Thursday, August 13, 2026

Au Sein de l'Enigme: Le Pouvoir Secret de Tomihiro Hoshino - dans la serie "La Maison Rouge au bout du Soleil" dediee a Nacer Amari

             L'autre jour, en organisant les livres dans mon petit bureau ici a la maison en Olympia, j'etais tres contente de re - apprecier une collection de poemes traduit du japonais et me regalee par ma copine japonaise avec qui ma copine francaise - kabyle et moi partageaient un appartement pendant nos etudes de maitrise a l'Universite de Texas a Austin, la capitale de l'etat. Yoko me l'avait envoyee ici a Olympia, en 1989, une fois qu'elle avait demenagee apres ses etudes, a Hawaii, ou elle etait enseignante de ethnomusicologie. Le livre "Voyage du Vent" de 1988, "Journey of the Wind" dans la traduction en anglais qu'elle m'avait regalee, une traduction faite par Gavin Bantock (1939) et son epouse japonaise Kyoko Oshima (1941), inclut aussi des images de fleurs, peintes par le poete Tomihiro Hoshino (1946 - 2024). Les images de fleurs du Japon qui accompagnent les poemes sont d'une beaute delicate. Ce qui est unique de cette collection, est que le poete Tomihiro Hoshino a fait toutes ses peintures avec un pinceau dans la bouche, comme il etait quadriplegique, donc, ne pouvait pas bouger ni ses jambes ou ses bras, car il avait souffert un accident tragique pendant la demonstration d'un salto, comme il etait professeur de gymnastique a une ecole de secondaire, et cet accident allait lui laisser avec une paralyse du cou jusqu'au bas du dos. Il a failli mourir, et a subi 9 ans de convalescence a l'hopital. Cette epreuve a fini par inspirer en lui un desir de transformer cette tragedie en creativite, et pour les 50 ans suivants, il a peint ses delicates peintures de fleurs et ecrit des poemes pour les accompagner, avec l'aide de sa mere et son epouse, qui est restee a ses cotes jusqu'a a la mort du poete a l'age de 78 ans. Dans sa vie, Tomihiro Hoshino a inspiree avec son art et son courage des millions de personnes, et a fait des voyages, malgre les confins d'une chaisse roulante, dans beaucoup de pays. Il a su transformer son destin dans une chance de s'approcher au cote spirituel de la vie, de la nature, qui fut son inspiration, et en embrassant sa douleur, sa peine, au lieu de la nier, de la lui laisser detruire l'esprit et le coeur. Il etait connu comme une personne gentille, optimiste, qui inspirait, qui voyait les tresors que laisse la nature et sa sagesse pour ceux qui lui ecoutent, qui lui apprecient. Le poeme de "Voyage du Vent" qui m'a le plus emu, est de 1981, sur la page 46 du livre: "Chrysanthemes" - ("Chrysanthemums"). J'ai traduit les 3 vers de sa traduction en anglais en francais, pour le but de cet article et j'inclus les vers aussi en anglais, traduit du japonais par Gavin Bantock et Kyoko Oshima:  

"Clusters of sorrow/ I feel / are closer to real happiness / than clusters of joy. --- Crowds of weak people / are closer to truth / than crowds of strong people. --- Clusters of unhappiness / I feel / are closer to love than clusters of happiness." 

Ma traduction m'a pris un moment, surtout pour trouver un mot qui s'approche le plus que possible, linguistiquement et affectivement, au mot "clusters", deja traduit en anglais du japonais. Le mot que je trouve l'exprime le plus prochement pour mes sensibilites poetiques, est "amas", qui est un des mots possibles pour exprimer un groupement, surtout dans le sens plus complexe, comme est le cas dans ce poeme. Voila alors ma traduction faite avec tout le respect possible envers les emotions puissantes de ce poeme fort, bouleversant: 

"Des amas de chagrin / je trouve / plus proche au vrai bonheur / que des amas de joie. --- Des foules de personnes faibles / sont plus proches a la verite / que des foules de personnes fortes. --- Des amas de malheur / je trouve / sont plus proches a l'amour que des amas de bonheur." 

