Wednesday, January 7, 2026

La Repetition Generale: Quand les Illusions deviennent la mesure - dans la serie "Les Ailes d'Aphrodite"

           Cela devient chaque fois plus difficile de rester en phase avec les evenements troublants sur le theatre chaotique du monde. Cela laisse une sensation abrutissante, de solitude froissante, soudaine, d'une sorte ne pas familiere, froide, indifferente, qui en meme temps ralentit le passage du temps, et l'accelere. Cette nouvelle genre de solitude, laisse un creux, qui essaie de faire un trou dans la resistance du coeur, de lui laisser avec un frisson d'impuissance, de paralysie. Cette sensation fut augmentee ce matin par le retour d'une pluie torrentiale ici, qui suivait un rythme avec une cadence staccato, comme d'une piece de theatre ou les acteurs portaient des masques, faits de draps opaques, qui effaceaient les traits des visages completement. J'avais l'impression durant la journee, d'etre en retard pour une repetition generale, d'une ceremonie ne pas definie, sans maitre de ceremonie, ou les personnes y presentes n'etaient pas mis au courant de la raison pour la reunion, ni ou s'asseoir, ou l'horaire et sa duree. C'etait une impression qui m'a laissee avec un sentiment de frustration, et d'une pensee ne pas prevue, de me demander si ma vie entiere etait une repetition generale, de qui je ne comprenais pas son but. Je crois que les demandes d'une vie d'exile culturelle - affective - sociale a laissee ses traces, et que seulement l'accueil de ma famille de coeur en Algerie, me sait adoucir, en guerir les blessures si longuement cachees, invisibles. La sensation de ma vie comme etre a la fin une repetition generale ratee, ne pas compris ou identifiee, je comprends ces jours de tumulte dans le monde, devient plus aigue, plus marquante, quand j'ai l'impression que les rives de la Kabylie s'eloignent, deviennent moins claires, comme si une gomme grande les essaie d'effacer ses lignes.

           Cette sensation un peu nausebonde, me surprend, mais me fait comprendre l'importance de la Kabylie, comme l'esprit, le chaman charitable, voyant, qui m'a donnee la chance de me trouver la voix de poete, de connaitre la fierte, de me savoir la dignite intellectuelle - identitaire reclamee. Il n'y a pas de cri de joie assez fort, assez vibrant, assez beau, que je peux m'imaginer pour exprimer et celebrer ce regal, cette grace me permis par la sagesse ancienne, visionnaire du coeur, du courage, de la resistance et sa force, des Imazighen de l'Afrique du Nord. Elle m'a donnee la chance de me decoder les hieroglyphes de ma vie, de mon destin si longuement masquee, niee, de me liberer de cette angoisse deroutante de m'imaginer ma vie comme une repetition generale absurde, vide de signification, ou les acteurs, y compris moi, ne sont que des chimeres, des illusions. La vie devient une affaire triste, quand on la sensation qu'on se trouve privee de sa veracite, de son essence, quand on a la forte sensation d'etre ne qu'une simulation, une copie d'une une farce cruelle, concue par un metteur en scene sadique, qui s'amuse de tourmenter mon desir si longuement souhaitee, si courageusement soignee, construite, avec la force d'une volonte tetue, inalterable, pour la chance a une vie authentique, reelle, pour la chance de connaitre la joie, de se savoir le coeur, le corps, l'esprit, libre, visibles, audibles. Cela reste tellement emouvant pour moi, de savoir que le pays immense de l'Algerie, est le pays, est la terre, ou j'ai fait connaissance a la culture kabyle, a son histoire, a son peuple, a son ame, son coeur chaud, son esprit resistant, sa vision claire, ample, qui m'a pris par la main, qui m'a vue, entendue le chagrin de l'invisibilite de mon coeur de poete, qui en a vu les cicatrices, les blessures encore douloureuses, et m'a embrassee, m'a accueillie. Si quelque part, dans cet amour qu'elle m'a allumee par sa sincere tendresse, sa sagesse, je me suis perdue dans sa joie, son bonheur, de cette experience sublime, je crois que c'etait quelque part inevitable. Comment aimer vraiement, et ne pas se perdre quelque part dans le delire, de se savoir finalement compris, entendu, de se savoir aimee a fond, infiniment, pour la premiere fois, comme personne, comme poete, qui s'etait presque noyee dans un ocean d'indifference pour trop d'annees, pour presque toute une vie? Et oui, peut - etre, quelque part dans ce bonheur inattendu, j'ai eu l'espoir que la Kabylie, ma muse, se perdrait elle aussi un peu, au moins, qu'elle aussi m'aimerait aussi avec abandon, se perdrait un peu le nord, pour moi, pour tout que j'avais souffert avant elle, pour tout que j'aime si fort de son coeur, de son energie creative, spirituelle, vitale? Le poete perse Sufi, Jalal al - di Muhammad Rumi (1207 - 1273), a dit sur l'amour: "Ce n'est pas ton devoir de chercher l'amour, mais de simplement trouver toutes les barrieres dans ton etre que tu as construit pour le laisser dehors." Le coeur chaman kabyle me rappelle ces mots aussi du poete Rumi, qui souligne le lien si profond, sa racine de sagesse, de guerison que l'esprit de la Kabylie, que le son de sa voix ancienne, eternelle et sa memoire me laisse, dans ce qui reste de ma vie, dans cette vie, et qui me suivra apres, vers le monde des esprits: "Je suis en toi et tu es en moi. Personne ne peut comprendre ceci, jusqu'au moment d'avoir perdue la raison." Je t'aime, ma Kabylie, tu es l'amour le plus radical, le plus beau, qui m'a donnee la lumiere, la chaleur, sa passion vibrante, a ma vie de poete. Sans toi, je n'aurais pas trouvee le chemin vers la joie, le bonheur, la dignite, d'avoir etre regalee, la clef qui a ouvert la porte qui allait mener vers l'experience transformative, de me savoir unie avec mon destin, ma raison d'etre sur cette plaine terrestre: de vivre, respirer, connaissant la fierte d'avoir survenue tous les obstacles si persistants, si tordus, si tenaces, de pouvoir finalement m'exprimer, de celebrer les mots, les vers, leur rythmes, leurs melodies, pour mes poemes, les exploits pour mes livres. De me savoir une voix decisive, libre, dans laquelle resonne l'echo du cri du courage legendaire des Imazighen, a qui mon coeur et esprit de poete doit le reveil total de mon ame, la fin du sortilege de son isolation, de sa solitude toxiques, asphixiantes.        

Trudi Ralston

  

          

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