Saturday, June 6, 2026

Le Pinceau en Soie: L'Ombre de l'Eau qui Coule - dans la serie "La Maison Rouge au bout du Soleil"

            Le silence paisible du jardin ici a Olympia, tres tot le matin en printemps et ete, m'accueille avec son esprit reflexif qui est un refuge du monde et ses violences qui parait envahir tous les coins de ce qui reste du coeur de l'humanite. Cela donne l'impression de se trouver dans une piece de theatre, duquel on apres se rend compte etre interdit de sortir, de devoir rester comme acteur prisonnier de ses actes, voyant en bas les sieges ou devrait etre le public, vides, abandonnees. Les lignes entre le reel et l'irreel, entre le tangible et l'absurde, deviennent, avec chaque jour qui passe, chaque nouvel acte de brutalite des guerres qui tuent, qui devorent la vie de milliers de civils innocents, presqu'invisibles, et creent dans l'esprit cette malaise croissante, comme si au lieu d'avancer vers une ere d'illumination, de sagesse, d'innovations guerisantes, le monde marche en arriere, a une vitesse alarmante, et on se dirait a nouveau au Moyen Age, ou pire, ou un poignee de tyrans avides de carnage, de sang, dominent la terre et ses peuples rendus impuissants. Je pense encore a cette verite historique deprimante: a la hauteur du pouvoir de l'empire romain, 50% de toutes les personnes dans ce vaste et puissant empire etaient des esclaves. On risque de s'y trouver a nouveau, dans le chaos d'aujourd'hui et le delire du monde post - industriel et ses obsessions de la part d'une elite de dirigents pour le controle total de toutes les ressources de la terre, deja epuisee de tous les abus qu'elle a souffert et continue de subir. Cela rend triste au coeur, la pensee que le mal parait etre la force qui domine tout en ce moment, et que l'effort de la part de toutes ces personnes courageuses qui se battent contre cette triste realite, risque d'etre ignoree, effacee, comme les lignes d'un crayon par une gomme indifferente, impitoyablement efficace. L'esprit pourtant, continue de parler au coeur vigilant, et je pense souvent encore aux mots d'un ami religieux de mes annees comme jeune personne en Flandre: "A cote de tout le mal qui devore le monde, il existe une autre realite, d'egale puissance, invisible, qui avec patience, continue de travailler pour le retour d'une terre ou c'est la charite, la joie, l'amour et le courage qui regnent, en equilibre avec la sagesse de l'esprit de la nature, ses lois, ses connaissances." J'espere que cette clairvoyance spirituelle aura la derniere parole.  Les moments de silence au jardin, qui me permettent la reflection, la chance de respirer tranquillement, de recharger mon esprit, sa confiance, sa conviction que l'espoir et son courage m'accompagnent, maintiennent le lien si fort avec l'esprit de la Kabylie, ma muse de qui je sens sa presence de facon concrete, dans l'energie de mes poemes, de mes explorations pour mes articles, mes livres qui sont le pont entre mon monde ici et le monde artistique de mon collegue photographe en Aokas. L'esprit, qui me visite dans la chaleur et son toucher des rayons du soleil au jardin, qui me parle dans cette langue et ses symboles anciens des ancetres des Imazighen de qui l'echo de leur voix resonne dans le frisson doux que me laisse la brise sur le visage, sur la lumiere doree de la lune tard dans la nuit, quand la pensee a la Kabylie laisse la carte routiere pour mes reves nocturnes et leurs voyages dans le temps et dans l'espace. Il y a beaucoup d'animaux qui visitent le jardin ici, qui me rendent visite de la foret qui commence juste de l'autre cote du jardin. Des oiseaux surtout, et aussi des cerfs, des opossum, des ratons laveurs. Leur presence me rappelle que toutes les formes de vie sur cette terre, ont de l'esprit, qu'on est dans ce sens tous membres de la meme force vitale, l'arbre autant que le cerf, autant que l'abeille, la fourmis, la colombe, la brise, le soleil, la lune, et l'etre humain, et la terre meme, les rivieres, les mers, les oceans et toute vie qui y bouge, ainsi que les montagnes, ces gardiens de milliers d'annees de sagesse gardee, sauvee, protegee. C'est profondement emouvant et rassurant aussi, de sentir et comprendre cette verite, et c'est aussi dechirant de se rendre compte qu'il y a des ideologies qui depuis des milliers d'annees aussi, cherchent a detruire l'universalite de l'esprit qui unit toute vie sur terre. Je me rappelle lire un article sur les cultures aboriginaires de l'Australie, ou un chaman disait en toute sincerite a un scientifique etranger qui y faisait ses recherches sur l'anthropologie des cultures originaires: "C'est vraiement triste, de penser que tu n'as jamais entendu chanter les etoiles." L'homme moderne et ses manies  que le colonialisme et ses indoctrinations ont laissees comme heritage honteux, ces trous noirs, qui devorent et laissent l'ame vide, impuissant, si on ne resiste pas ses hallucinations, se trouve sur le rebord d'un cataclysme qui risque d'aneantir l'humanite, et pourtant la destruction des ressources de la terre continue a une vitesse alarmante, aggravee maintenant encore plus par une chaine de geurres d'une brutalite medievale, qu'aucun pays qui pourrait influencer cette demarche fatale, parait pret d'arreter. On parait sous le sortilege de mauvaises augures, et a voir, si la bonne volonte et son energie de la part des esprits qui revent et se battent pour un monde meillieur recevront l'aide et la grace qui permettra que l'esprit de la terre se recupere, et s'unisse a nouveau aux coeurs de dirigents qui possedent la volonte et le courage de nier le mal son ultime victoire. La pluie aujourd'hui ici au jardin a Olympia tombe avec un rythme enthousiaste, et laisse son parfum frais sur les fleurs du chevrefeuille et des pivoines, et m'unit au souffle chaud et rassurant du coeur et de l'ame de ma famille de coeur en Kabylie. Et dans un moment emouvant, et fier, digne, je m'imagine le chaman kabyle qui m'inspire la voix de mes visions et inspirations creatives, etre le pinceau en soie, l'ombre patiente, fluide de l'eau comme de la pluie rafraichissante, qui illumine, rend plus claire, plus visible, les nuances des couleurs qui me guident les narratives, les souhaits, de mes poemes, de mes dessins qui celebrent ce lien sublime qui m'unit mon esprit flamand en exile a l'esprit eternel resistant kabyle. C'est le poete et mystique Sufi perse, Jalal al - Din Muhammad Rumi (1207 - 1273), qui a dit: "Pour ceux qui aiment coeur et esprit, la separation n'existe pas." Que ce pont qui m'unit sa traversee avec la Kabylie et le monde des Imazighen de l'Afrique du Nord, continue de me guider, de m'inspirer, de me garder proche a son sein et sa chaleur, sa grace, et la charite transformative, guerisante, la sagesse de son accueil. 

Trudi Ralston

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