C'etait un classeur, une pochette en cuir rouge, avec une tirette, dans lequel je gardeais mes premiers dessins en crayon, de fleurs, d'animaux, de portraits. C'etait un cadeau pour ma seconde communion, a l'age de 12 ans, et depuis, fascinee par sa couleur vibrante, et ses feuilles lises de papier blanc a l'interieur, cet objet etait une sorte de compagne complice de mes premiers exploits dans le monde des arts, un refuge de la solitude comme adolescente timide et inapercue dans le va et vient frenetique de la vie sociale de mes parents et leur cercle de connaissances. A l'age de 14 ans, cette pochette rouge a recue la visite d'une magazine qui celebrait la vie et l'oeuvre du polymathe - poete celebre perse, Omar Khayyam (1048 - 1131), un genie sans egale, de Nishapur, Iran, pendant l'ere medievale Seljuk. Mathematicien, astronome, philosophe, poete incomparable du joyau "Rubaiyat", il invente le calendrier solaire Jalali, qui a un cycle intercalaire precis de 33 ans, qui serait la base du calendrier perse, et qui s'y utilise encore presque 1000 ans plus tard. C'est connu dans le monde scientifique international que ce calendrier qu'a concu Omar Khayyam est le plus exact de tous les calendriers. Omar Khayyam a vecu et fait ses etudes a Boukhara et Samarcande, fameuses villes caravanserai de la Route de la Soie, cette immense route qui unissait le long de 6,400km a partir du 2nd siecle B.C. jusqu'au milieu de XVeme siecle, le commerce entre l'Asie centrale, Est, Sud, Sud - est et Ouest, ainsi que l'Afrique de l'Est et le Sud de l'Europe. Le commerce en soie chinoise, porcelaine, parfums, thes, miel, vin, or, chevaux, chameaux, ainsi que le papier et le poudre a canon, a fait de la legendaire et renommee Route de la Soie un temoin d'evenements et tumultes comme la Peste Noire, les conquetes mongoles, la naissance du bouddhisme, qui ont influencee les echanges socio - politiques et religieuses entre les mondes de l'Ouest et de l'Est. L'UNESCO declare le corridor Chang'an - Tianshan et le corridor Zarafshan - Karakum de la Route de la Soie comme Sites de l'Heritage Mondial en 2014. La route sud ou Karakoram qui depart de la Chine et traverse les montagnes Karakoram, existe encore aujourd'hui comme autoroute, qui unit le Pakistan avec la Chine. Nishapur, en Iran, qui a vu la naissance d'Omar Khayyam, etait une des ville centrales de la Route de la Soie, avec le commerce perse de l'export de cafe, tissu, pierres precieuses, raisins, et figues. Le monde vaste et complexe que naviguait le genie du polymathe Omar Khayyam m'envoutait, me fascineait completement, sa connaissance de la mathematique la plus avancee, de l'astronomie et ses lois et mouvements de l'univers, sa passion aussi pour une philosophie spirituelle de tolerance, d'inclusion, son talent comme poete, me faisait demander pourquoi dans mes etudes au lycee catholique pour filles qui m'apprenait le grec et latin ancien, et incluyait au polymathe Leonardo da Vinci (1452 - 1519) ne mentionnait pas au genie perse Omar Khayyam? J'etais bien seule dans ma passion et admiration de cet homme perse et ses vastes connaissances comme fille rebelle de 14 ans, dans un systeme qui pensait l'Occident le centre du monde et ses civilisations. J'ai passee des heures et des jours entiers immersee dans le monde de la Persie ancienne et ses merveilles. Ce fut ainsi une surprise agreable, quand mon collegue kabyle d'Aokas, le photographe Nacer Amari de Tassi Photographie, m'a introduit recemment aux livres de l'ecrivain libanes - francais, Amin Maalouf (1949), et je lis en ce moment son livre de 1989, "Samarcande" qui explore la vie exactement du polymathe perse, Omar Khayyam. C'est toute une fascination en soi, de savoir, de vivre, cette realite tangible et sa verite incontestable de l'influence vitale qu'a l'esprit et le coeur kabyle sur mon l'odyssee de ma voix comme poete, ecrivaine et artiste, et ce coeur des Imazighen resistants de l'Algerie, me permet vivre la joie, la fierte, la dignite de me savoir reunie a mon etre, a mon coeur flamand et ses intuitions, son histoire, son desir d'exprimer et partager les inspirations et le talent rendus inivisibles et inaudibles par l'exile cruelle de toute une vie. Cette emotion de reconnaissance, et de nostalgie, de souhait de me revoir sur les rivages de la terre qui m'a sauvee la muse, qui s'est revelee etre la flute des echos qui resonnent chez elle, de mes poemes, de mes articles et livres qui lui celebrent sa sagesse, son inalterable esprit de partage, d'inclusion, d'accueil, s'exprime dans ce poeme, que j'ai ecrit pour la terre de ma famille de coeur kabyle:
Le Tissu qui habille la Peau de l'Ame
Le tissu qui habille la peau de l'ame s'etend ses ailes de soie en voile opaque, le long de l'horizon du temps qui passe. Ce tissu qui habille la peau de l'ame, que la grace de l'amour et son courage, quand intemere, reel, libre et vibrant, sait toucher, sait porter.
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Ce tissu m'apporte de loin son bonheur, adoucit les chagrins et les douleurs, que la vie me laisse sur ce chemin incertain, plein de detours, obstacles, puzzles et mysteres avec lesquels s'amusent les desseins du destin inexorable que doit affronter l'etre humain.
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Ce tissu leger, chaud et resistant, fait du souffle et sa sagesse des brises et des vagues de la mer qui sauvegarde ma famille de coeur, qui travaillent la terre, qui chantent, sous le sourire de la lune Tiziri, sur les rivages de ma Kabylie. Ce tissu qui m'enveloppe le coeur, le courage ces jours lourds de manque, de silences epais, etouffants.
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Ce tissu de sa peau de l'ame, qui me rappelle avec son toucher discret, gentil, de suivre les melodies de mes poemes, de la lumiere qu'elle me revele, qui dans l'accueil et son etreinte kabyle, recoit le miel pour l'energie pour les exigences de mes jours et de mes nuits de poete en agonisant exile.
Trudi Ralston
"On n'est rien autre qu'une rangee en mouvement d'ombres chinoises, qui apparaissent et s'envont." - Omar Khayyam.
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