Le printemps a Olympia se trouve face a une resistance tetue de la part de l'hiver, de lui ceder sa place. Hier soir, les temperatures etaient a 0 degres Celsius, et quand le soleil est sorti sous un ciel bleu clair aux nuages blancs doux, tout le stress des jours froids anterieurs s'est evaporee dans une ambiance de chaleur detendue au jardin et ses fleurs qui continuent de mettre des couleurs brillantes pour annoncer que c'est leur tour dans le cercle des saisons. Un petit papillon bleu dansait le dessein joyeux de ses ailes nouvelles, et sa couleur pervanche chaque annee me donne un petit saut au coeur, de savoir malgre le desequililbre constant du monde, qui devient plus chaotique et desastreux et delirant, que la nature reste fidele a l'harmonie, malgre tous les efforts de l'etre humain de lui contrarier, de lui detruire. Le petit papillon bleu de notre region du Pacifique Nord - Ouest ici, est le papillon bleu Puget, l'Icaria icarioides blackmorei, une subespece du bleu Boisduval. La region ici a une grande entree, nommee Puget Sound, de son nom originaire des cultures amerindiennes, "Whulge" ou "Whulj", qui est le nom dans les langues Lushootseed pour l'entree, et qui veut dire "mer, sel, eau, ocean, ou entree." Le Puget Sound est un systeme de bassins profonds qui se connectent avec des bassins peu profonds. Le Puget Sound, le Whulge, etait la demeure pour des milliers d'annees pour beaucoup de tribus amerindiennes, comme les peuples des langues Lushootseed, ainsi que les peuples Twana, Chimakum et Klallam. Le bleu Puget, ce petit papillon energique qui toujours apparait avec les premiers jours chauds printanniers, aurait ete temoin des cultures amerindiennes de Washington State, avant l'arrivee des colons anglais changerait pour toujours leurs vies. La ligne invisible reste, entre hier et aujourd'hui, dans le monde contemporain qui s'impose sur les descendants des cultures originaires du pays. Voir le papillon bleu Puget chaque annee me remplit l'esprit avec le feu de l'espoir, cette sensation de la presence qui me rappelle que les illusions du monde, tetues et dangereuses qu'elles soient, c'est toujours la nature qui a eue et aura, la derniere parole, comme les effets dramatiques du changement du climat de la terre prouvent de facon tres tangible et franche. Et le monde continue d'ingnorer les avertissements que la nature lui donne, depuis des decennies et des decennnies, d'arreter de negliger le bien etre de la vie sur terre et le trahir pour l'avarice, la violence, le racisme, la haine, le mepris et l'egoisme. Et la nature continue de donner le monde une suivante chance, comme le retour chaque printemps du joli papillon bleu Puget, et elle espere que peut - etre, cette saison, il y aura une attitude differente, une decision charitable, juste. Mais quand on voit les nouvelles, la vague de guerres et violences continue de grandir, et un jour, si cela continue, peut - etre meme les papillons seront trop tristes, trop peu, pour revenir et nous annoncer le retour du soleil, du printemps et ses promesses, en couleurs fraiches, brillantes. Et la ligne invisible, gentille, risque de devenir lourde, epaisse, et de nous enlever les amis des pays avec qui on avant ete permis de visiter. La ligne invisible, au lieu de s'effacer avec l'amour et le partage entre les peuples de la terre, deviendra une corde asphixiante, aveuglissante, et on se trouvera dans la prison de l'intolerance complete, dans la solitude de la loi perfide "Chacun pour soi" de la part de la mefiance, de la peur, de la perte de la liberte individuelle, et de la perte de la volonte qui en suit. La ligne invisible encore, mais deja traumatisee, entre nous et autrui, entre pays et les frontieres qui nous separent chaque jour un peu plus, dans un monde ou le seul roi sera la folie totale pour ceux qui ont toutes les ressources, tout le pouvoir, et ne plus une ame ou un coeur pour pouvoir savoir la difference entre la decence et le mal. Entre temps, le soleil aujourd'hui fait sourire au joli papillon bleu Puget, et ce sourire me rappelle a mes amis si chers a l'autre bout de la terre, et me fait aussi sentir la douleur si dure, d'entendre cette voix insistante, venue de loin: mes amis, qu'avant je pouvais voir, n'importe la distance, est - ce que maintenant, ce monde fou, qui range les personnes selon race, pays, richesses, ideologies opportunistes, me permettra connaitre le bonheur de me voir encore sur terre Berbere, me donnera la chance de retrouver le peu de famille qui me reste en Europe, vu le peu d'egard qu'il y a en ce moment pour la paix, pour la cooperation, la charite et la sagesse, sur cette terre?
La ligne est depuis ne plus invisible, cette ligne qui separe avec les mots durs, les hypocrisies etablies, le regard de mepris, le poison de l'indifference, la blessure de la cruaute, l'abus dans toutes ses formes, qui efface la ligne invisible, qui savait unir les coeurs ouverts, les esprits libres, qui nous permet de nous approcher l'un a l'autre, n'importe les barrieres, les interdictions, les prejuges, la distance, le temps, les superstitions, les tabous. La ligne invisible, autour de laquelle danse si joyeusement le papillon blue Puget ici chaque printemps. La ligne inivisible qui m'unit a ma Kabylie qui est pourtant a 9000 km d'Olympia et prend 24 heurs de voyage a travers trois continents et deux oceans et la Mer Mediterranee. Que cette ligne reste legere, rassurante, confiante, que je puisse lui toucher a cette ligne sa presence gentille, qui m'apportera et rapprochera le coeur kabyle que j'aime. Que ce soit permis, qu'elle apporte a toujours le printemps de loin, de pres, sur les ailes de mon comagnon printannier fidel, le petit danseur papillon bleu Puget, a qui je me confie quand je veux envoyer un message de nostalgie pour les rives ou revent mes poemes, en Algerie, en Afrique du Nord, ma muse, elle qui est la flute, les notes des melodies de mes poemes, de leurs chants qu'elle me met a la memoire, qu'elle me permet en repeter leur echo digne, fier. Entretemps je me rappelle les mots du poete autrichien Rainer - Maria Rilke (1875 - 1926), d'une des lettres de cinq ans de correspondences avec un jeune collegue poete, qui en 1929 sont publiees par le jeune recipient, sous le titre "Lettres a un Jeune Poete":
"Sois patient envers tout ce qui est irresolu dans ton coeur, et essaie d'aimer les questions elles - memes, comme des chambres fermees et comme des livres ecrits dans une langue tres etrangere. Ne cherche pas les reponses, qui ne te peuvent pas etre donnees parceque tu ne les tolerais pas. Et le but est de vivre tout. Vis pour le moment, juste les questions. Peut - etre alors tu vivras, petit a petit, sans meme t'en apercevoir, a cote d'un jour distant, en route vers la reponse."
Trudi Ralston
La traduction du texte en francais, de la citation de Rainer - Maria Rilke, du texte anglais du livre de correspondences "Letters to a Young Poet" de sa publication en 1929, est la mienne.