Cela reste un defi de multiples configurations souvent contradictoires en frequence et dimension, se savoir loin en distance physique des personnes auxquelles on se sent proche en ame, en esprit, en coeur. Je dirais qu'on apprend de le tolerer, comme un pull qu'on pensait doux, mais qui gratte la peau quand - meme, n'importe combien de fois on le lave en esperant que cette fois son toucher prouvera etre agreable, confortant. Dans cette configuration, le temps y est un personnage complexe et intrigant, qui joue un role de mediateur qui est aussi un illusionniste, de magicien, qui cherche de camouffler le cote dur des absences imposees. Comme personne qui depuis mon enfance sent un lien intense avec l'esprit de la nature, la saison du printemps et de l'ete avec leurs couleurs, sons, brises chaudes, abondance de senteurs de fleurs, et chants d'oiseaux des l'aube et le soir, avec la presence spirituelle de l'aura du soleil et ses lumieres, adoucit considerablement les jours et les moments, furtifs, brefs ou longs et difficils, de vouloir etre dans la meme espace que les etres chers, de vouloir effacer les murs de silence qui s'etendent comme des couloirs interminables entre ici et la distance, loin, elusive, et pourtant dense, lourde. Pourtant, avec l'experience, on apprend aussi de modeler cette distance, ses exigences, comme le sculpteur le bois, l'argile, l'acier, la pierre. Avec assez de pratique, on reussit de se faire une forme presque visible, presque concrete, de cette distance, et de la pouvoir ainsi toucher, comprendre, pardonner. Notre maison ici a Olympia est peinte de couleur rouge vibrant, et est la seule maison de cette couleur dans le voisinage de plusieurs centaines de maisons. J'ai ainsi souvent l'impression de vivre dans la maison au bout du soleil, indice intrepide parmi les maisons pales, de couleurs qui paraissent vouloir effacer, cacher toute couleur vive, joyeuse. Comme c'est la Kabylie et son coeur chaman qui est mon ancre dans cette mer de solitude zen et ses exercises spirituelles que cette isolation ici me demande, ma maison rouge aussi parait etre associee avec l'amour pour le soleil, qui rend en printemps et en ete, la couleur brillante du rouge du batiment, encore plus visible, comme un phare qui chasse le brouillard gris, sombre qui l'entoure. Cette nouvelle serie alors, "La Maison Rouge au bout du Soleil" cherche a explorer le courage, l'esprit resolu, du lien avec la Kabylie, avec mon collegue photographe d'Aokas, a qui je dedie cette serie et ses exploits artistiques - litteraires, leur impact qui continue s'epanouir ses revelations, de ses voyages, dans le temps, et dans les espaces qu'occupe l'etre humain, sa forme physique, qui habillent le coeur, l'ame et l'esprit dans les costumes que le destin et la vie lui pretent, selon son gre, avec plus ou moins de tolerance, de generosite. Ce poeme, "Tu Ralentis le Temps", est une affirmation, et une appreciation de ce lien unique que me donne la presence spirituelle chamanique du coeur et esprit kabyle qui me construit ce pont qui m'unit solidement a l'Afrique du Nord et ses promesses visionnaires pressenties, quand j'etais encore enfant, qu'elle me tient maintenant amplement:
Tu Ralentis le Temps
Tu ralentis le temps, son passage, son temoignage. Quand les heures chantent la joie de l'histoire qui raconte d'un chaman kabyle et une poete flamande.
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Toi, la sagesse et sa patience qui voit au - dela des limites, des defis, des demandes. Toi, qui me laisses voir que l'ombre et la lumiere ensemble sont les lignes qui definent le visage du courage.
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Toi, ma Kabylie, qui me parles des memoires du rossignol, de l'arbre ancien qui protege l'incertitude de demain.
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Tu ralentis le temps, me le deplies ses espaces, ses etoiles, m'expliques les couleurs de son ciel quand la nuit cede au jour.
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Toi, esprit et coeur des Imazighen, racine et fruit des reves de mes poemes, des mysteres de mes nuits. Toi, terre et mer, sable et ecume, des souhaits du monde de mes exploits.
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Toi, guide sur le chemin loin que traversent vers ta voix et son echo, en rythme de tambour, sur ses triomphes, ses voyages, pour atteindre tes rivages, le monde de mes ecrits.
Trudi Ralston
"Je suis convaincu que l'ecriture, avant d'etre un acte d'expression, est un acte d'ecoute. Il faut longtemps se taire et apprendre a entendre, puis seulement parler." - Antoine Wauters (1981), ecrivain belge, de son livre d'aphorismes et reflections, "L'Enfant des ravines" (2019).
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