Un des effets qui donne a reflechir comme une personne qui a quittee mon pays de naissance a un jeune age, et le fait que petit a petit, toute ma famille, disparue toutes maintenant, m'ont suivie cette vie de la personne immigree, a travers 40 ans, est la paucite de souvenirs qui me restent, de mon enfance, de mon adolescence. Les souvenirs tiennent tous dans une petite armoire: quelques albums de photos, la plupart avec des photos prises pendant mes vacances en Flandre en ete, ou pendant les vacances de Noel, quand j'y allais de visite pendant mes annees d'etudes universitaires au Texas. Il n'y a pas d'albums de photos de mon enfance et adolescence, ceux se sont perdus dans le chaos de conflits de famille, duquels certains membres ont pris l'occasion de s'approprier les albums, les muebles, les peintures, toutes les antiquites precieuses de ma famille. Il n'en reste que la memoire, et ce vide, de ce vol de l'histoire de ma vie, de mes parents, de mes grandparents, et leurs parents. Trouver dans une petite boite dans mon bureau, 3 de mes petits carnets de poche de 1968, 1974 et 1975, a ouvert toute une vague d'emotions, de relire ces petits messages brefs dans les pages minuscules de ces journaux, me permettent revivre les moments de joie, de vacances a la mer, des visites a ma grandmere Celina - la mere de mon pere - des reunions de famille pour des anniversaires, pour le Nouvel An, des moments a l'ecole, les institutrices, la narration et leurs impressions de films marquants, de souhaits, de questions sur la vie... Trouver ces petits objets d'ecrits, avec leur couverture en noir et rouge de cuir verni de deux d'eux, et en un tissu rose - vert clair du troisieme carnet, a suscitee aussi le desir de les partager, de les comprendre, le plaisir de leur survie par hazard, et leur place symbolique et concrete, dans le contexte du regal me donnee par la Kabylie et par le lien avec mon collegue photographe d'Aokas, Nacer Amari, qui m'a inspiree depuis 2019 toute une serie de livres qui celebrent a la fois les traces de ma vie reclamee depuis mon exile culturel aux Etats Unis, et la richesse de l'esprit et coeur kabyle et l'histoire de son peuple au centre des peuples Imazighen de l'Afrique du Nord. Ce lien avec la Kabylie, qui est un lien multi - dimensionnel, spirituel - creatif - affectif - culturel - linguistique - litteraire d'un pouvoir uniquement transformatif. La force transformative, vibrante de ce lien, recemment m'a fait comprendre une verite importante, liee a l'identite culturelle et historique, que la Kabylie et les cultures des Imazighen ont su garder intacte, depuis des milliers d'annees, face a des invasions, des guerres, remontants a l'Antiquite de la part d'empires et leurs ambitions coloniales qui sans cesse chercheaient d'aneantir la resistance des peuples originaires de l'Afrique du Nord, leur coeur, leur esprit, leurs ressources, leur mythologie, leur voix, donc, leur identite et son droit d'etre: on ne peut pas vivre son identite, son expression, son droit d'etre, comme personne, comme membre de la communaute humaine, sans avoir une voix, qu'on est libre d'exprimer. Et avoir ce droit humain, d'une voix qui est liee a la dignite humaine, a l'identite unique de chaque peuple, de chaque culture, de chaque personne dans cette famille de la race humaine, est essentiel pour pouvoir vivre une vie qui a la chance de s'epanouir completement, selon les talents que la vie nous a donnee, que ce soit dans la sphere sociale, politique, culturelle, artistique, scientifique, ou une rencontre de plusieurs interets, selon les opportunites qui se presentent dans le contexte de nos circonstances, selon nos inspirations, nos energies. Ce droit a une voix, donne aussi la chance de se maximaliser la volonte, cette force interieure qui sait creer des sentiers dans des circonstances difficiles, contraires, et qui sait unir, qui sait rendre concret les idees, les visions necessaires pour achever un but. Cette realisation que m'a rendue claire la nostalgie de toucher, de lire, mes minuscules carnets de poche, qui ont su survivre le demenagement de la Belgique de ma maison de famille au village ouest - flamand de Beveren, pres de la ville de Roeselare, vers une maison que d'abord mes parents ont achetee a l'etat de Arizona, dans le sud - ouest des Etats Unis, et apres une maison dans l'etat de Georgia, dans le Sud profond des Etats Unis, ou mes deux petites soeurs sont mortes et enterrees, m'a donnee ce moment d'une grande paix interieure, de reconnaissance envers l'esprit et coeur de mon collegue d'Aokas, d'avoir recue la chance de pouvoir me liberer de cette immobilisation emotionnelle engourdissante, dans laquelle ce long, penible exile m'avait laissee pour 40 ans. Ce manque d'une voix, comme poete, cette prison emotionnelle, invisible, mais lourde, etouffante, avait laissee un effet considerable, dans ma confiance de m'exprimer les pensees, les emotions, apres trop d'experiences de les voir niees, effacees, moquees, de la part de famille, de connaissances, de personnes jaloux de me penser une personne gatee, pour vivre aux Etats Unis, un pays qui projette une image vers le monde exterieur qui est bien differente quant a la realite de la vie de la personne quotidienne qui vit ici. J'etais effectivement, mise a cote, comme personne, comme poete qui revait de ne pas perdre a toujours l'energie de sa muse. L'introduction chanceuse a la Kabylie, a sa musique, a sa magnifique nature, a