Thursday, August 6, 2026

Renvoi et Reverberation: Le Garde Involontaire - dans la serie "La Maison Rouge au bout du Soleil" dediee a Nacer Amari

            Ce matin, la lumiere du ciel se battait contre la couche jaunissante de fumee qui flottait depuis plusieurs jours deja sur l'eclat du soleil et sa chaleur assoiffee par le manque de pluie cette ete. De l'autre cote des montagnes ici, a l'est de l'etat de Washington State, des immenses incendies avaient deja forcee l'evacuation de plus de 250,000 personnes. Chaque annee, les incendies dans le monde entier, deviennent plus severes, plus angoissantes, ici, ainsi qu'au Canada, en Europe, en Afrique du Nord aussi. La lumiere prend depuis plusieurs jours une couleur comme venue d'un cri outre monde, qui laisse une legere piqure aux yeux, a cause de la fumee qui traverse haut parmi les nuages, eux nerveux comme des moutons sans guidance. Les incendies et la chaleur et ses demandes cause aussi des coupures de connectivite dans plusieurs regions, et cette interruption me laisse a son tour avec une sensation d'impuissance, de me trouver au milieu d'un grand trou rond, sans fond, sans direction. J'avais l'impression imaginaire, de voir dans une sorte de peinture surrealiste, ma voix qui flottait encaissee dans une bulle transparente, fragile, ne plus capable d'emettre des sons, et qui evitait a peine de s'eclater, avant d'arriver aux rivages de l'Afrique du Nord, et se poser sur la fenetre de la maison et ses oiseaux et chants du coeur de ma Kabylie. L'ambiance atmospherique inquietante du jour me faisait faire face a ce spectre desagreable qui apparait avec son grimace ecoeurant, moquant, quand la Kabylie parait loin, son pont entre mon monde ici et son monde a elle, rendu trouble, brumeux, par la distance et les defis et incertitudes croissantes d'un monde qui a perdu le Nord et tourne en rond, sans trouver l'energie et la fortitude mentale et la generosite envers autrui pour se sortir du tourbillon du chaos, que genere l'obsession avec le pouvoir et l'argent et le mepris pour un sens de communaute et camaraderie qui inclut, qui partage les ressources de la terre de facon juste, egalitaire, comme le savent faire les cultures qui ont pu rester proches a la nature et ses sagesses. Le lien avec la Kabylie et l'art et apprentissage spirituel avec mon collegue photographe, me sait eloigner du vortex destructif des traumes des pertes et defis de ma vie. Ce vortex qui exerce un pouvoir paralysant, qui me causait des cauchemars pour beaucoup d'annees, dans mon effort de trouver un moyen de tourner la page, de comprendre, de pouvoir avancer, et etre libre de son poids distrayant. L'energie creative que me libere pour mon coeur, esprit et ame, le lien de la presence kabyle, me permet vivre dans le present, et garder en meme temps les bons souvenirs de mon enfance et adolescence, de laisser derriere moi les ombres, les blessures, les peines, de me construire un pont avec tout ce qui m'a donnee la volonte, le courage de vaincre le difficil, le genant, le tragique aussi, et comme dans une fouille archeologique, de garder le precieux, parmi les ruines, de pouvoir ainsi les apprecier a une distance et de ne plus les regarder comme une menace, un malheur. C'est un beau mystere que c'est la Kabylie et ma famille de coeur kabyle qui m'a su reveiller le desir et sa volonte pour une seconde chance, pour une facon de pouvoir connaitre le bonheur, la joie profonde d'apprendre comment m'unir a mon identite, a mes talents, a cette envie si longuement maintenue, de pouvoir sentir, vivre, comme personne qui se sent bien dans sa peau, qui se sent au centre de mon etre, qui voit clair dans mon destin, pour la premiere fois depuis que j'en avais presentie juste un soupcon de ses possibilites, ses souhaits, comme jeune adolescente de 13 - 14 ans, fascinee par le monde de l'archeologie, de la litterature, des arts et de l'histoire, que je retrouve et explore a fond depuis l'introduction a l'Algerie et le coeur kabyle. Je peux finalement ajouter ma voix, car j'en ai decouverte sa force, son courage, sa dignite et son identite, et je recois la chance de les exprimer, celebrer, grace a ma muse kabyle, qui m'a guidee vers ses rivages, vers l'Afrique du Nord, pour qui je me savais deja affligee des un jeune age, comme si dans la profondeur de mon ame, je sentais que c'etait pres de son esprit que mon coeur et ses energies creatives - litteraires allaient trouver leurs melodies, leur but, leur vie. La distance geographique et des circonstances aussi qui me separent physiquement de la