Il y a un lien puissant entre le monde des arts visuels, comme la photographie, le film, la sculpture, la peinture, et le monde des arts litteraires, comme le theatre, la poesie: ce que l'image suggere, les mots definent, comme un pas de deux qui illumine l'experience humaine dans le contexte de ses expressions culturelles - historiques. J'ai grandie en Flandre, entouree des mon enfance du monde des arts: la photographie, la peinture, la sculpture, la musique, de la part de mon pere amateur photographe, mes deux oncles artistes peintres, mon oncle sculpteur, mon cousin musicien, sans compter plusieurs amis aussi de la famille qui etaient artistes. Comme enfant, et apres, comme jeune adolescente, me trouver dans ce monde creatif, bohemien, rebelle, etait une experience durable, qui a definie grandement mon caractere curieux, inquiet, qui avait un appetit pour explorer, comprendre, apprendre, et qui notait que ce monde d'adultes eccentriques, me tolerait parceque j'etais comme un sphinx: j'observais, je notais tout, et je ne disais presque rien, comme un archeologue qui observe, catalogue, prend des notes, et apres fait ses conclusions. Meme a un tres jeune age, j'avais l'habitude de rendre nerveux a certains adultes. Je me rappelle en fait tres bien, cette habitude que j'avais de savoir m'insinuer dans un groupe d'amis de mon pere, ou de famille, et d'ecouter pour des heures en silence, leurs echanges sur les arts, le monde, l'histoire, le comportement humain. C'est en fait cette immersion volontaire dans le monde confusant et contradictoire des adultes, qui m'a fait chercher le monde des livres, qui m'a fait comprendre la complexite du mot, et aussi de l'image, comme traduction des deux. Partir a l'age de 19 ans pour les Etats Unis, m'avait eloignee non seulement des rives de ma terre natale, mais aussi de cet entourage du monde des arts, et de ses adultes qui etaient les acteurs en images et mots, de ce theatre fascinant que je m'avais adoptee comme refuge des un tres jeune age. Ce vide abrupte, laisserait ses traces, et je me trouverais face a l'effort penible de ne pas me perdre dans l'indifference que sait generer l'exile quand on s'y met seul, comme un acteur qui se trouve sur une scene pour la duree d'un monologue, qui dans mon cas, durerait des decennies. Des decennies, pour retrouver mon identite, pour me rendre compte du besoin si fort de ne pas laisser mourir ma voix de poete, mon desir de m'exprimer en prose, en art aussi, de me definir, de sortir de l'oubli, de ne pas disparaitre dans le vide de l'invisibilite linguistique - sociale - culturelle. La Kabylie a changee cette penible realite, si longuement supportee. Presque 10 ans plus tard maintenant, ma voix litteraire est active, sure dans l'expression de son energie, de ses visions. Je vis dans la joie de me savoir unie, en coeur, et esprit. Presque 10 ans plus tard, la Kabylie est devenu une presence formative, transformative quant a la facon de m'exprimer dans mes textes de prose et poesie, et dans mes dessins et broderies qu'elle m'inspire. Le lien au centre de cette evolution creative de ma personne, est depuis le debut de 2020, l'inspiration que me donne la photographie de Nacer Amari de Tassi Photographie, qui a su construire un pont de traversee litteraire - artistique unique entre nos deux mondes creatifs de divergentes origines, qui sait unir ses expressions flamandes - kabyles avec energie decisive et dans ce processus raconte une histoire riche en contextes, en matieres, en affirmations individuelles et mythologiques, artistiques - litteraires et culturelles. La fissure dans la lumiere, est l'idee qui m'est venue pour cet article: c'est a dire, cette entree fortuite, de grace, de volonte, recue quand l'esprit creatif s'unit a l'empathie, a cette capacite, comme le possede et inspire mon collegue photographe Nacer Amari, de comprendre et partager les sentiments autrui, dans ce cas, ceux de ma personne exilee, habituee a l'isolation, l'invisibilite, et qui