son art, a son esprit, a son coeur, en 2017, fut l'evenement le plus revolutionnaire de ma vie, quant a mon identite, mon reveil creatifs. Ce fut le moment de sentir, avec un frisson d'un espoir proche d'etre moribond, de mon ame si longuement blessee, bannie, que l'Afrique du Nord, qui me fascine depuis mon enfance, et mon adolescence, venait de me voir, venait de m'accueillir, venait de me donner les notes de la melodie de mon etre comme poete si longuement privee de sa voix. L'annee de 2026 me trouve avec 9 livres de qui leur energie creative et leurs inspirations celebrent cette naissance de ma muse, sa liberation, ces livres qui sont en contenu et force et creativite, directement liee a la photographie de Nacer Amari de Tassi Photographie, entre 2020 et 2026, et qui a generee 6 livres et plusieurs collections d'articles et poemes, entre 2017 et 2020, inspiree par la photographie des photographes kabyles Djamil Diboune, Katia Djabri et Lotfi Bouslah, et les inspirations de la nature pendant les randonnees des groupes de randonneurs kabyles enthousiastes de Les Marcheurs, et les CRAK et les Randonneurs du Sahel et les amities que la rencontre avec ces groupes m'a permis pendant mon sejour en Kabylie en septembre - octobre 2019. Mon prochain livre, "Les Ailes d'Aphrodite" sera pret pour la publication ce printemps, et je travaille en ce moment sur une nouvelle serie d'articles et poemes, comme cet article, pour le livre futur, "Au Carrefour des Rencontres." Ne pas avoir eue une voix pour 40 ans, comme une riviere qui a ete bloquee par un obstacle considerable, comme un barrage, et en enlever cet obstacle, a revelee la force de ma voix, sa passion, son energie, l'urgence et importance de son message: il est un crime de priver une personne, une culture, un peuple le droit a son identite, a son etre, a sa dignite culturelle - sociale - linguistique - mythologique - historique. Les cultures des Imazighen et leur courage connaissent cette verite comme une evidence millenaire, et de facon directe, comme personne d'ascendance flamande, qui a grandie dans les annees 1960, a un moment quand la langue et l'identite flamande ont finalement recue leur dignite, leur droit d'etre, sans limitations et obstacles sociaux - economiques - culturels - politiques et linguistiques, l'accueil recu par mon coeur et esprit de poete et artiste de la part de la Kabylie, est inegale, sublime. Me rencontrer a moi - meme, etre introduite aux motifs, inspirations, aux origines de mes sensibilites litteraires et artistiques, d'en comprendre leur chemin, leur traversee, leur lutte tenace pour la survie, leurs influences centrales, et d'en recevoir la carte routiere, ses indices, ses symboles, et ceci avec clarte precise, pour la premiere fois dans la vie, est pour moi une experience profondement significative. Je dois cette grace a la Kabylie. Elle est ma memoire collective, Jungien, mes instincts creatifs de qui leurs racines on su fleurir dans sa terre Berbere fructive, de sa mythologie, de son courage, de son histoire et ses propres blessures et defis. D'elle, de ma mere spirituelle, qu'est pour la terre kabyle, j'apprends, parfois un mot a la fois, la langue et ses symboles pour exprimer mon monde interieur et son labyrinthe avant indechiffrables quant a comment en sortir, comment en construire un monde coherent, avec des portes et fenetres vers le monde exterieur, de qui j'etais niee comment le naviguer sans m'y perdre l'ame, le coeur, la formule qui me permettrait resoudre les souhaits de mes reves, l'energie de mes talents, de leur destination. La Kabylie, et sa sensibilite intellectuelle - artistique de mon college photographe Nacer Amari, me permet decoder le puzzle de leurs messages avant inaudibles, venus de mon monde interieur, ses SOS, son alphabet, et ses mysteres. Le coeur kabyle me permet entree a moi - meme. Une belle pensee m'est venue ce matin, quand la chaleur du soleil et sa lumiere brillante m'a reveillee, me donnant l'impression que ce fut le soleil des rives kabyles venu me dire bonjour, qui me lui a voulu dire bonjour a mon tour, et sentir une vague de joie, et aussi de nostalgie: "Je me manque sans toi, ma Kabylie. Est - ce que tu te manques sans moi, ma muse du monde des Imazighen?" Le magicien chanceux, qui m'a ouvert le coffre de qui j'avais perdu la clef qui me permettrait entree au monde de mon coeur, de mon esprit, des visions si longuement en stase de mes poemes, de la medecine spirituelle et affective qui allait me permettre laisser se guerir les blessures profondes suite de tants d'annees de solitudes muettes, d'isolation indisable, tout ca revele le coeur ancien, sa sagesse, sa tolerance envers moi, comme l'etranger, le vagabond errant, flamande - americaine exilee, bannie de ma terre et de mes racines, tout ca me regale, avec patience, avec charite, avec respect envers mon ame si epuisee avant de retrouver ses forces dans sa generosite totale, l'esprit kabyle. Elle m'a changee la vie, comme seul un lien avec une culture profonde sait le faire pour le voyageur qui s'etait perdu sur la route, et qui chez elle est permis de s'assesoir, se detendre, et apprendre sous sa lune Tiziri et ses etoiles, pres d'un grand feu ouvert et ses images et silences, l'histoire et ses secrets de la resistance des Imazighen, de hier, d'aujourd'hui et de demain.
Trudi Ralston
"Ton coeur connait le chemin. Cours dans sa direction." Jalal al - Din Muhammad Rumi (1207 - 1273), poete Sufi perse.