Saturday, March 7, 2026

La Doublure Interieure: L'Heliographie de l'Ame - dans la serie "Au Carrefour des Rencontres "

            Le monde interieur de nos pensees, de nos sentiments, de nos memoires et ses recours, ses sensibilites, trouve parfois des facons ingenieuses pour se lier au monde exterieur. Dans ce sens, les arts facilitent avec elan et audace, ces deux mondes a premiere vue incompatibles, pour etre, l'un invisible, et l'autre, visible avec l'oeil humain physique. Quant a moi, ces deux mondes se rencontrent avec une regularite bienvenue, dans le lien que je sens avec le coeur et l'esprit kabyle, qui les accompagne fidelement, comme la flute les notes que touchent les doigts du musicien. Pour beaucoup, beaucoup d'annees, l'isolation de ma vie, m'avait fait sentir que j'etais ni liee au monde exterieur concret, ni admis au monde interieur ou etaient enfermees mes pensees, mes memoires, mes energies creatives. C'etait comme vivre dans un diapositif qui n'avanceait jamais a l'image suivante. Comme la photographie fut le premier art visuel auquel mon pere m'avait introduit, la collaboration avec mon collegue kabyle d'Aokas, le photographe Nacer Amari, fut des le debut de ce lien creatif exploratif, le declenchement heureux qui me permettait de comprendre le lien et son importance dans le monde des arts, entre leur monde visuel, exterieur, et le monde spirituel, interieur que la photographie sait reveler avec precision autant technique, qu'affective: un portrait bien fait nous donne entree nous seulement au monde exterieur et ses circonstances de la personne ou personnes, mais nous permet aussi entree au monde invisible, qui vit dans le regard, la tension dans la posture, les ombres et lumieres autour de la bouche, qui comme un code Morse, le photographe astucieux nous sait traduire. Le monde des portraits kabyles de Nacer Amari celebrent et illustrent ce rythme unifiant entre le visible et l'invisible rendu accessible dans l'art de la photographie. Ce mecanisme elusif, qui sait unir la force des deux mondes qui se croisent, se trouve aussi dans le monde de la sculpture, du theatre, de la danse, de la musique, et aussi dans les arts ou l'image n'est pas necessarement figuratif, mais aussi abstrait ou functionnel, comme dans l'art de la verrerie, par exemple. Il y a un artiste des Pays - Bas, qui travaille dans la ville d'Amsterdam, Maarten Vrolijk (1966) - de qui son nom de famille Vrolijk, se traduit en "Joyeux" - qui sait communiquer ces deux mondes dans ses vaisseaux en verre qui attirent une attention mondiale. Son art "cherche d'effectuer une epaiseur exceptionnelle dans le vaisseau de verre, de ses vases, en creant un equilibre aventureux entre force et fragilite. La tension thermique accomplie dans l'effort d'egaliser la temperature interieure et exterieure une fois que le vaisseau atteint le refroidissement est perileux, pour le risque de se casser." Une belle synthese d'un article qui explique le processus de la vision artistique de Maarten Vrolijk. Ses vases ont une partie interieure, epaisse, sur laquelle il fusionne des morceaux de verre brises de toutes les couleurs, qui sont chauffees a une temperature exacte, qui s'unissent avec la forme naiscente du vaisseau. L'article conclut avec ces mots de prudence et elegance: "C'est un processus a enjeux enleves qui aboutit a une sorte de chaos arretee." L'effet des vases en verre de Maarten Vrolijk m'a fait penser pour leur beaute un peu iconoclaste, audace, a ce lien entre monde exterieur et monde interieur, et la place unique et centrale qu'occupe la Kabylie comme traversee qui m'unit ces deux mondes, et qui me sait heberger et inspirer les visions de mes poemes, de mes livres ou s'unit le monde du coeur et esprit kabyle au monde de mes memoires flamandes et mon exile culturel - social ici aux Etats Unis. La Kabylie m'ouvre tout un monde spirituel  aussi, qui m'unit a la memoire de la beaute de sa nature, et qui m'unit au monde naturel ici, ou je vis, a Olympia, ou la faune et la flore du jardin et de la foret en bas du jardin, me laisse les echos de la Kabylie, quand le soleil apparait, et me rappelle: cette chaleur du soleil que je sens maintenant, est le meme soleil qui a laissee sa chaleur il y a juste quelques heures sur les visages de ma famille de coeur en Afrique du Nord, en Kabylie. Cette sensation de joyeuse rencontre, spirituelle - affective, silente, que sent le coeur et qui rappelle le toucher de doigts lis, gentils sur un tissu