Ce matin, le ciel froid est couvert d'une couche telle faite d'un pinceau saturee pour un paysage d'une peinture en huile. Cela avait l'effet de mettre un poids sur les ombres des arbres de la foret et du jardin, sous une pluie soudaine qui chercheait se laver les couleurs monochromes collees sur le souffle du jour. Cela me donnait une grande envie de poursuivre l'idee pour cet article, qui en fait etait aussi une facon d'exprimer le desir pour une conversation reflexive avec mon collegue photographe d'Aokas, Nacer Amari. C'etait au sujet de la volonte creative, de l'importance de rester vigilant quant a l'energie creative, de ne pas la laisser s'effacer ses visions, ses lumieres, dans un monde qui cherche de les mettre dans le noir, de les y aneantir. Ecrire est une des facons de traverser le sentier vers le monde interieur de nos pensees, de nos passions creatives, spirituelles, culturelles, de toucher les racines autrement difficilement visibles, definies. L'autre jour, j'etais inspiree d'ecrire un poeme au titre de "L'Image", qui essaie de decrire la sensation profonde, d'avoir la chance de se comprendre l'esprit, le coeur, l'ame, grace a un lien transformatif, comme la Kabylie me permet, et que la collaboration depuis 2020 avec le photographe Nacer Amari, m'a permis approfondir de facon exponentielle dans mes livres et dans mon art, ces derniers 6 ans. Les liens transformatifs dans le monde des arts sont puissants, et souvent complexes, controversiels aussi, et rarement evident quant aux circonstances, ce qui demande une sorte d'approche zen, entre energie exuberante et un besoin pour le calme, les moments de pause, pour voir clair dans toute l'espace que ce lien sait creer, et aussi demande. C'est le poete - romancier et dramaturge irlandais, auteur du roman gothique "Le Portrait de Dorian Gray" (1890) Oscar Wilde (1854 - 1900), qui fameusement a dit: "Sois toi - meme. Toute autre personne est deja comptee." Donc, c'est seulement en acceptant soi - meme, qu'on peut achever la liberte pour soi - meme et pour ceux qui nous entourent, et ainsi atteindre tout notre potentiel. En ecrivant ce poeme, "L'Image" j'ai senti un frisson, cette reaction physique de l'euphorie, face a une experience esthetique agreable, que le monde des sciences de la physiologie decrit comme: "un frisson esthetique ou psychogenique, c'est a dire une reponse psycho - physiologique envers un stimulus agreable, y compris la musique, un film, des contes, des personnes, des photos, et des rituels, qui souvent causent un etat agreable, avec la sensation du chair de poule, ou la dilatation des pupilles." C'est un effet qui ne dure que quelques secondes, mais qui donne l'impression d'une permanence affective memorable. Cela m'a pris toute une vie de me trouver sur la terre des Imazighen, specifiquement, dans mon cas, de la Kabylie, et de recevoir la chance de decouvrir l'inspiration que me donne la communication culturelle - litteraire - artistique avec le photographe Nacer Amari, qui continue de rendre clair le sentier de ma vie comme poete - ecrivaine et artiste, longuement isolee du confinement culturel, de ma vie aux Etats Unis depuis un jeune age. Apres avoir finie mes etudes secondaires au lycees pour filles a Roeselare d'abord, et apres a Izegem, suivant un souhait de mon pere, je suis partie pour mes etudes universitaires au Texas, ou j'ai vecue dix ans, avant de rencontrer a mon mari de San Francisco, qui lui etait au Texas pour faire sa maitrise en psychologie, on a demenanges a l'etat de Washington, ou on vit depuis, avec notre fils, lui aussi ecrivain. Le monde des arts souvent est une espace ou les normes etablies sont mises en question, ce qui fait que les artistes sont souvent a la vanguarde de nouveaux mouvements, et recoivent ainsi aussi pas mal de critique, de jugement, et de punition aussi, ceci dependants des systemes en place, pour leur audace envers la societe qui n'aime pas qu'on lui bouleverse ses notions de l'ordre, de la moralite, de son pouvoir sur le peuple et les ressources que l'assurance sur le conrole de la population permet aux classes sociales dominantes. Le surrealisme, l'expressionnisme, et le romanticisme et le baroque avant eux, sont des mouvements artistiques - philsophes qui ont eu un effet durable sur les conditions