Monday, July 27, 2026

Le Point d'Impact: La Trajectoire Evasive de la Solitude - dans la serie "La Maison Rouge au bout du Soleil" dediee a Nacer Amari

           Dans le silence du matin au jardin, tres tot, vers 5:30, entre les mouvements silents de quelques petits oiseaux timides un peu dormilons encore, j'ai entendu l'echo rassurant des melodies kabyles me partagees hier en transmission video, d'une reunion celebratoire entre amis et famille, de la part de mon collegue d'Aokas, le photographe artiste visuel, Nacer Amari de Tassi Photographie. Les cadences de guitare, d'oud, de chansons du troubadour Idir et du rebelle Matoub Lounes, faisaient leurs echos surs et decisifs dans le rythme du battement de mon coeur, qui sentait leur presence et energie, comme la brise que laissent les vagues de la senteur de la mer et ses histoires, ses voyages. Le contraste marquant entre le silence qui m'entourait maintenant comme le couloir neutre d'une grande salle vide, et la chaleur et sa flamme que m'avait laissee le partage musical et son sens de camaraderie masculine de la part de mon collegue et ses amis, la veille du mariage du frere de son epouse, a suscitee le desir de comprendre les origines de ma solitude, qui comme une ombre tenace m'avait suivie le long les longues annees de mon exile ici, commencee a l'age de 19 ans. Tracer ses origines, les comprendre, est un defi intellectuel pour lequel j'ai le courage et la voix maintenant, grace a mon lien avec la Kabylie, qui remonte deja presque 10 ans, un fait qui me donne beaucoup de fierte et joie. Mon sang se sent libre, je dirais heureux, de se savoir fraiche, reveillee, une riviere energique qui coule fiere et nourrit mon coeur, mon ame, mon esprit et ses poemes, la, au centre de mon corps, qui a connue l'emotion profonde de marcher sur terre kabyle en 2019, et qui a connue aussi la peine de devoir la quitter, une fois finie mon sejour si important pres d'elle, son soleil, sa lune, ses montagnes, ses villages, son sourire, son courage. 