satin etendu. La sensation que ce toucher doux coule, avec une lenteur precise, exquise, pour s'installer, grand, somptueux, qui donne au coeur sa chance de se reposer, de se soigner les injures de toute une vie, de se savoir admis, inclus, compris. C'est cette sensation de la proximite affective, d'echanges entre esprits d'equilibrees sensibilites, qui donnent vie aux experiences creatives transformatives, et ceci avec un rythme naturel, qui invite le courage, et sait faire face a des defis considerables. Il y a un systeme de telegraphie solaire, qui fait des signaux en code Morse de 1840, qui utilise les eclats de la lumiere du soleil refletees par un miroir, pour envoyer des messages a grandes distances: l'heliographie. L'heliographie est aussi une forme de la photographie qui date de 1822, de Joseph Nicephore Niepce (1765 - 1833), un pionnier de la photographie, qui a defini l'heliographie comme "ecrire avec le soleil": il a couvert une gravure en cuivre avec une plaque de fer blanc, saturee de l'huile de lavande et un vernis de bitumen, laissee au soleil pour plusieurs heures, ce qui a produit une image, et en 1827, il reussit de faire la premiere photo d'une vue de son studio apres l'avoir exposee a la lumiere de cette facon pour plusieurs jours. En 1829, Niepce decrit ce processus dans sa treatise "Notice sur l'heliographie". C'est le processus de l'heliographie de telecommunication qui me rappelle specifiquement a ce lien affectif - litteraire - artistique que represente pour moi l'esprit et coeur tolerant et inclusif kabyle. L'heliographie est une forme de communication instantanee a grandes distances jusqu'a 160 km, utilisee pendant la fin du XIXeme et le debut du XXeme siecles, dans les domaines de la protection des forets, des exploits militaires, et de la topographie. L'heliographie utilise les eclats de la lumiere du soleil en utilisant les angles d'un miroir qu'on couvre et expose avec l'aide d'un obturateur pour envoyer des messages en code Morse. Quand le soleil apparait ici au jardin, dans notre region qui recoit beaucoup de pluie surtout en automne et en hiver, la sensation de recevoir un heliographe quand les nuages s'ouvrent pour reveler le soleil, m'est tres reelle, quand cela se passe au meme moment que je pense a la Kabylie, est tres fort, emouvant. C'est une sensation qui parait etre une affirmation de cette doublure interieure, de me savoir hebergee, inclus, dans l'espace accueillante de la Kabylie, qui m'unit le coeur et l'esprit de mon monde poetique - artistique, qui de facon symbolique me laisse savoir qu'elle m'entend, m'aime, avec cette heliographie de l'ame, qui me permet lui partager comment encore et encore, elle, ma mere spirituelle, ma Kabylie eternelle, m'unit les mondes avant si loin l'un de l'autre, si seul chacun, de ma vie exterieure et ma vie interieure, qui pres d'elle, se savent chez soi, reunis, en paix, comme un des vaisseaux complexes de Maarten Vrolijk, qui expriment cet equilibre exterieur - interieur qui est a l'origine de l'energie creative abondante, vibrante, qui depuis m'inspire et traduit ses messages de son esprit et sa sagesse, me venu de loin, des rives de l'Afrique du Nord, pour s'unir a ma voix de poete en exile. L'ecrivain russe Fyodor Dostoievski (1821 - 1881) a dit dans son livre "  Le Crime et Le Chatiment" (1866): "La douleur et la souffrance sont toujours inevitables pour l'esprit intelligent et le coeur profond." La Kabylie et son coeur, son esprit, me permettent de connaitre maintenant, des moments de grand bonheur comme etre humain, comme poete et ecrivaine et artiste, grace a sa tolerance et son accueil de ceux, qui comme elle, ont connu, et connaissent la profondeur du chagrin, et qui trouvent la force et la volonte d'y former, a son centre, la paix interieure, de decider de vivre avec joie, avec courage, avec conviction, avec l'energie inebranlable de la passion tetue de l'espoir.   

Trudi Ralston  


L'information sur l'art de Maarten Vrolijk (1966), courtoisie de Wikipedia, et de l'article qui se trouve dans "Objects With Narratives", de 2026, qui inclut la liste et plusieurs pieces de l'art de ses expositions mondiales des dernieres annees. La recherche sur l'heliographie, courtoisie egalement de Wikipedia, ainsi que l'information sur le passage du livre de Fyodor Dostoevski, "Le Crime et le Chatiment", que j'ai trouvee en anglais, et traduit en francais pour le but de cet article.   

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