sociales - politiques et leurs sesultantes revolutions du monde du XXeme siecle. Le surrealisme fut une reaction viscerale contre les horreurs de la brutalite des machines de la Premiere Guerre Mondiale, et l'expressionnisme contre la continuation des atrocites de la Seconde Guerre Mondiale, tandis que le mouvment du romanticisme du XIXeme siecle lamantait la destruction des ressources de la nature suite de l'introduction de la Revolution Industrielle qui avait vu son debut en 1790 en Angleterre, et le baroque du XVIIeme siecle fut une reaction contre les guerres brutales des rois en Europe, qui laisseraient la population du monde, decimee, epuisee, fragmentee et appauvrie par les ambitions coloniales des empires dominantes. Les arts sont l'appel a la conscience, comme le fut le monde du theatre de la Commedia del arte du XVII et XVIIIeme siecles, qui etait une critique sagace des abus du systeme politique, entre autre en France, de la part du regne de la dynastie de Napoleon. La Kabylie m'a su me reveiller la voix de poete, et la sensibilite, intelligence et patience communicative et affective du lien avec Nacer Amari et son monde de la photographie de ses portraits et nature mortes et paysages de sa region natale, ont su declencher la liberation de cette hypnose engourdissante sous lequel mon exile et perte de tant de famille m'avait mis l'energie creative, ma voix, ma liberte d'etre moi - meme, de devoir vivre les ailes de poete, et leur souffle, leur vol, saisi, pris en otage. Le frisson esthetique, est aussi un appel de ne pas ceder la volonte de vivre le coeur, l'esprit debout, ne pas endormi, ne pas soumis. La force de l'habitude peut parfois rendre impuissant a la vigilance dont a besoin l'inspiration creative. Briser la force de l'habitude, c'est une facon que le frisson nous touche, nous rappelle de refuser de devenir un robot, soumis. L'habitude de ne plus reagir, de ne plus questionner, de ne plus se rebeller, de ne plus douter le status quo, de permettre que les routines deviennent la matiere lourde sous laquelle on laboure, en corps, coeur et esprit, rendu muets, et ainsi, invisible, une brume de qui ne restera plus rien, qui disparaitra, comme ca, dans la brise du va et vient des jours, des nuits. Se construire une voix, venue des profondeurs de notre vie interieure, ses explorations, ses detours, ses peines, ses espoirs, ses talents, et de la pouvoir rendre audible, et en expression audible dans le monde exterieur, quotidien, ses exigences, ses hypocrisies, ses demandes, ses rites, et ses limitations, m'a demandee toute une vie. Sa construction se realise, se continue dans l'accueil de l'esprit chaman de la Kabylie, et le poeme "L'Image" decrit cette evolution, cette grace de laquelle les rencontres intellectuelles - artistiques - litteraires, a longue distance en plus, avec mon collegue artiste kabyle Nacer Amari, me permet en comprendre sa structure, son denouement, son processus, comme etre permis dans le studio d'un sculpteur qui me fait une image de ma personne, et qui me fait comprendre qu'avant cet evenement essentiel, je n'avais pas recu la chance de me connaitre, ni a mon monde interieur quant a ses experiences complexes, ni a l'expression de mon temperament affectif - social, ses gestes, ses nuances. Ce qui me rappelle encore a la piece de theatre que j'ai vu sur une serie de television en Flandre, comme enfant. Une piece de theatre pour la jeunesse, qui raconte l'histoire d'une jeune fille emprisonnee dans une tour, ou elle decouvre une petite boite avec un mirroir. Elle pense, n'ayant jamais avant vu la reflection de son visage, qu'il y a une fille prisonniere dans la boite. Ainsi, est pour moi la sensation de ce qu'a fait pour moi, le coeur kabyle, son esprit, sa sagesse, sa nature, sa mythologie, son courage, son accueil, qui s'est unie toutes ces attibruts sprituels dans la force transformative du lien avec le photographe Nacer Amari d'Aokas. J'essaie depuis d'en comprendre l'effet continu de cette grace, de la part de son esprit et sa sensibilite creative - affective que possede mon collegue, qui au contraire d'y appeler attention a ce phenomene qui est pour moi un privilege, prend une attitude d'une discretion et humilite totale, comme est ne pas atypique pour les personnes qui possedent, sans