dans cette collaboration avec lui, a recu la chance de ramasser les pieces fragmentees, eparpillees de mon ame de poete et d'artiste, de me construire une facon de me former une langue creative, nee de sa capacite de mon camarade artiste Amazigh, de voir, d'entendre les mots si longuement prisonniers, ne pas dits, de tants de poemes, de tants d'histoires, de tants de memoires, condamnees a l'oubli. Pendant ma recherche pour cet article, j'ai voulu trouver une sculpture, qui pourrait illustrer ce que la Kabylie dans ce sens signifie pour la revolution creative, sa liberation de mon etre artistique - litteraire. J'ai trouvee les sculptures d'un artiste francais de naissance australienne, Gil Brusel (1959), qui a vecu en France, en Hawaii, et qui vit et travaille maintenant au Texas, ou son art est bien recu. Ses sculptures, sont ou en bois, ou en acier, et se sont ses sculptures, grandes en taille, faites en blocs de bois qu'il unit en portraits de plusieurs couches, qui ainsi donnent un effet de portraits pixeles, qui creent une energie de reflection, de paix, souvent avec l'expression d'un sourire enigmatique qui m'ont impressionnees. Pour moi, les blocs qui sont les pieces qui unissent le visage de la sculpture, representent les pieces de mon etre creatif que la Kabylie a su joindre, m'en a inspiree les mots unifiants, qui ont vu leur reflection dans le miroir des images, des portaits narratifs de Nacer Amari, et son art qui est pour moi la presence tangible, rassurante, clarifiante, precisante, qui a su unir - et qui continue de le faire - les pieces de l'histoire de ma vie complexe etendue entre trois rives. Un lien creatif qui sait surmonter la distance geographique de 3 continents, et qui met en equilibre le temps, et ses demandes. La Kabylie a changee tout, sa magie spirituelle est incontestable: elle sait que le monde exterieur perd sa force, face a la profondeur et sa puissance du monde interieur que savent creer les arts, cette ultime defense contre l'absurde des contradictions existentielles. Le poete libanes - americain Kahil Gibran (1883 - 1931), a dit dans sa collection celebre d'aphorismes "Le Sable et l'Ecume" (1926), comme s'est triste d'avoir la main tendue pour donner, quand personne ne la recoit. Ainsi j'ai sentie pour des decennies, le chagrin de vouloir exprimer ma voix, et de la voir rejetee, niee avec tant d'insouciance, me laissant dans le vide d'un pays vaste qui evince l'esprit sensible. La Kabylie et la sensibilite artistique, intellectuelle - spirituelle et sociale de mon collegue photogaphe d'Aokas, m'a rendue visible, lisible les indices de mes inspirations poetiques et en prose, m'a su traduire leurs symboles, partiellement egarees, souterraines, comme dans les fouilles archeologiques, ce qui me permet ainsi de re - construire les pieces pour les mots necessaires de m'exprimer mes visions, mes inspirations, et de me construire une nouvelle langue: celle de l'integration coherente de mes experiences, comme enfant et adolescente en Flandre, et comme etudiante universitaire au Texas ou jai vecue pour 10 ans, et comme adulte avec mon mari et mon fils ici a Washington State ces derniers presque 40 ans deja. Savoir unir l'esprit et l'ame, comme le sait faire la sagesse du coeur Amazigh, personnifiee pour moi, dans l'art et son amitie de mon collegue photographe, vaut l'affirmer, le reconnaitre. Les sculptures emouvantes, paisibles, reflexives de Gil Bruvel sont pour moi une belle illlustration de cette unique transformation que me permet vivre, explorer et celebrer, la force reelle de l'esprit kabyle chamanique, quand il touche le coeur, l'ame autrui, comme dans mon cas, de poete en exile en detresse, qui me voit depuis, libre de l'agonie du feu brulant et du gene de ses cendres, de pouvoir voler, comme le phenix, le cri fier, grace au bonheur de connaitre la joie, le delire, de me savoir, apres tants d'interminables defis: un, entier.
Trudi Ralston
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