Ce poeme laisse une impression inattendue, ereintee, par la facon que le poete met a l'envers le but d'un destin contraire. Mais, quand on ouvre le coeur a cette approche sans censure face a sa reaction viscerale d'un chagrin immense que le poete a du surmonter, on finit par admirer son audace chamanique, son sourire d'un courage provocatif, et a la fois incroyablement humilde. Tomihiro Hoshino a souffert la destruction brutale, immediate, inavertie de perdre la capacite du mouvement libre de son corps d'un moment a l'autre, et a du tolerer les longues annees que cela lui a pris d'accepter la vie dans une chaise roulante comme un jeune homme d'une physique athletique qui vivait sa passion du sport avec elan et enthousiasme. Avec les annees, il a dit qu'il etait bien, en paix, heureux meme, car il avait recu la chance d'apprecier la nature et le spirituel de facon intense, complete, et voir un apercu d'une realite au - dela de l'evident, du concret. Pour lui, tout de valeur etait visible dans l'invisible, dans ce que le quotidien rend endormi, efface. L'idee que c'est parfois le chagrin le plus dur et survenu qui nous ouvre le coeur completement, qui nous permet de voir clair, de decouvrir que la vulnerabilite charitable finit par etre la source la plus durable du courage, et qui mene, avec un peu de grace aussi, vers le chemin ou le destin nous revele ce qu'il veut de nous. Je crois que pour moi, c'est que le chagrin et la lutte de les transformer m'a donnee: de suivre l'intuition et ses indices qui a finie par me guider vers le coeur de la Kabylie, vers les rivages de l'Afrique du Nord, qui m'a definie comme poete, comme ecrivaine, et m'a ainsi liberee des ravages de l'isolation de toute une vie, de sa solitude suffocante. La Kabylie m'a introduit a moi, et je l'aime pour cette raison comme la vie meme. Mon destin etait a l'envers de celui que le poete et artiste japonais Tomihiro Hoshino a du reconcilier: lui a su trouver le spirituel dans la perte et traume physique, tandis que pour moi la douleur etait psychique, ayant un corps et energie qui etait abondante, mais de qui mon coeur, esprit et ame m'avaient ete effacee, rendu inaudibles, invisibles, m'avait enfermee dans une isolation immense, sans fin, comme d'un desert sans horizon. L'introduction a la Kabylie en 2017, et a mon collegue photographe d'Aokas, Nacer Amari, en fin 2019, a brisee ce sortilege, m'a liberee, reveillee toute mon energie creative, litteraire, spirituelle, et lui nourrit ses racines avec l'amour et sa sagesse que savent partager et vivre les heritiers des esprits de leurs montagnes et soleil et lune, leur terre ancestrale des Imazighen, ma famille de coeur kabyle en Algerie. Parfois, je m'imagine que la Kabylie est a juste 5 heures ou moins en voiture d'Olympia ou je vis, comme la ville de Cannon Beach dans l'etat d'Oregon, juste en dessous de l'etat de Washington State ou je vis. Cannon Beach est une ville qui aborde le Pacifique, et est connue dans le pays entier pour ses belles plages rocheuses dramatiques, et son ambiance conviviale et accueillante. Elle me rappelle a la Kabylie, et je retourne toujours a Cannon Beach en ete, ou avant l'arrivee de l'automne ici, pour sentir l'energie de ses vagues, de marcher sur son sable, et de demander a son soleil de me permettre marcher a nouveau sur terre kabyle. Je porte l'absence de ma famille de coeur comme une blessure chaude, qui me rappelle que c'est elle qui habite les espaces les plus intimes de mon ame, de mes reves, de mon energie creative et ses visions, ses joies, ses courages. Je me leve avec elle, et je m'endors dans les bras de son esprit, de qui je sens que sa lumiere eclairante m'accompagne, comme ma vision du Chiron qui m'attend, avec son arc et ses fleches, la confiance et sangfroid de son calme, avec la protection que me donne leur force, et sagesse spirituelle, qui m'eloignent toute fatigue, tout danger, toute ombre de decouragement, qui est la source de mes inspirations et leur energie, chaque jour a nouveau, la melodie et ses vers de mon ame reclamee, comme j'affirme dans les articles et poemes d'un de mes livres recents, que j'ai publiee en juillet 2024, "La Flute et l'Echo: L'Alchimie Progressive dans la Portraiture de Nacer Amari". Sa Kabylie de mon collegue photographe, de son apprentissage chamanique a su briser, malgre le defi de la distance geographique, et de toute une liste de circonstances difficiles, le sortilege obstinement ancree de toute une vie d'isolation et mepris, de solitude agonisante, pour me les remplacer avec la joie et satisfaction immense, d'avoir ete redonnee mon identite, ma fierte, ma voix fieres, libres, gueries.   

Trudi Ralston


L'information sur la vie et l'art du poete japonais, Tomihiro Hoshino (1946 - 2024), courtoisie de ma copie de son livre de 1988, "Journey of the Wind" ("Voyage du Vent"), traduit du japonais en anglais par le professeur anglais Gavin Bantock et son epouse japonaise Kyoko Oshima (1941). Gavin Bantock enseigne a l'Universite de Reitaku a Kashiwa, au Japon ou il vit et travaille depuis 1969. La traduction du poeme "Crysanthemums" ("Chrysanthemes") de l'anglais en francais pour le but de cet article, est la mienne. 

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