, de permettre que les routines deviennent la matiere lourde sous laquelle on laboure, en corps, coeur et esprit, rendu muets, et ainsi, invisible, reduite a une ombre, une brume de qui ne restera plus rien, qui disparaitra, comme ca, dans la brise du va et vient des jours, des nuits. Se construire une voix, venue des profondeurs de notre vie interieure, ses explorations, ses detours, ses peines, ses espoirs, ses talents, et de la pouvoir rendre audible, et en expression visible dans le monde exterieur, quotidien, ses exigences, ses hypocrisies, ses demandes, ses rites, et ses limitations, m'a demandee toute une vie. Sa construction se realise, se continue dans l'accueil de l'esprit chaman de la Kabylie, et le poeme "L'Image" decrit cette evolution, cette grace de laquelle les rencontres intellectuelles - artistiques - litteraires, a longue distance en plus, avec mon collegue artiste kabyle Nacer Amari, me permet en comprendre sa structure, son denouement, son processus, comme etre permis dans le studio d'un sculpteur qui me fait une image de ma personne, et qui me fait comprendre qu'avant cet evenement essentiel, je n'avais pas recu la chance de me connaitre, ni a mon monde interieur quant a ses experiences complexes, ni a l'expression de mon temperament affectif - social, ses gestes, ses nuances, sa totalite. Ce qui me rappelle encore a la piece de theatre que j'ai vu sur une serie de television en Flandre, comme enfant. Une piece de theatre pour la jeunesse, qui raconte l'histoire d'une jeune fille emprisonnee dans une tour, ou elle decouvre une petite boite avec un mirroir. Elle pense, n'ayant jamais avant vu la reflection de son visage, qu'il y a une fille prisonniere dans la boite. Ainsi, est pour moi la sensation de ce qu'a fait pour moi, le coeur kabyle, son esprit, sa sagesse, sa nature, sa mythologie, son courage, son accueil, qui s'est unie toutes ces attibruts sprituels dans la force transformative du lien professionnel artistique avec le photographe Nacer Amari d'Aokas. J'essaie depuis d'en comprendre l'effet continu de cette grace, de la part de son esprit et sa sensibilite creative - affective que possede mon collegue, qui au contraire d'y appeler attention a ce phenomene qui est pour moi un privilege, prend une attitude d'une discretion et humilite totale, comme est ne pas atypique pour les personnes qui possedent, sans l'annoncer, le don de chaman, de guide spirituel. Ce qui me rappelle les mots du poete perse Sufi, Jalal al - Din Muhammad Rumi (1207 -1273), dans un de ses poemes sur le besoin de rester vigilant, de ne pas permettre que notre esprit s'endort, de rester rebelle, en vie, a 100% : "Au - dela des idees du bien et du mal, il y a un champ. Je t'y rencontrerai. Quand l'esprit s'y etend dans son herbe, le monde est trop pour en parler. Les idees, de langue, meme la phrase "L'un l'autre" n'y tiennent aucun sens. La brise a l'aube a des secrets a te raconter. Ne te rendors pas. Les gens vont et viennent sur la traversee ou les deux mondes ( le monde concret, et le monde spirituel) se touchent. La porte est ronde, et grande ouverte. Ne te rendors pas." Ce vers est du poeme de Rumi "Une Grande Carrosse." Le poete irlandais, Oscar Wilde, a qui je mentionne dans l'introduction de cet article, a dit aussi: "La verite est rarement pure, et ne jamais simple." Pour moi, la verite incontestable quant a l'importance sur le reveil de mon esprit creatif, sa reprise, sa relance, de ma voix comme poete, et artiste, qu'y joue la Kabylie, comme acteur central dans la piece de theatre qu'est la vie, est fascinante, et que cette importance a trouvee sa clarte, sa profondeur, et sa catharsis, dans le lien qui traverse trois continents, avec le photographe artiste d'Aokas, continue de laisser son influence decisive dans mon energie creative, et me laisse completement fascinee, captee par la force, l'insistance de sa presence, qui parait emaner d'une source spirituelle ancienne, sacrale, comme seulement le sait faire le coeur battant d'une culture qui remonte des milliers d'annees, comme les cultures originaires de l'Afrique du Nord, des Hommes Libres, des Imazighen. Ma voix m'a ete donnee, sa liberation, sa joie, son expression vibrante, exuberante, par l'esprit chaman qu'est pour moi la Kabylie. Je ne peux pas le repeter avec assez d'insistance. Ne pas le faire, ne pas le reconnaitre, serait une grave omission quant a la force ancestrale - mythologique et ses dons de l'heritage culurel kabyle. Ce poeme est en hommage, en humilde reconnaissance de ce lien immensement profond, que continue de me donner, la Kabylie, et la sagesse, son attitude plutot effacee, un peu bouleversante des fois, d'un collegue qui vit si loin et qui laisse desormais, malgre cet obstacle et limitation considerables, un impact proche, profond, tangible direct, sur le monde de mes poemes, de mes articles et de mes livres, et de mon art. Voila mon poeme, en hommage, qui exprime ce frisson esthetique, qui brise l'hypnose de la force d'habitudes tuantes, mortelles contre laquelle doit se battre, avec toute sa force, l'energie creative du monde des arts, cette ultime frontiere contre l'absurdite sans pause de la vie du XXIeme siecle et ses troubles angoissantes et dehumanisantes: 


