La sensation d'etre hebergee dans le monde de mes poemes, de mes articles, de mes livres, et de mon art qui me lient a ma muse qui m'a menee vers le coeur et l'esprit de la Kabylie, est intimement unie a la paix affective, interieure de ma vie, n'importe la distance geographique qui me separe des rives de l'Afrique du Nord, qui neaumoins m'accompagnent depuis mon adolescence, et meme mon enfance. L'Afrique du Nord vit comme une melodie sure dans mon etre, il parait, depuis toujours, quoique le destin me ferait attendre 48 ans, avant de lui voir ses rives en personne, d'admirer ses montagnes de l'Atlas, d'entendre les voix Berberes de ma famille de coeur en personne finalement pendant mon sejour en Kabylie en 2019, ses rythmes et melodies, que j'avais entendu d'abord dans les chansons du troubadours Idir, et du poete et rebelle immortel Matoub Lounes. Me sentir proche au coeur kabyle, a son esprit resistant, sa capacite pour la sagesse et l'humour, pour l'accueil, la tolerance, la charite, est un elixir guerisant, qui parait posseder une influence alchimique sur mon energie creative, un mystere du destin, qui continue de m'inspirer mon monde creatif, comme un chaman benevolent, qui m'attendait longtemps avant de lui rencontrer, comme si l'esprit kabyle savait que seul sa vision allait me reveiller la voix de poete. Vivre dans cette aura chaude berbere, m'a fait penser a son contraire, a ces moments quand le monde en dehors de cette oasis intellectuel - creatif - spirituel - affectif, recule, se sent loin, quand les angles moins agreables de la vie brusquent ma realite quotidienne, melange une ombre obscure dans les couleurs brillantes, de joie, de l'espoir, du courage, et laissent un gout de metal, froid, amer, une sorte de nausee, de separation cruelle, qui m'arrache, qui brevement me rend a nouveau invisible, inaudible. C'est une sensation douloureuse, impuissante, une sorte de breve hallucination, comme le frisson d'un cauchemar en plein lumiere du jour, qui heureusement, ne dure que brevement, quelques heures, quand apres, la blessure psychique se calme, s'eteint le feu de sa brulure. J'essaie de comprendre la sensation penible, d'inconsolable solitude, qui parait dans ces moments de m'avaler, de me faire disparaitre dans le neant, de me dissoudre, effacer. Comme est souvent le cas dans ces moments, j'essaie de donner un contexte, de rationaliser l'experience, et pour la premiere fois, grace au toucher affectif - spirituel gentil kabyle, qui me ramene toujours a cette plage paisible, son sable et ecume, qu'est pour moi son coeur patient, j'ai pu me l'expliquer finalement cette fois, cette sensation de perte qui va et vient, en pensant a une idee d'une boite a ombres artistique, et de comprendre en meme temps aussi, que la Kabylie et son esprit dans ces moments de peine devient le sable, qui s'unit a l'ecume, donc, qui m'unit le monde affectif et creatif, leur calme la tempete, l'inquietude. Une boite a ombres est un cadre avec une facade transparente de protection, dans lequel on etale des objets qui ont une importance affective, artistique, historique: des lettres, des bijoux, des pieces de monnaie, des timbres, des manuscrits, des portraits, des peintures, des dessins, des photos, des souvenirs precieux, d'une personne aimee, d'un voyage. L'idee d'une boite a ombres, me parait un beau symbole, pour exprimir en mots la sensation de ne pas aimer de me sentir vulnerable, en dehors de son cadre, de son ciel et sa terre de mon monde affectif - creatif, que m'heberge, me soigne, la presence chamanique de la Kabylie. De ce pays de l'Algerie, des enigmes de sa nature qui embrassent eternite et courage, beaute et silence, que couvrent l'histoire de ses montagnes, rivieres, villages, champs, oasis, villes, Sahara, et tresors archeologiques, sur une espace immense de 2,381,740km2. L'accueil de la Kabylie me raconte l'histoire de ma vie, la met dans un contexte croyable, reel que, pour la premiere fois dans ma vie, je comprends, je vois expliquee, unie, comme dans une boite a ombres, ou elle m'apporte les elements, les objets, pour ainsi le dire, les symboles des experiences marquantes de ma vie, qui m'ont menee vers les rives des Imazighen. La boite a ombres que me construit le coeur kabyle, ou s'unissent les images, des moments, des personnes, des epreuves, des revelations, des graces, qui me font comprendre que la grande quantite de patience, d'annees de defis, a une clef qui ouvre la porte vers la rencontre qui serait le miroir de mon ame, qui m'apprendrait les mots, la vision unifiante pour me donner la langue et ses mots de mon monde interieur, et la voix de l'exprimer, de le decrire, de me definir l'experience poetique - artistique, de la sentir, de la vivre. La boite a ombres, me cree par l'esprit et ses melodies de la Kabylie, pour me donner le moment de passer l'epreuve qu'exige la metamorphose, pour me trouver libre de l'oubli, de l'hypnose de l'anonymat, du traume d'etre effacee, niee. Pendant cette exploration de comment exprimer cette sensation de la boite a ombres, j'ai trouvee la beaute delicate et precise de l'art d'une jeune artiste americaine tres devouee a sa vision creative: Daria Aksenova, qui travaille et vit a la ville de Houston, dans le sud de l'etat de Texas, ou j'ai vecu pour dix ans, pour mes etudes universitaires du bachiller et de la maitrise en histoire et litterature. Ses boites a ombres sont le resultat delicat de plusieurs couches de dessins fins en encre, qu'elle sculpte en personnages de fantaisie, feminins, qui racontent les defis qu'elles surmontent, que l'artiste exprime de facon symbolique. Ses boites a ombres sont emouvantes, d'un style esthetique et beaute qui implique un esprit patient, precis, de sensibilite affective et narrative unique, qui touchent le coeur. Ainsi est pour moi l'accueil de la Kabylie, de la collaboration artistique - litteraire avec mon collegue photographe d'Aokas, Nacer Amari, qui me sait faire une synthese coherente de mon odyssee litteraire - artistique, de les rendre visible, tangible, etalee de facon concrete, chronologique aussi, qui me laisse savoir que ma personne n'est pas une silhouette de quelques lignes faites pour un dessin distrait, mais revele une ame, un coeur, une personne complete, trois dimensionnelle, qui a recue les mots pour les melodies de ses inspirations, ses experiences difficiles, exigeantes, et les a vu s'unir, prendre expression, a cote de la sensibilite unique de la culture des Imazighen, de sa culture kabyle de l'Algerie, qui m'a adoptee, comme sa fille flamande en exile aux Ameriques, comme fille de son sang, de son ame, pourque je pourrais recevoir et voir naitre la mienne, fiere, libre, et etre introduite a la totalite de mon identite, a cette sensation enivrante, encore si nouvelle, si puissante et emouvante, de cette metamorphose et sa liberation radicale de ma personne, me niee pour si longtemps.
Trudi Ralston
"Si tu veux la lune, ne te cache pas de la nuit. / Si tu veux la rose, ne fuis pas de ses epines. / Si tu veux l'amour, ne te cache pas de toi - meme." Jalal al - Din Muhammad RUMI (1207 - 1273), poete et mystique Sufi perse.
No comments:
Post a Comment