l'annoncer, le don de chaman, de guide spirituel. Ce qui me rappelle les mots du poete perse Sufi, Jala al - Din Muhammad Rumi (1207 -1273), dans un de ses poemes sur le besoin de rester vigilant, de ne pas permettre que notre esprit s'endort, de rester rebelle, en vie, a 100% : "Au - dela des idees du bien et du mal, il y a un champ. Je t'y rencontrerai. Quand l'esprit s'y etend dans son herbe, le monde est trop pour en parler. Les idees, de langue, meme la phrase "L'un l'autre" n'y tiennent aucun sens. La brise a l'aube a des secrets a te raconter. Ne te rendors pas. Les gens vont et viennent sur la traversee ou les deux mondes ( le monde concret, et le monde spirituel) se touchent. La porte est ronde, et grande ouverte. Ne te rendors pas." Ce vers est du poeme de Rumi "Une Grande Carrosse." Le poete irlandais, Oscar Wilde, a qui je mentionne dans l'introdiction de cet article, a dit aussi: "La verite est rarement pure, et ne jmais simple." Pour moi, la verite incontestable quant a l'importance sur le reveil de mon esprit creatif, sa reprise, sa relance, de ma voix comme poete, et artiste, qu'y joue la Kabylie, comme acteur central dans la piece de theatre qu'est la vie, est fascinante, et que cette importance a trouvee sa clarte, sa profondeur, et sa catharsis, dans le lien avec le photographe artiste d'Aokas, continue de laisser son influence decisive dans mon energie creative, et me laisse completement fascinee, captee par la force, l'insistance de sa presence, qui parait emaner d'une source spirituelle ancienne, sacrale, comme seulement le sait faire le coeur battant d'une culture qui remonte des milliers d'annees, comme les cultures originaires de l'Afrique du Nord, des Hommes Libres, des Imazighen. Ma voix m'a ete donnee, sa liberation, sa joie, son expression vibrante, exuberante, par l'esprit chaman qu'est pour moi la Kabylie. Je ne peux pas le repeter assez d'insistance. Ne pas le faire, ne pas le reconnaitre, serait une grave omission quant a la force ancestrale - mythologique et ses dons de l'heritage culurel kabyle. Ce poeme est en hommage, en humilde reconnaissance de ce lien immensement profond, que continue de me donner, la Kabylie, et la sagesse, son attitude plutot effacee, un peu bouleversante des fois, d'un collegue qui vit si loin et qui laisse un impact proche, profond, tangible direct, sur le monde de mes poemes, de mes articles et de mes livres, et de mon art. Voila mon poeme, en hommage, qui exprime ce frisson esthetique, qui brise l'hypnose de la force d'habitudes tuantes, mortelles contre laquelle doit se battre, avec toute sa force, l'energie creative:
L'Image
Elle se fait en silence, cette image que le miroir de ton regard, de ton esprit me presente. Avec calme, avec discretion, tu delignes mon coeur, mon ame, qui montre mon image, que tu as vu s'approcher il y a longtemps avant qu'on s'est rencontree.
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Comme la sculpture qui estime le message lui confiee par sa muse, tu m'as su garder les pages du livre qui garde l'histoire de mon exile. Je me trouve devant son miroir voyant, et la brume de sa surface lentement s'eloigne.
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Dans la clarte lisse qui y maintenant est visible, tu m'introduis a ma personne, m'en unit les experiences, leurs divergences, qui se sont retrouvees sur les rives kabyles. Lentement, je respire, l'air frais, doux de l'espace chaude, sa lumiere, sa sagesse. Je sens tout mon etre se reveiller, prendre forme decisive.
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Sans jugement, tu donnes vie aux contours de mon image, sous la lune et le soleil de ta terre ancestrale. Ainsi mes poemes et leurs inspirations connaissent, pour la premiere fois depuis mon enfance, mon adolescence, la joie, le bonheur de me savoir visible, en paix, detendue, chez moi, libre.
Trudi Ralston
L'information sur les vers du poete et mystique Sufi perse, Jalal - al Din Muhammad Rumi (1207 - 1273), sur le poete - romancier et dramaturge irlandais, Oscar Wilde ( 1854 - 1900), et sur le phenomene psychophysiologique du frisson esthetique, courtoisie de Wikipedia. La traduction des vers de l'anglais en francais, de Rumi et d'Ocar Wilde, est la mienne.
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