Thursday, January 22, 2026

L'Ombre: La Langue des Gestes - dans la serie "Au Carrefour des Rencontres"

          C'est tout un monde, qui reste pour la plupart invisible, qui a sa propre langue inaudible sauf pour ces rares personnes qui ont l'ouie qui sent les messages et leur hieroglyphes uniques venus des espaces ou vit le coeur: le monde des gestes, des mouvements presque imperceptibles que nous communique le monde de notre etre spirituel - affectif envers la complexite du monde exterieur, ses demandes, ses contradictions. L'hiver ici au Pacifique Nord - ouest des Etats Unis, nous visite apres des semaines de pluies torrentiales et les inondations serieuses du mois dernier, avec des jours froids pleins de brouillard dense, qui donnent l'impression que la nature de la foret derriere le jardin, ses arbres, sa faune, sont en mode silent, presqu'absent, ou tout est une nuance d'une couleur grise epaisse, comme de cendres. C'est intrigant, comme ce silence m'a fait penser a la mer, ses vagues intenses, leur bruit, leur rythme, ses marees et leur force, qui meme en plein frisson de l'hiver, donnent une energie qui inspire la guerison, l'espoir, le courage. La mer sait nous embrasser avec la melodie de ses vagues, l'accueil de son sable, la fraicheur de ses brises, tout ce qui nous occupe le coeur, l'esprit, et nous en enleve le poids, le doute, la peine. Comme si on peut se confier a elle, dans cette langue silente de nos souhaits, de nos reves, qu'elle sait voir, entendre, comprendre, traduire les mots et leurs lettres lui envoyees par courier invisible, en solennel silence. Devant son immense espace, ses horizons etendus, la solitude, l'isolation, l'absence, disparait, elle les embrasse, les emmene dans la profondeur de sa presence, du va et vient eternel de ses danses, qui nous observe, nous touche le fardeau invisible, nous le rend plus leger, plus digne. Presque comme si elle est une personne, devenue un esprit des oceans, une assurance reconfortante, que le monde en dehors d'elle, n'est qu'une illusion temporaire, qu'on doit surmonter, tolerer. Kahlil Gibran (1883 - 1931), le poete libanes - americain en parle dans son livre d'aphorismes de 1926, "Le Sable et l'Ecume": "Je marche a toujours sur ces rives Entre le sable et l'ecume La maree haute effacera mes traces Et le vent enlevera l'ecume." La mer nous laisse ses gestes, dans le silence du sable muet, dans la force du rythme de ses vagues. J'y ai pensee encore ce matin, ayant grandie pres de la mer en Flandre, et visitant en ete ici les plages rocheuses fameuses de l'etat de Oregon, a juste quelques heures en voiture d'Olympia, depuis des annees. Je pense a la mer dans ces moments de manque, quand mon coeur sent l'absence d'etres chers, des personnes aimees, et des personnes deja au monde des esprits. Mon coeur essaie de les toucher, leur sourire, la main, souhaite de pouvoir voir la lumiere de leurs yeux, la beaute de leur presence, de pouvoir entendre la cadence de leur voix, de sentir l'energie chaude de leur etreinte. Dans cet effort tenace, son desir de la reunion, de sa tendresse, de son espoir, il y a pour moi le mystere de ces espaces qui vivent entre les mots ne pas possibles de dire, entre les images de memoires precieuses vecues, intactes, et le souhait fervent de pouvoir les vivre, connaitre encore, de fermer la distance dans le temps, entre hier et demain. Dans ces moments, je pense souvent a ma muse, a la Kabylie, ou vivent les melodies de sa musique, les memoires de son soleil, la voix de mes poemes, de ma famille de coeur, qui m'a guidee vers ses rives, ou elle m'a donnee la clef pour decoder les visions de mes poemes, de mes livres qu'elle m'inspire, et de recevoir la chance de comprendre l'histoire de ma vie. La langue des gestes du monde interieur, ce monde vaste plein des voyelles et consonnes qui unissent tel le fil solide les perles d'un collier, l'histoire de nos coeurs, de nos traces sur le sable et ses marees de notre vie. Cette langue souvent inaudible qu'on cherche d'exprimer, avec courage, avec conviction, et qui avec un peu de chance, quelques rares, intuitives, personnes vont en comprendre toutes les nuances, toutes les joies, toutes les agonies, et qui souvent s'evapore dans le bruit du monde exterieur et ses airs toxiques. Ce poeme, "L'Ombre" celebre a ces amis de coeur, qui nous entendent les notes du coeur, leurs gestes timides, et audaces a la fois, qui communiquent la passion et ses visions de notre etre, de ses ecstases, de ses agonies:


L'Ombre 


C'est une ligne qui dessine, qui avance en silence. Des pas qui touchent le chemin, qu'y a laissee l'espoir d'une melodie et sa memoire, suspendue entre joie et chagrin. 

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C'est une couleur qui peint en velours doux les traces d'un timide bonheur. C'est un gout riche et rouge que laisse l'aube pour l'espoir du coeur.

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C'est la distance que traversent les voyelles et les consonnes des empreintes de nos mots et leur courage, leurs danses elaborees. 

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L'Ombre de nos reflections, de nos pensees echangees, ces echos fiers de nos voix, qui voient, qui entendent l'appel clair, resonnant, quand le coeur partage, invite la grace, la joie.      


Trudi Ralston        





     

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