         Trouver les origines d'une solitude et ses empreintes deja tangibles comme enfant, m'a fait comprendre qu'elle est liee a la sensation pendant une visite a l'apartment modeste de ma grandmere paternelle, veuve depuis l'age de 38 ans, quand son mari est mort subitement en mars 1943, d'une rupture aortique a l'age de 43 ans, en pleine Seconde Guerre Mondiale. Ma grandmere y vivait avec sa plus jeune de ses 4 enfants, ma tante Lieve, dans la ville balneaire en Flandre, Oostende, ou ma tante travaillait dans le secteur regional des services sociales, comme intermediaire entre les medecins et les patients en besoin d'assistance. A l'epoque, j'avais 8 ans, et comme enfant solitaire en temperament et curieuse dans son desir de comprendre le monde bizarre des adultes, j'ai sentie dans cet apartement la senteur de ce que c'etait une penible absence de monde, de liens qui unissaient a un clan inclusif. Je me rappelle le bruit repetitif de l'horloge sur le dressoir dans la chambre a coucher de ma grandmere, qui etait au bout d'un couloir etroit descendant, sans fenetre. Je me rappelle que ma mere "observait" les meubles tristes de l'appartement, la toute petite cuisine avec pourtant une fenetre accueillante avec une vue vers une rue d'ombres vides, avec un mepris evident, qui m'avait laissee decue en elle, et un peu effrayee de ma mere aussi, de l'expression froide sur son visage. Mon pere se voyait mal a l'aise, mais ne disait presque rien. Ma grandmere se bougeait dans cette espace timide, en silence aussi, et ma tante, optimiste et souriante, et habillee modieusement dans une robe faite par ma grandmere qui etait une couturiere accomplie, servait un cafe et un gateau de la boulangerie au coin de la rue, avec l'elegance et confiance d'une star, et faisait tout pour me mettre a l'aise, car elle et moi se sont entendues tres bien des mon enfance, et cela a continuee jusqu'a aujourd'hui, maintenant qu'elle a 86 ans, et vit dans une maison de retraite a Oostende. Plusieurs annees plus tard, en 1970, ma tante Lieve et ma grandmere Celina Dujardin, se sont demenagees vers un bel apartement en centre ville d'Oostende, et j'y ai passee une part de mes vacances d'ete, de qui me restent de beaux et importants memoires, quant a sa sagesse sur la vie que m'a dans ces moments partagee ma grandmere, qui est morte assez jeune, a juste l'age de 70 ans. Je crois que pour elle, la perte de son mari de facon si dramatique et inattendue, etait le debut d'une lutte contre l'isolation et la solitude, qui allait lui marquer le reste de sa vie, et allait presenter un defi considerable aussi pour ma tante Lieve, qui comme enfant de 4 ans, soudainement avait perdue son pere. Ma grandmere ne s'est jamais remariee, n'a jamais ni pris un pretendant apres, meme quand ses deux filles ainees Denise et Blanche et son fils, mon pere donc, se sont maries dans la decennie apres la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Ma tante Lieve, qui etait et est restee belle, a choisie, de rester celebataire, de ne pas se marier, quoiqu'elle n'a jamis manquee de pretendants qui faisaient pour la plus part d'entre eux, un effort considerable de lui convaincre de se marier avec un d'eux. Elle a toujours insistee que la vraie liberte et bonheur pour une femme moderne, est d'avoir son propre argent, sa propre maison, et de ne pas etre soumis a un mari ou des enfants. Une vue assez audacieuse pour les annees 1950 - 1960, mais qu'avec les annees de 1960 - 1970 devenaient meme un peu la mode dans les grandes villes en Belgique, en France aussi, selon que je pouvais observer comme adolescente. Ma tante Lieve me fascinait pour son intelligence, son sens de l'humour, sa gentillesse, et son sens de style aussi, qui paraissait etre une reflection de son esprit et coeur independants. Entre 2003 et la mort de mon pere suite de complications de troubles cardiaques et de demence en fevrier 2008, ma tante Lieve lui a soignee avec beaucoup de charite, la ou il vivait dans un centre de soin a Oostende, qui se specialisait dans des personnes affectees par la maladie desastreuse d'Alzheimer. Elle a soulagee beaucoup de mon chagrin au sujet, et dans ce processus, avec l'aide de longues heures de coups de telephone transatlantiques, on a etabli un lien tres resistant et durable. J'ai beaucoup appris d'elle sur l'histoire de la famille de mon pere, le lien avec laquelle ma mere nous avait toujours niee. Elle m'a appris aussi ce courage qu'elle avait de se combattre avec elan contre la solitude et ses ombres, contre l'isolation et son mepris social qu'elle avait connue deja comme enfant, suite du destin de sa mere de se trouver veuve sous stress financier d'un jour a l'autre, et de l'avoir toleree et meme survenue. Je crois que le cote resistant et courageux dans mon caractere vient de la famille de mon pere, et de sa famille de sa mere. Le cote artistique me vient du cote de ma mere maternelle, et le cote avonturier, du cote de la famille paternelle de ma mere. L'exile me destinee vers les Etats Unis a l'age de 19 ans, allait me plonger dans les tempetes de la solitude, ses moqueries, ses insultes, et me faire confronter la blessure considerable de l'isolation qu'elle laisse jusqu'aux os dans l'ame, l'esprit, le coeur, et meme le corps et ses resistances. 

          La melodie au coeur que me laisse le lien avec la Kabylie, est une source riche et fraiche, d'une cascade qui m'enveloppe avec son energie guerisante de ses eaux claires, mon esprit humain, mon ame de poete, mon coeur qui pres d'elle recoit sa chance si longuement retardee d'une voix pour mes poemes, pour la chance de voir et comprendre l'histoire de ma vie compliquee pres de l'accueil profond et chamanique de son etre spirituel, de sa sagesse et sa tolerance, sa tendresse, sa capacite pour la passion qui pardonne, qui inclut, qui embrasse et donne la force de la guerison aux blessures invisibles et ses cicatrices laissees dans les espaces les plus seules de ma vie, qui sait demolir les murs les plus impitoyables derriere lesquels je trouvais fermee a clef mon innocence, mes reves, mes talents, mes espoirs. Je crois que je respire avec des poumons kabyles, avec la force et la chaleur de son sourire, de la lumiere de ses yeux de son ciel, de ses montagnes, de ses rivages, de ses chants. Le point d'impact de la trajectoire evasive des origines de ma solitude, il se trouve dans un moment dans le temps en Flandre, et il s'etait cachee dans ma valise de l'exile, lourde et longue, et je l'ai pu arracher avec le courage me rendu visible, tangible me montree, me donnee apres, par le coeur vaste, si riche, si unique, des hommes libres de l'Afrique du Nord, et bien specifiquement, les Imazighen, qui vivent et revent et chantent et embrassent la vie dans tous ses defis et contradictions, et qui m'ont acceptee comme membre de leur grande famille: les kabyles, qui sont ma famille de coeur depuis, qui sont ma voix, mon soleil et ma lune, la flute et l'echo de mes poemes, de leurs jours et de leurs nuits. 

Trudi Ralston    


"If you want the moon, do not hide from the night. If you want a rose, do not run from the thorns. If you want love, do not hide from yourself." -  Jalal  al - Din Muhammad Rumi (1207 - 1273), poete Sufi perse. 

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