L'Image


Elle se fait en silence, cette image que le miroir de ton regard, de ton esprit me presente. Avec calme, avec discretion, tu delignes mon coeur, mon ame, qui montre mon image, que tu as vu s'approcher il y a longtemps avant qu'on s'est rencontree. 

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Comme la sculpture qui estime le message lui confiee par sa muse, tu m'as su garder les pages du livre qui garde l'histoire de mon exile. Je me trouve devant son miroir voyant, et la brume de sa surface lentement s'eloigne. 

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Dans la clarte lisse qui y maintenant est visible, tu m'introduis a ma personne, m'en unit les experiences, leurs divergences, qui se sont retrouvees sur les rives kabyles. Lentement, je respire, l'air frais, doux de l'espace chaude, sa lumiere, sa sagesse. Je sens tout mon etre se reveiller, prendre forme decisive. 

*******     *      *******

Sans jugement, tu donnes vie aux contours de mon image, sous la lune et le soleil de ta terre ancestrale. Ainsi mes poemes et leurs inspirations connaissent, pour la premiere fois depuis mon enfance, mon adolescence, la joie, le bonheur de me savoir visible, en paix, detendue, chez moi, libre. 


Trudi Ralston   


L'information sur les vers du poete et mystique Sufi perse, Jalal - al Din Muhammad Rumi (1207 - 1273), sur le poete - romancier et dramaturge irlandais, Oscar Wilde ( 1854 - 1900), et sur le phenomene psychophysiologique du frisson esthetique, courtoisie de Wikipedia. La traduction des vers de l'anglais en francais, de Rumi et d'Ocar Wilde, est la mienne. 

Thursday, January 22, 2026

L'Ombre: La Langue des Gestes - dans la serie "Au Carrefour des Rencontres"