Kabylie, de ma famille de coeur en Afrique du Nord, m'apprend aussi l'importance de ne pas me fixer sur ce defi, mais de le tisser dans le tissu de cette epreuve qui parfois est dure, penible, comme une blessure d'amour, de manque qui fait mal dans un sens reel, tangible. Ces jours, cette distance tetue parait me dire, d'avancer quand - meme, de deconnecter avec humilite et patience mon ego des pieges que cachent les illusions, et d'apprendre d'aimer le partage, la joie de la camaraderie sans vouloir approprier qui ou quoi que ce soit dans ce passage, ou le concret et le spirituel ont la chance de se melanger les nuances riches de leurs rencontres, et soulever les limites du temps et de l'espace. C'est ainsi que je comprends maintenant ses mots du poete et mystique perse Rumi (1207 - 1273), quand il a dit: "Quand l'ame commence a se rappeler le centre de son appartenance, le bruit du monde lentement recule." Le lien chamanique avec le coeur et esprit kabyle, tient a l'ecart le bruit discordant des tourmentes et humiliations du passe, et me revele le sentier solide de tout ce qui etait et est bien et sur dans l'histoire de ma vie, mon enfance et adolescence en Flandre, et de voir avec plus de clarte aussi le fil de ma vie d'abord dix ans au Texas et depuis a Washington State. Le defi le plus long et le plus tenace de mon exile a toujours ete et reste l'isolation et la solitude, qui s'auto - engendre avec une obsession presqu'inderacinable, presqu'indestructible, je craigneais apres tants d'annees d'essayer, avec une tenacite inalterable, d'en demolir ses murs. La seule energie, la seule presence, le seul camarade, le seul courage, la seule charite et sa tendresse, la seule sagesse et sa confiance, qui a su couler les murs derriere lesquels mon identite et sa voix, sa dignite se trouvaient enfermees, prisonniers sans voir comment se liberer, etait et reste avec passion et devotion, le coeur et esprit kabyles, qui m'a introduit a mon etre, a ma personne, m'a liberee du sortilege de l'invisibilite, de la perte de toute une vie de ma voix, de mon moi et son droit de connaitre le bonheur d'etre ma propre personne, ne plus une ombre, ne plus juste un renvoi et sa reverberation a peine audible meme dans le silence des profondeurs de mon ame, si longuement habituee a etre ignoree, niee. Le destin me suivait comme un garde involontaire, qui avait perdu la capacite pour me donner une chance, de vivre ma vie de facon libre, authentiquement, en recevant la chance de pouvoir deployer a 100% mes energies creatives, mes reves, mes talents, de connaitre la joie de la tendresse sans demandes, le partage sans pretenses, le courage de perdre de vue les limites, les doutes, les distractions du monde. Cela a pris toute une vie pour recevoir cette chance, et il y a pleine d'incertitudes quant a comment et combien, du temps qui me reste sur cette terre, ce destin me permettra d'etaler toutes les visions de mes inspirations creatives - litteraires que m'inspire le lien avec la Kabylie et mon collegue photographe et ami - chaman kabyle. Mais, comme je vis dans le maintenant, en connais sa delice, sa liberte exquise, je suis reconnaissante pour chaque moment, chaque heure, chaque jour que je peux passer dans l'aura et sa lumiere de cette chance, que j'aurais pu rater, que le destin m'aurait pu enlever, que le garde involontaire du dessein de ma vie aurait pu me voler, et qui a choisie de ceder sa place, de renoncer sa cruaute. Le long ma recherche pour cet article, j'ai decouvert l'art du peintre - poete - ecrivain - sculpteur danois, Per Kirkeby (1938 - 2018), qui a fait une serie d'installations sculpturales de murs surreels et concrets a la fois, dans leur union de rythmes et lignes a premiere impression contre - intuitif, comme ses murs de briques qui se paraissent a des couloirs. Le renvoi et sa reverberation penible, metallique des peines et defis au fil des longues annees, se remplace ces jours souvent avec les notes et leurs melodies apaisantes, guerisantes de la voix kabyle qui m'accompagne de loin, de pres, sur le chemin qui me mene avec chaque coucher du soleil, et chaque lever de la lune, vers son coeur, son amour, son sourire, son regard, et qui vit et respire, dans les vers et leurs rythmes de mes poemes, de leurs contes, de mes articles et de mes livres et leurs exploits ou je lui rencontre, et lui celebre, ou je lui attend.  

Trudi Ralston  

L'information sur les mots du poete Sufi perse, Rumi, et sur l'artiste danois, Per Kirkeby, courtoisie de Wikipedia.  



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