Mon pere avait une passion pour la litterature, l'histoire et la philosophie de toutes les cultures, et je reste tres reconnaissante qu'il a partagee cet interet avec moi, sa fille ainee, des mon enfance. Cela a commencee avec des contes de fee, comme "Les Mille et Une Nuits", du monde de la litterature perse et arabe, remontant au Xeme siecle. Apres, c'etait les contes des freres allemands, Jacob et Wilhelm Grimm, de 1812 - 1857, et les contes de l'ecrivain poete et dramaturge danois, Hans Christian Andersen (1805 - 1875). Une fois adolescente, de 13 - 14 ans, mon pere m'a introduit aux poemes de Paul Verlaine, d'Arthur Rimbaud, au conte "Le Petit Prince" d'Antoine de Saint -Exupery, qui m'avait beaucoup emotionnee, pour les dessins aussi qui accompagnent ce recit emouvant. Quelques annees plus tard, j'ai ete introduite aux livres et poemes du poete bengale Rabindranath Tagore, du poete libanes - americain Kahlil Gibran, aux livres de l'ecrivain francais - algerien Albert Camus, de l'auteur russe Fyodor Dostojevski, de l'auteur allemand Heinrich Boll, de qui son livre "Opinions d'un Clown" m'avait bouleversee pour sa franchise affective de decrire son ame en traume suite de la Seconde Guerre Mondiale. J'ai lu aux livres du dissident russe Aleksandr Solzenitsyn, et aussi a la philosophie des anciens egyptiens, sur la mort et le monde des esprits, le fameux "Livre des morts des anciens egyptiens" ecrit entre 1550 - 50 B.C., qui decrit une serie de rites pour assister l'esprit des morts sur leur traversee du Duat, le monde des esprits. Mon pere m'a introduit aussi a la philosophie du mystique chinois Lao - Tzu, de qui on sait que sa naissance fut en 571 B.C., et qui est l'auteur du livre "Tao Te Ching", qui veut dire "La Voie de l'Integrite" qui est un des texts fondateurs de la philosophie du Taoisme. Une des idees centrales de cette philosophie est de ne pas forcer les choses, de prendre une attitude detendue, fluide, qui vit dans le moment, de ne pas mal interpreter la volonte humaine comme une raison de force, de ne pas changer ce qui est spontanee, ce qui suit qui est bon, qui fait honneur a ce qui est naturel, et ce qui a integrite. Un de ses dictons du texte du Tao Te Ching, qui m'avait le plus impressionnee, me reste gravee dans la memoire: "La plus profonde revelation, c'est le Silence." Le silence comme idee existentielle, qui invite d'eviter le bruit incessant du monde. Un silence qui accompagne, qui est la racine solide de l'esprit sur la plaine des contradictions et illusions qu'on rencontre dans la vie. Le long de ma vie d'exile culturel - social, j'y pense encore, a ses mots de Lao - Tzu, qui avaient laissee leur resonance dans mon esprit d'adolescente solitaire de 16 ans. Lao - Tzu se mefiait des ambitions motivees par le desir du pouvoir, et aussi avait ses doutes sur les avances techniques qui perdaient de vue deja le besoin de respecter l'equilibre dans la nature, et sa philosophie reste attirante pour encourager une vue sociale qui evite l'autocratie et les guerres. Une conversation recente philosophe avec un ami kabyle, m'a rappelee la sagesse du monde vu avec le calme et ses perspectives qu'invite le silence, comme attitude benefique envers les defis de la vie humaine. L'Afrique du Nord, ses cultures des Imazighen, invite cette sagesse de s'approcher a la vie avec un sens d'humilite qui est a la fois pratique, et profond, qui montre une appreciation pour une realite plus complexe que les apparences que laisse comme modele le monde quotidien, concret. Cette conversation avec mon ami kabyle, m'a rappelee au temperament tranquil, a la culture des Touareg, leur lien intime avec l'esprit du desert, ses silences, ses espaces vastes, qui existent en dehors on dirait du passage du temps. Cela m'a laissee avec un profond sens de paix interieur, d'avoir pu absorber la sagesse des mots de mon ami, une personne qui vit proche a la nature, qui comprend tres bien les pieges des illusions que cherche imposer le monde. Ses mots m'ont fait penser a une racine, une racine heureuse, qui vit en silence sous la couverture de la terre, et qui sait, que meme si elle ne peut pas voir l'arbre, son tronc majestueux, le bonheur des oiseaux qui vivent dans les branches de sa couronne; la racine heureuse, qui ne voit pas le plaisir de la sieste, la fierte de la recolte de ses fruits, que son arbre donne, mais qui sait, dans le silence de sa vie souterraine, qu'elle fait une partie integrale de l'arbre, et sait que l'arbre aime la racine pour son courage d'embrasser le silence, qui permet a l'arbre d'ainsi etre, et sentir, la douceur de ce silence qui lui unit a l'ame de la racine, qui lui nourrit a la terre et le ciel, tout en un. Je vais me rappeler longtemps de cette conversation profonde avec mon ami kabyle. Comme poete, qui unit les mots pour mes narratives de mes articles, poemes et livres, sentir l'energie rassurante, comme venant d'un feu de camp agreable, unifiant, du silence, son energie tranquille, reflexive, qui sent, qui vit, qui comprend, qui est, tout simplement, comme me l'avait illustree la conversation avec mon ami, cette sagesse de ses mots rend encore plus clair, le lien de mon esprit vagabond de poete en eternel exile, avec l'esprit resistant, clairvoyant du visionnaire, du chaman, comme l'est pour moi le coeur ouvert, charitable kabyle. Voila mon poeme, qui veut remercier mon collegue photographe Nacer Amari en Kabylie, pour me rappeler le long notre fructive conversation, l'importance d'accueillir le silence dans un monde qui se dechire avec ses bruits violents, qui chasse la dominance, l'ambition, dans tous les aspects de la vie humaine, du domaine personnel jusqu'aux plus hauts echelons publics, et qui rendent obscure, la chance de vivre la vie comme une experience vitale authentique, solide, libre:
La Racine Heureuse
Elle dort en silence, les nuits chaudes et froides, sous la lune et ses etoiles, sous le vent et ses soupirs, elle attend avec patience, la pluie et l'eau qui va nourrir sa force vitale, qui donnera sa chance a l'arbre.
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Elle est la racine heureuse, qui embrasse la terre humide, elle prend soin d'assurer la survie de l'arbre, de son coeur, de son ame, elle est fiere de lui voir la beaute de sa couronne, qui danse sur le rythme des saisons, qui lui apporte la joie de ses recoltes.
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Elle est le sang chaud de son coeur battant, de sa vie de l'arbre, qui sait que c'est son courage de la racine, de qui l'arbre n'apercoit que son ombre, qu'elle, la racine, est l'equilibre, l'ancre solide, qui tient debout l'arbre, qui lui garde.
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La racine heureuse, sentinel soigneux de l'arbre solennel, qu'elle couvre avec son manteau de silence guerisant et outre - monde. La racine heureuse, qui dessine tel un livre de contes ensorcelants, l'histoire et ses exploits de l'arbre, en est son temoin, son calme, son confident.
Trudi Ralston
L'information sur Lao - Tzu et son livre "Tao Te Ching", et sur le "Livre des morts des anciens egyptiens", et les auteurs des livres de contes que j'avais lu comme enfant, courtoisie de Wikipedia.