          C'est tout un monde, qui reste pour la plupart invisible, qui a sa propre langue inaudible sauf pour ces rares personnes qui ont l'ouie qui sent les messages et leur hieroglyphes uniques venus des espaces ou vit le coeur: le monde des gestes, des mouvements presque imperceptibles que nous communique le monde de notre etre spirituel - affectif envers la complexite du monde exterieur, ses demandes, ses contradictions. L'hiver ici au Pacifique Nord - ouest des Etats Unis, nous visite apres des semaines de pluies torrentiales et les inondations serieuses du mois dernier, avec des jours froids pleins de brouillard dense, qui donnent l'impression que la nature de la foret derriere le jardin, ses arbres, sa faune, sont en mode silent, presqu'absent, ou tout est une nuance d'une couleur grise epaisse, comme de cendres. C'est intrigant, comme ce silence m'a fait penser a la mer, ses vagues intenses, leur bruit, leur rythme, ses marees et leur force, qui meme en plein frisson de l'hiver, donnent une energie qui inspire la guerison, l'espoir, le courage. La mer sait nous embrasser avec la melodie de ses vagues, l'accueil de son sable, la fraicheur de ses brises, tout ce qui nous occupe le coeur, l'esprit, et nous en enleve le poids, le doute, la peine. Comme si on peut se confier a elle, dans cette langue silente de nos souhaits, de nos reves, qu'elle sait voir, entendre, comprendre, traduire les mots et leurs lettres lui envoyees par courier invisible, en solennel silence. Devant son immense espace, ses horizons etendus, la solitude, l'isolation, l'absence, disparait, elle les embrasse, les emmene dans la profondeur de sa presence, du va et vient eternel de ses danses, qui nous observe, nous touche le fardeau invisible, nous le rend plus leger, plus digne. Presque comme si elle est une personne, devenue un esprit des oceans, une assurance reconfortante, que le monde en dehors d'elle, n'est qu'une illusion temporaire, qu'on doit surmonter, tolerer. Kahlil Gibran (1883 - 1931), le poete libanes - americain en parle dans son livre d'aphorismes de 1926, "Le Sable et l'Ecume": "Je marche a toujours sur ces rives Entre le sable et l'ecume La maree haute effacera mes traces Et le vent enlevera l'ecume." La mer nous laisse ses gestes, dans le silence du sable muet, dans la force du rythme de ses vagues. J'y ai pensee encore ce matin, ayant grandie pres de la mer en Flandre, et visitant en ete ici les plages rocheuses fameuses de l'etat de Oregon, a juste quelques heures en voiture d'Olympia, depuis des annees. Je pense a la mer dans ces moments de manque, quand mon coeur sent l'absence d'etres chers, des personnes aimees, et des personnes deja au monde des esprits. Mon coeur essaie de les toucher, leur sourire, la main, souhaite de pouvoir voir la lumiere de leurs yeux, la beaute de leur presence, de pouvoir entendre la cadence de leur voix, de sentir l'energie chaude de leur etreinte. Dans cet effort tenace, son desir de la reunion, de sa tendresse, de son espoir, il y a pour moi le mystere de ces espaces qui vivent entre les mots ne pas possibles de dire, entre les images de memoires precieuses vecues, intactes, et le souhait fervent de pouvoir les vivre, connaitre encore, de fermer la distance dans le temps, entre hier et demain. Dans ces moments, je pense souvent a ma muse, a la Kabylie, ou vivent les melodies de sa musique, les memoires de son soleil, la voix de mes poemes, de ma famille de coeur, qui m'a guidee vers ses rives, ou elle m'a donnee la clef pour decoder les visions de mes poemes, de mes livres qu'elle m'inspire, et de recevoir la chance de comprendre l'histoire de ma vie. La langue des gestes du monde interieur, ce monde vaste plein des voyelles et consonnes qui unissent tel le fil solide les perles d'un collier, l'histoire de nos coeurs, de nos traces sur le sable et ses marees de notre vie. Cette langue souvent inaudible qu'on cherche d'exprimer, avec courage, avec conviction, et qui avec un peu de chance, quelques rares, intuitives, personnes vont en comprendre toutes les nuances, toutes les joies, toutes les agonies, et qui souvent s'evapore dans le bruit du monde exterieur et ses airs toxiques. Ce poeme, "L'Ombre" celebre a ces amis de coeur, qui nous entendent les notes du coeur, leurs gestes timides, et audaces a la fois, qui communiquent la passion et ses visions de notre etre, de ses ecstases, de ses agonies:


L'Ombre 


C'est une ligne qui dessine, qui avance en silence. Des pas qui touchent le chemin, qu'y a laissee l'espoir d'une melodie et sa memoire, suspendue entre joie et chagrin. 

*****    *      ***** 

C'est une couleur qui peint en velours doux les traces d'un timide bonheur. C'est un gout riche et rouge que laisse l'aube pour l'espoir du coeur.

*****     *     *****

C'est la distance que traversent les voyelles et les consonnes des empreintes de nos mots et leur courage, leurs danses elaborees. 

*****     *     *****

L'Ombre de nos reflections, de nos pensees echangees, ces echos fiers de nos voix, qui voient, qui entendent l'appel clair, resonnant, quand le coeur partage, invite la grace, la joie.      


Trudi Ralston