L'hiver cette annee s'est introduit avec des nuits soudainement froides, qui laissent ce matin un brouillard dense, qui suggere des pensees sur le mystere, sur l'irresolu, de la vie et ses defis. Dans le silence envoutant des oiseaux qui venaient a manger les graines que je leur laisse ces jours de gel, il y avait une beaute dans le rythme de leurs pas, des colombes, des mesanges, et des rouge - gorge. Ils partagaient sans se disputer, c'etait touchant de l'observer. Voyant cette danse de partage des oiseaux, une melodie m'est venu tout doucement au coeur, d'un chant ancien comme le pratiquent les chamans de la Mongolie, ces chants Tuvan connu sous le nom de khoomei, et pratiques par les peuples en Tuva, Mongolie, la Mongolie Centrale et l'Altaii. Depuis 2009, cette forme de chant guttural est inclus dans la liste de l'UNESCO comme faisant partie de l'Heritage Intangible Culturel de l'Humanite. C'est une forme de chant qui est hypnotisant, et pour les sons tres bas, un peu effrayant, deroutant aussi, et en meme temps meditatif, etrangement calmant. L'echo de leur musique me resonnait dans tout le corps, avec une energie rassurante, ce matin de silence pale, evasif. La pensee apres qui m'est venu ensuite, fut : "Et pourtant, il chante." Le coeur, je veux dire. Il chante, meme dans ce monde perdu, qui parait vouloir renverser la chance a un futur meillieur, et decide de se diriger vers un demain ou regne la brutalite supreme, deguisee comme genie entrepreneuriale, comme opportunites evidentes. Le courage des troubadours du monde, qui voient cette catastrophe s'approcher avec alarmante vitesse, de chanter, en poemes, sur scene, en sculpture, en danse, en images, en charite audace, temoigne de la confiance visionnaire que sait generer l'esprit humain qui decide de ne pas ceder au mal, qui fait que le bien, meme en gestes souvent ne pas evidents, continue de survivre, continue d'assurer que l'espoir reste en vie. Agir, dans un monde ou le noir risque d'etrangler la lumiere, n'est pas a sousestimer. Faire ce qu'on peut, chaque jour a nouveau, avec des gestes, chacun a notre facon, et selon nos talents et circonstances et temperament, accumule son effet benefique, un sourire, une etreinte, un mot gentil, un acte de patience, d'humilite, de charite, de tolerance, d'encouragement, a la fois. Peu sont les personnes qui savent sauver tout un peuple, resoudre les conflits de guerres, la misere de l'inegalite, du racisme, pour tous, mais on peut faire tout pour utiliser ce qu'on trouve a notre disposition dans notre vie et les chances qu'on a pour assurer qu'on contribue autant que possible selon nos talents, notre energie: "Et pourtant, il chante." Ecrire mes poemes et articles, mes livres que la Kabylie m'inspire, faire mes pieces de l'art en broderie, en dessins en crayon, en encre, en couleurs, que la Kabylie aussi m'inspire et encourage, me permet comprendre et partager, celebrer, la richesse de l'esprit et coeur Amazighes, en meme temps qu'ils m'apprennent de comprendre le sentier complexe de ma vie. Ma vie n'a rien d'evident, a pleins de defis, j'ai pleine de blessures au coeur et cicatrices a l'esprit, mais grace a la Kabylie, je recois la tendresse de la sagesse qui accueille, qui comprend, et qui me donne une fierte et dignite ne pas connues avant, a l'effort pour le courage, me demandee toutes ces annees ou je me sentais invisible, inaudible. Et ainsi, moi aussi, je peux dire, "Et pourtant, je chante." Dans mon cas, mes chants se transforment dans le bonheur tranquil, chaud, de cette paix interieure, solide, qui vient de savoir qu'on vit le but de notre destin, qu'on sait partager les dons et les talents que la vie veut qu'on utilise, qu'on donne a notre famille, a notre communaute d'amis, a notre famille de coeur, qui sont ma famille kabyle, qui m'a donnee ce regal de me trouver la voix creative, de la liberer, de la voir s'evoluer, et de la partager librement, sans hesitation, sans demandes. Il y a un pouvoir, de confiance, qui est capable de voir au - dela de l'evident, nee de l'effort tetu de ne pas abandonner l'importance de l'espoir, surtout dans un monde qui essaie de le decourager, de le detruire, pour le remplacer avec la fatigue, la tristesse, qui rendent plus facile la victoire au mal et ses sinistres intentions, autant dans la vie de tous les jours, que sur le theatre de l'histoire contemporaine qui affronte la terre aujourd'hui. Les leaders qui s'etalent sur les divers continents, en ce moment urgent, ne paraissent pas assurer les angoisses croissantes qui s'accumulent avec intensite exponentielle pour trop de pays, pour trop d'innocents. Il parait que la terre souffre d'une confiance contraire a une confiance visionnaire creative, charitable: une confiance financiere, que ceux qui ont deja trop, auront plus. Une confiance qui pratique la philosophie medievale du roi anglais avare, John, comme dans la legende de Robin Hood, qui lui etait dit de "Voler les riches, pour donner aux pauvres", et que l'avare roi John, et son legendaire sheriff de Nottingham a interpretee d'etre plus avantageux de professer la vision de "Voler les pauvres, pour donner aux riches". Et pourtant, le troubadour, il chante, il partage, il inspire, il donne, car vivre sans espoir, est dur, est agotisant. Preferons alors de celebrer la confiance visionnaire, qui encourage, qui assure, qui embrasse, qui aime, qui a la force de sourire, d'agir, au milieu du defi, du chagrin, de l'insulte. Le brouillard restera aujourd'hui, ce qui va rendre les routes dangereuses ce soir ici. On fera les achats demain alors, et entre temps, voir les oiseaux, petits et grands, timides et confiants, partager les graines sans etre contraires, me laisse avec le sourire de l'espoir, avec la melodie hantante et rassurante des chants mogolien Tuva, et la belle pensee humilde, et reelle, que comme le savait l'ecrivain de fables ancien grec, Esop (c.620 - 564 B.C.), que "Aucun geste de gentillesse est en vain, meme le plus petit." Mon geste est fait, envers les oiseaux et ecureuils, ratons - laveurs, opossum, et cerfs qui visitent chaque jour le jardin, et est fait avec une grande chaleur au coeur, avec chaque poeme, chaque article, chaque livre, chaque piece de l'art que je concois, et fais pour le peuple Amazigh kabyle qui m'a fait decouvrir la joie de la confiance visionnaire, qu'est partager mes talents pour chanter l'esprit et sa sagesse unique qu'est la tendresse quand elle donne, volontiers, tout ce qui reside en visions, en energie creative, guerisante a ma famille de coeur eternelle, dans cette vie et la vie qui suivra, qui m'apprend le sourire du courage de cette philosophie des Imazighen, de dire et vivre avec la force, la dignite, qui declare a haute voix: "Et pourtant, je chante."
Trudi Ralston
L'information sur le chant guttural mongolien et ses origines, courtoisie de Wikipedia.
No comments:
Post a Comment